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Nouveau monde. Quand des hommes se cachent derrière les machines

Rassurez-vous, les robots ne semblent pas près de remplacer les humains. Derrière certaines technologies se cachent en réalité… des opérateurs humains.

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Un responsable de l\'entreprise Kiwi pose avec un \"Kiwi Bot\", le 7 septembre 2018 à San Francisco
Un responsable de l'entreprise Kiwi pose avec un "Kiwi Bot", le 7 septembre 2018 à San Francisco (MARC ARCAS / EFE)

Depuis 2017, les petits robots de livraison de la société Kiwi Bot sillonnent le campus universitaire de Berkeley (Californie, États-Unis), pour livrer des repas aux étudiants. Grâce à une appli, le client commande sa pizza sur son smartphone et le robot, une sorte de container sur roues, l’apporte au bas de l’immeuble. On pourrait penser que ces machines, présentées comme des robots, fonctionnent de manière complètement automatique, comme les voitures autonomes. Il n’en est rien ! En réalité, les Kiwi Bots sont pilotés à distance par des opérateurs humains basés… en Colombie (Berkeley-Bogota : 8 000 km).

Ces opérateurs sont payés deux dollars de l’heure, un salaire légèrement supérieur au salaire minimum colombien. Chaque opérateur peut manipuler jusqu’à trois robots en même temps. Cette sous-traitance évite d’avoir à équiper les robots avec des capteurs lidars, très chers, comme sur les voitures autonomes. Certes, il faut préciser que les robots ne sont pas entièrement télécommandés et conservent une part d’autonomie pour éviter les passants et contourner les obstacles. Les opérateurs colombiens se contentent d’indiquer l’itinéraire en posant des points de repère GPS que les robots suivent pas à pas (source : San Francisco Chronicle).

"Fausse technologie"

N’empêche, tout cela ressemble un peu à de la "fake tech", de la fausse technologie. Le cas Kiwi Bot n’est pas le seul exemple. Dans le secteur de l’intelligence artificielle, on sait maintenant que de nombreuses startup prétendant utiliser des solutions d’IA font appel, en réalité, à des petites mains délocalisées à l’autre bout du monde. C’est le cas notamment de la startup indienne Engeneer.ai, ayant levé 30 millions de dollars auprès d’une filiale du groupe japonais SoftBank. Le Wall Street Journal a révélé qu’elle n'utilisait pas d'intelligence artificielle pour développer son code, contrairement à ses affirmations, mais des ingénieurs en chair et en os, situés en Inde et ailleurs.

Même le service Google Duplex, présenté l’an dernier, censé faire des réservations au restaurant ou chez le médecin par téléphone de manière automatique, aurait en réalité recours à un centre d’appel qui assurerait environ 3 appels sur 4.

"Turc mécanique"

Tout cela n’est pas sans rappeler la célèbre affaire du "Turc mécanique", cet automate censé jouer aux échecs dans les foires, au XXVIIIe siècle. Un homme se cachait en réalité à l’intérieur.

Amazon opère, en toute transparence, une plateforme baptisée d’ailleurs "Mechanical Turk", qui permet de faire effectuer des tâches répétitives (traduction, reconnaissance d’images…) par des ouvriers peu qualifiés et peu payés un peu partout dans le monde. La technologie, parfois, remplace des petits métiers par d’autres petits métiers.

Un responsable de l\'entreprise Kiwi pose avec un \"Kiwi Bot\", le 7 septembre 2018 à San Francisco
Un responsable de l'entreprise Kiwi pose avec un "Kiwi Bot", le 7 septembre 2018 à San Francisco (MARC ARCAS / EFE)