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Micro européen. La présidence croate de l’Union européenne

La Croatie vient de vivre ses élections présidentielles, et la majorité vient de changer à Zagreb avec un président de la république social-démocrate, mais le gouvernement est toujours dirigé par un conservateur. Le pays vient de prendre la présidence de l'Union européenne, avec la volonté de faire ses preuves face aux états membres fondateurs de l'Union.

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L\'ancien Premier ministre, Zoran Milanovic, est le nouveau président de la république de la Croatie, il a remporté les élections présidentielles à Zagreb, le 5 janvier 2020.
L'ancien Premier ministre, Zoran Milanovic, est le nouveau président de la république de la Croatie, il a remporté les élections présidentielles à Zagreb, le 5 janvier 2020. (JURICA GALOIC/PIXSELL / XINHUA NEWS AGENCY / MAXPPP)

Depuis les dernières élections présidentielles croates, la majorité vient de changer à Zagreb. Aujourd’hui, le président de la république est un social-démocrate, Zoran Milanovic, mais le gouvernement est toujours dirigé par un conservateur, Andrej Plenkovic.

Le nouveau sursis  d’une démocratie affaiblie

Le nouveau président est un ancien premier ministre, connu pour sa raideur, une certaine brutalité dans le propos, et une position européenne par trop souvent ambigüe. C’est la raison pour laquelle notre invité, le journaliste et ancien ambassadeur de Croatie à Paris, Mirko Galic, a tenu des propos assez réservés quant à la nature de l’action du nouveau président de la république croate.

Et si l’agenda de la présidence croate de l’Union européenne paraît plus ambitieux que celui de la dernière présidence finlandaise, il faut plus y voir la volonté d’être, du dernier entrant de l’Union, qui tient à faire ses preuves face aux états membres fondateurs de l’Union, la France, l’Italie, l’Allemagne et le Benelux.

Une Croatie en mal de reconnaissance

Si le tourisme tente de faire de la Croatie une destination de vacances pour une clientèle européenne, malgré des paysages époustouflants, une gastronomie et des vins d’une bonne tenue, les infrastructures et le manque de formation des personnels font du tourisme croate un parent très pauvre, et à une distance galactique du tourisme grec ou italien.

Mais le tourisme est à l’image de ce pays dont la riche culture est par trop ignorée et rejetée par ses élites, et où la corruption installée rend neurasthénique la belle capitale Zagreb. Les vœux européens croates sont bien loin du quotidien de ce pays qui mériterait une gouvernance adulte et intelligente. Hors si la Croatie désire aujourd’hui intégrer la zone euro et l’espace Schengen, il en va plus du caprice d’une élite, voulant se porter à la hauteur de l’intelligentsia européenne, et qui refuse d’admettre que le chemin est encore bien loin pour qu’elle soit considérée à une juste et honnête valeur.

2013-2020, sept années européennes pour la Croatie

S’il est de coutume de dire que sept ans est l’âge de raison, ce n’est pas encore le cas pour ce pays qui vient de prendre la tête de la présidence de l’Union européenne et dont l’entrée dans l’Union date du 1er juillet 2013. Ce seront six mois où, malgré les efforts de quelques fonctionnaires efficaces croates, il n’y a rien à attendre de prodigieux d’un état membre qui n’a encore rien à apporter à l’Union européenne, ce qui n’est pas le cas de sa voisine slovène, elle aussi ancien membre de l’ex-Yougoslavie.

En fait, ces six mois de présidence sont pour ce pays, le délai électoral nécessaire pour le nouveau président de la république afin de mener son électorat aux élections législatives. Élections qui, de toute façon, ne changeront pas grand-chose à la situation actuelle. Le pays a besoin d’une classe politique rénovée, d’objectifs d’avenir locaux, d’une prise en compte de la modernisation de ses infrastructures de transport (rail, eau, ports), où la France pourrait jouer un rôle primordial tant dans la formation politique et diplomatique d’une nouvelle élite croate, qu’une formation de génie civile et militaire.

L’entrée attendue dans la zone euro de la Croatie, ne sera qu’un choc supplémentaire pour une population qui a plutôt tendance à fuir le pays par manque de travail, mais surtout par la corruption qui gangrène ce beau pays jusqu’aux infrastructures médicales. Quant à la zone Schengen, elle sera plus une cause de soucis supplémentaires avec des états frontaliers comme la Bosnie-Herzégovine ou le Kosovo, lieu de passage de migrants et de trafics en tous genres, que les autorités croates tentent de contenir. Schengen deviendrait un appel d’air préjudiciable pour la Croatie.

L’espoir est toujours de mise

Il faut encore et toujours espérer dans les Croates, et dans une jeunesse qui rêve de vivre dans son pays au lieu de le quitter avec peine, mais sous le signe de la survie. Si les semaines sont comptées pour le gouvernement croate actuel, survivant grâce à la présidence européenne, le futur ne s’annonce pas plus heureux pour autant avec le nouveau président de la république croate.

Fort heureusement pour la Croatie, les Européens ont la chance de rencontrer des Croates dont on peut espérer pour l’avenir de leur pays, telle Marija Pejčinović Burić, l’actuelle secrétaire générale du Conseil de l’Europe, ancienne ministre des affaires étrangères, mais aussi des Croates, tant vivants hors de leur pays, que des entrepreneurs locaux qui sont aujourd’hui des voix résilientes et fers de lance d’une Croatie d’avenir.

Architectes en France, membres des communautés croates aux États-Unis, au Canada et en Australie, hommes d’affaires en Croatie, anciens auteurs-compositeurs, ils et elles sont les voix de l’espoir et du renouveau croate qui gardant le silence aujourd’hui, ne tarderont pas à se faire entendre, afin que leur pays retrouve ses lettres de noblesse qui lui ont été subtilisées au profit d’une médiocrité ploutocrate.  

L\'ancien Premier ministre, Zoran Milanovic, est le nouveau président de la république de la Croatie, il a remporté les élections présidentielles à Zagreb, le 5 janvier 2020.
L'ancien Premier ministre, Zoran Milanovic, est le nouveau président de la république de la Croatie, il a remporté les élections présidentielles à Zagreb, le 5 janvier 2020. (JURICA GALOIC/PIXSELL / XINHUA NEWS AGENCY / MAXPPP)