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Les déserts médicaux

La pénurie de médecins généralistes devient de plus en plus criante dans certaines régions, qui deviennent de véritables déserts médicaux. Une situation qui pénalisent doublement les patients, explique Jean-Paul Geai, de "Que Choisir".

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Quand on parle de "déserts médicaux", on évoque
souvent les zones rurales. Pourtant, elles ne sont pas les seules concernées. On le sait moins, mais la pénurie de médecins généralistes
touche aussi les communes plus petites, souvent celles qui sont proches de
villes moyennes et affecte aussi des localités à la
périphérie des grands pôles urbains, certaines banlieues.

Jamais l'inégalité d'accès aux soins n'a été aussi grande en
France qu'aujourd'hui. Une situation qui n'est pas qu'une question de dépassements
d'honoraires médicaux. C'est aussi une question de présence physique de
médecins. Le taux de médecins généralistes varie de 1 à 2,5 d'une région à
l'autre.

Selon le Ciss, le Collectif interassociatif sur la
santé qui a mesuré le nombre de médecins pour 10.000 habitants, la densité
médicale est supérieure de 30 % à la moyenne nationale dans six
départements : les Alpes-Maritimes, la Gironde, la Haute-Garonne,
l'Hérault, le Rhône et Paris.

A l'inverse, le nombre de médecins est inférieur de 30 % à
cette moyenne nationale dans huit départements : l'Ain, l'Eure, la
Haute-Loire, l'Indre, la Lozère, la Mayenne, la Meuse et l'Orne.

L'explication d'une telle disparité est connue : les
médecins généralistes, ceux qui ont été formés dans les années 60 et 70 partent
massivement en retraite et la relève n'est plus assurée dans de nombreuses
régions. Le numerus clausus, qui détermine à l'avance de nombre d'étudiants
en  médecine, plutôt restrictif dans les
années 80-90 n'a pas permis d'assuré la relève. Depuis quelques années, il a
été élargi, mais les études de médecines sont longues.

De moins en moins de
médecins choisissent d'exercer en secteur libéral et la profession s'est de
plus en plus féminisée. Les jeunes médecins ne souhaitent
plus installer leur cabinet dans des zones reculées, loin de toutes commodités.

Pour le patient, la sanction est double. Pour trouver un
médecin traitant, le patient va devoir parcourir plusieurs dizaines de
kilomètres. Beaucoup de médecins généralistes sont débordés et
refusent de nouveaux clients. Ils veulent bien soigner les urgences mais pas
forcément devenir le médecin traitant d'un nouveau patient.

Faute de pouvoir trouver près de chez lui un praticien qui
accepte de devenir son médecin traitant pour le suivi de sa santé, le patient
consulte au coup par coup, mais la prise en charge par la Sécurité sociale est
moindre.

Des pistes existent pour que cela change. On peut faciliter
la création de maisons de santé et faciliter l'exercice mutualisé avec d'autres
médecins, voire des infirmières et des kinésithérapeutes en partageant les
tâches. Il en existe déjà où des professionnels de santé exercent de concert.

On peut aussi empêcher l'installation de médecins dans les
zones où il y a déjà trop de médecins en exercice. L'Ordre de médecins n'y est
pas hostile. Il vient de recommander d'obliger les jeunes médecins diplômés à
exercer pendant au moins cinq ans dans la région où ils ont fait leurs études afin
de favoriser leur installation dans les régions où les praticiens manquent
cruellement.

On peut aussi revaloriser la fonction de médecin de famille
pour éviter la fuite des généralistes diplômés vers d'autres filières, comme la
gériatrie, les urgences... On peut aussi alléger le travail administratif des
généralistes, de plus en plus astreints à des tâches en liaison avec
l'assurance maladie, en finançant des postes d'assistantes ou secrétaires
médicales. Les pistes existent, il est urgent d'ouvrir les discussions avec les
représentants de la profession et des usagers.

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