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Le retour des muscles

Le retour du muscle, ça marque d'abord la fin d'une époque, pendant laquelle les icônes masculines et féminines ont eu tendance à beaucoup se ressembler. Il y a quelques années encore, les femmes qui faisaient les couvertures des magazines étaient très androgynes. Elles n'avaient pas de hanche, pas de seins. On va dire qu'elles étaient en quelque sorte privées de leurs attributs féminins, et du côté masculin, c'était un peu la même chose, avec la glorification du modèle métrosexuel.

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En
schématisant, l'homme métrosexuel c'est un homme rasé de près, qui fait
attention à sa peau, et qui on demande de cultiver des valeurs, comme
l'empathie ou la douceur, qui sont associés, à tort ou à raison, à la féminité.
Aujourd'hui tout ça c'est bien fini, puisqu'on est dans un contexte de crise,
avec des gens qui ont besoin de repères, 
et c'est en partie à cause de ce contexte qu'on assiste à une
réaffirmation des genres : donc on a d'un côté des hanches et des seins,
qui font leur grand retour sur les couverture des magazines féminins, et des
hommes virils, avec des biceps et des pectoraux, qui apparaissent aujourd'hui comme
les nouvelles icônes.

L'homme
d'aujourd'hui, il ressemble à qui ou à quoi ? C'est le nouveau
Rambo ?

Alors non, heureusement! Les icones de
la virilité aujourd'hui ça serait plutôt des types comme Daniel Craig ou Hugues
Jackman : c'est-à-dire qu'on est dans la virilité, il y a du muscle, c'est
clair, mais on n'est pas redevenu un sauvage pour autant. D'ailleurs dans les
salles de gym, les mecs font très attention. On sait que depuis quelques années
il y a un grand retour de la "muscu" dans ces salles, avec des garçons qui font
des altères, qui développent leurs biceps, leurs pectoraux,  mais, et en tout cas c'est ce qu'ils m'ont
dit lorsque je les ai interrogés , ces hommes-là ne veulent absolument pas
avoir trop de muscles. L'idée c'est de ne surtout pas ressembler à Schwarzenegger,
parce sinon on risque de passer pour un imbécile. Parce que le muscle a quand
même été longtemps assez mal vu en France, où on va plutôt glorifier la figure
de l'intello, même s'il est maigre comme un clou et complètement dépressif :
entre Podalydès et Conan le Barbare, on va dire que la France avait choisi son
camp, et là ça commence enfin à évoluer, et aller un petit mieux pour Conan. C'est
aussi un effet collatéral de la mode pour hommes, qui est de plus en plus près
du corps, avec des chemises cintrés, des tee-shirts moulants, qui étaient
réservés jusque-là à une clientèle homo.  Donc ne serait-ce que pour coller un peu à la mode, il faut mieux avoir
des muscles lorsqu'on est un homme mais surtout pas s'imaginer que cela va nous
suffire pour séduire.

Justement, qu'est-ce qui se cache
derrière ces muscles? Pourquoi ce besoin d'avoir des pectoraux, dans quel but?

On
est évidemment dans la séduction : l'idée c'est de plaire aux autres, mais
aussi, beaucoup, de se plaire à soi. J'ai d'ailleurs été étonnée par la
coquetterie des hommes que j'ai pu interviewer : ce sont des gens très
attentifs à leur propre image, qui veulent pouvoir porter des vêtements près du
corps, se balader sans complexe lorsqu'ils sont à la plage. On est aussi
beaucoup dans la confiance en soi, avec des types qui expliquent que leurs
biceps leur ont permis de s'imposer dans leur travail, d'être plus à l'aise
lorsqu'ils doivent diriger une réunion, ou bien, lorsqu'ils retrouvent face à
une femme, pour la première fois. De façon plus générale, ce qui ressort de
cette enquête, c'est que le corps est devenu un instrument de conquête, c'est
un outil qu'on entretient dans un but bien précis. Il y a un jeune ingénieur,
d'une trentaine d'années, qui m'a expliqué qu'il était célibataire, et qu'il
était en train de bosser pour se remettre sur le marché. Et pour lui ça voulait
dire : prendre des cours de langue, aller à des expos, et faire de la muscu
2H/semaine. Donc on voit bien l'aspect très utilitariste de cette démarche,
comme si les biceps ou les pectoraux faisaient désormais partie de ce qu'on est
en droit d'attendre d'un homme. Il y a même des garçons, il y en a deux ou
trois dans ce cas-là, qui m'ont avoué qu'ils détestaient faire de la muscu, et
pourtant ils étaient là, à ramer sur leur rameur, et à transpirer à grosses
gouttes, parce qu'ils estimaient qu'ils n'avaient pas le choix, qu'aujourd'hui
un mec sans muscle c'était forcément un looser, et donc il fallait en avoir !

Est-ce
que les femmes apprécient ?

Le
plus dur en fait, c'est de trouver une femme qui avoue qu'elle apprécie les
muscles et c'est là qu'on voit que le sujet reste encore tabou! Parce que la
plupart des femmes, lorsque vous les interrogez, elles vous disent qu'elles
s'en foutent, que vraiment les muscles ce n'est pas leur problème, que leur
truc c'est la beauté intérieure. Moi, y' en a qu'une, qui m'a dit, franchement
: "je pensais vraiment que les muscles ça changeait rien. Et puis, j'ai
fait l'amour avec un homme, extrêmement bien foutu, qui avait la tablette de
chocolats, des bras hyper musclés. Et voilà: j'ai trouvé ça super, rassurant,
excitant et je ne dirai jamais plus que les muscles je m'en fous
". De
toute façon les mecs sont conscients du fait que les filles ne vont pas
forcément leur dire la vérité, par rapport à leurs muscles. Moi ce que j'ai
entendu c'est: "les filles elles mentent, elles disent qu'un petit ventre
ça les rassure, que les muscles elles s'en moquent...mais on se rend bien compte
que ce n'est pas vrai
". Au fond, c'est plutôt une bonne nouvelle : ça veut
dire que les filles aussi vont être capables de mentir à leur mec et de leur
dire qu'ils sont sublimes même quand ils ont un deux ou trois kilo de
trop donc elles vont être capables de les aimer, même s'ils ne ressemblent pas
forcément à Vincent Cassel. Et je crois que c'est vraiment ça l'essentiel,
parce qu'on vit dans une société, où il faut être ultra-performant, et où on a
l'impression que plus rien n'est laissé au hasard, et il ne faudrait pas que le
muscle comme la taille 36, chez les femmes devienne le nouveau diktat
masculin. Donc en résumé des muscles : on a maintenant le droit d'en avoir, ce
n'est plus ringard, mais surtout : que ça devienne pas une obligation !!!

 

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