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La guerre du Mali vue de France

Zoom aujourd'hui sur la guerre qui se joue en ce moment, au Mali, d'un point de vue non pas politique mais bien psychologique et personnel. Comment vit-on cette guerre dans laquelle la France s'est engagée il y a deux semaines maintenant ? Comment prend on conscience d'une guerre quand elle se déroule loin et quand nous en avons finalement très peu d'images ? Réponse d'Anne-Laure Gannac, de "Psychologies Magazine".

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Les mots ont leur importance. Quand on entend dire "la France est en guerre ", c'est
toute une lourde histoire qui se rappelle à nous, avec une charge émotive évidente.

Cela réveille un sentiment patriotique, presque
malgré soi, du fait de la proximité des pays concernés. Des français
y vivent, des Maliens et des Algériens vivent en France, nous partageons avec
ces pays une longue histoire : symboliquement, cette proximité dépasse le
simple critère de la distance kilométrique.

Un récent sondage IFOP révèle que 75 % des français sont favorables à l'intervention de la France au Mali

C'est un chiffre assez étonnant de prime abord parce qu'on
ne peut pas dire que l'opinion publique française soit généralement pro-guerre. On peut arguer que les français seraient particulièrement
conscients et soucieux des nécessités géopolitiques et des intérêts économiques
en jeu dans cette guerre au Mali. Sauf que ce sondage est arrivé très vite,
avant même qu'on ait pu rassembler beaucoup d'informations sur ces causes
profondes de l'intervention.

Cette adhésion est de
l'ordre de l'émotion, de la réaction. Comme une sorte de réflexe : mais un
réflexe conditionné. Ce soudain élan de
patriotisme qui s'exprime maintenant révèle un besoin de se sentir soudain porté par un courage, par une
force, par un élan.

Le besoin de se sentir solidaires, réunis dans un même
combat contre cet ennemi trop flou, comme on le disait, parce qu'on le sait
potentiellement partout.

**Un chef d'Etat doit-il avoir "sa" guerre pour gagner en

crédibilité et entrer dans l'Histoire ?**

Il est évident que dès lors qu'il revêt le costume du chef
des armées, le président obtient une autorité immédiate. Et si, en plus, la guerre
qu'il décide d'entamer lui vaut le soutien de l'opinion publique et même de la
majorité de ses opposants politiques, alors, bien sûr, sa puissance est totale.

Cette adhésion révèle probablement aussi ce besoin de se faire un chef.
Sauf que cette image de chef relève beaucoup de l'idéal, du fantasme.
C'est dans la confrontation avec le réel que tout peut changer, autrement dit
dans la façon dont la guerre évoluera. Le réel et le temps jouent contre
l'image fantasmée.

Sommes-nous désensibilisés à la guerre voire à la violence en général ?

L'une des qualités humaines c'est la capacité
d'adaptation, y compris au pire. En apparence, cela peut générer un certain
fatalisme : "De toutes façons, maintenant, on peut s'attendre à tout,
on n'est plus à l'abri de rien
". Ces remarques que l'on peut entendre
autour de nous, donnent l'impression qu'on n'a plus peur. Pourtant, elles expriment toujours la peur, mais sous une autre forme, plus
silencieuse, pernicieuse.

L'impact d'un conflit avec très peu d'images

L'absence d'images nous
responsabiliserait davantage, parce qu'on ne peut plus s'en remettre seulement au
choc des images. Il nous faut écouter, il nous faut imaginer. Il y a un travail
à faire, qui mobilise la réflexion, l'imaginaire et les sentiments, bien sûr.
Cet effort nous responsabilise, nous rend un peu plus acteur de la
situation. Cela ne peut
que nous donner un peu ce sentiment d'être, nous aussi, de cette guerre.

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