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Micro européen. Brexit, bizarre bazar et coup de semonce pour Boris Johnson

 La suspension des travaux des députés britanniques jusqu’au 14 octobre décidée par le premier ministre Boris Johnson est illégale, a déclaré la Cour Suprême du Royaume Uni.

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La Chambre des communes, le 10 septembre 2019 à Londres (Royaume-Uni).
La Chambre des communes, le 10 septembre 2019 à Londres (Royaume-Uni). (PRU / AFP)

Brexit, quel bizarre bazar… Honni soit qui mal y pense, et pourtant ! La suspension des travaux des députés britanniques jusqu’au 14 octobre décidée par le premier ministre Boris Johnson est illégale, a déclaré la Cour Suprême du Royaume Uni, les travaux du parlement doivent reprendre le plus vite possible et les travaux ont repris.

Boris Johnson aurait-il menti à la reine ?

Le Brexit est devenu un capharnaüm. Outre-Manche, le jeu de mot brexiternity (brexit éternel) risque bien de devenir un néologisme tant le pilotage, même à vue, est devenu impossible. A se demander si les efforts entre Theresa May et la Commission européenne durant deux années de négociations ne seront pas vains au sommet européen du 17 octobre prochain.

Bojo prêt à tout ou rien

L’heure tourne, mais Boris Johnson est prêt à tout ou rien, du moment que le Royaume Uni quitte l’Union européenne. De la stagnation, l’affaire peut passer à la torpeur voire l’apathie tant les difficultés, tensions et pressions des dernières années passées en négociations risquent d’être balayées par l’incompréhensible attitude du nouveau premier ministre britannique tel l’éléphant dans le magasin de porcelaine.

Pour les uns le Brexit est une chimère, pour les autres un "mauvais moment à passer", et certains agitent le spectre irlandais comme si la renaissance d’une frontière entre les deux "Irlande" allait tout régler, alors que ce nœud gordien est bien le talon d’Achille de la séparation.

Quant à la suspension des travaux de la Chambre des Communes par Boris Johnson, n’est-elle pas un acte de neutralisation de la représentation parlementaire ou l’ultime preuve qu’aujourd’hui le Royaume Uni ne peut plus fonctionner avec une constitution non-écrite, la Magna Carta datant de 1215.

Rule Britania

Le fort désir de retrouver Britania puissante et souveraine attire toujours nombre de Britanniques en faveur du Brexit. Pour certains il s’agit de redonner du lustre à l’Union Jack, pour d’autres, le Brexit règlerait des problèmes que rencontre le Royaume Uni, comme beaucoup d’états membres européens, l’immigration, le chômage, la perte du pouvoir d’achat etc… 

Quant aux pro-européens, le Brexit ne sera qu’épouvante pour les Britanniques, surtout s’il se conclut par un "no deal" coûte que coûte. Le "do or die" - faire ou mourir-, du conseiller de Boris Johnson, Dominic Cummings, exprime cette volonté d’aller au bout du bout quitte à se brûler les ailes ou perdre son âme.

Il faut dire que l’iconoclaste conseiller du premier ministre est un farouche partisan du Brexit. Ayant son bureau au 10 Downing street, l’homme n’hésite pas à interpeller les députés, convoquer les fonctionnaires, qu’il exècre, on parle de 16.000 fonctionnaires travaillant sur le dossier du Brexit ; fonctionnaires dont Cummings rêve de réformer l’administration.

Cet homme ne mâche pas ses mots non plus face  aux conservateurs opposés à Boris Johnson. Dominic Cummings déteste aussi autant Nygel Farage (le fondateur de UKIP eurosceptique des eurosceptiques, que David Cameron (l’homme qui croyait gagner le référendum en faveur de l’UE). Dominic Cummings est le fondateur du mouvement "Vote Leave" (voter pour quitter), et son épouse est la directrice adjointe du très conservateur hebdomadaire The Spectator, dont Boris Johnson avait été en son temps de journaliste "remercié" par ce même hebdomadaire. Cummings, dont le livre de chevet est L’art de la guerre de Sun Tzu (stratège chinois du VIème siècle avant JC) est un jusqu’au boutiste qui n’a qu’une seule idée en tête, et peu importe les moyens pour y arriver, gagner au 31 octobre, soit sortir de l’Union européenne. Si jamais cela serait le cas, qui sait ce qu’il entreprendra pour le Royaume Uni, lui qui a tant d’idées réformatrices, ne portant pas les costumes croisés de Savile row ( rue londonienne des tailleurs hauts de gamme) mais plutôt des tenues sportives, histoire de donner le ton mais lequel ?...

Un avenir à bas prix ?

La fronde Johnson-Cummings, ses adversaires n’hésitent pas à la considérer comme obsessionnelle, écervelée voire démente. En tout cas, le duo Johnson-Cummings fonctionne pour l’instant à merveille, on pourrait même supposer qu’ils se sont réparti les rôles du gentil et du méchant.

Mais le duo compte aussi ses opposants. Il y a tout d’abord les Travaillistes et leur patron, le très indécis Jeremy Corbin quant à des élections anticipées ou un nouveau référendum. Mais si les Travaillistes, parti d’opposition, sont logiquement anti Johnson et anti Brexit, quoi que pour certains tels les partisans de Jeremy Corbin plutôt eurosceptiques, ils s’affrontent avec leurs adversaires, les "suivistes" de Tom Watson favorables à rester dans l’UE.

Le parti se retrouve ainsi scindé en deux camps. Quant à Jeremy Corbin, la décision de la Cour Suprême lui permet de demander la démission de Boris Johnson. Mais la fronde vient du camp conservateur, celui de Boris. Récemment des députés conservateurs ont été exclus du parti pour s’être opposés au "no deal".

Le petit-fils de Chruchill

La grande figure des contestataires est l’ancien ministre Nicolas Soames, le propre petit-fils de Winston Churchill, puis Dominic Grieve qui a parlé de suicide national, favorable à un second référendum ; ce juriste et ancien procureur général pour l’Angleterre et le Pays de Galles a mis en garde Boris Johnson d’une possible incarcération s’il ne respectait pas la loi anti "no deal", adoptée le 4 septembre dernier par les députés 329 voix contre 300, loi obligeant le premier ministre à demander un report du Brexit si aucun accord n’apparaîtrait avec Bruxelles.

Autre "démissionné" le doyen de la Chambre des Communes, Ken Clarke et Philipe Hammond, ex ministre des finances. Ne parlons pas des affaires de famille, néanmoins signifiantes quand le propre frère de Boris, l’europhile Jo, a démissionné du gouvernement de Boris.

Autre europhile qui a rendu son tablier, le Président de la Chambre des Communes, le très haut en couleur John Bercow qui a signifié son départ au 31 octobre date symbolique pour un divorce, enfin Amber Rudd la ministre du travail démissionnaire, favorable à un second référendum.

Ainsi dans l’impossible visibilité actuelle britannique, le parti conservateur est lui aussi dans la tourmente.

O tempora O mores !

Et la tourmente perdure autant au Royaume Uni que sur le continent, car à l’heure actuelle, bien malin qui pourrait se projeter dans l’avenir quant au Brexit. On peut se demander toutefois si une des premières victimes du Brexit serait le voyagiste Thomas Cook créé en 1841, annonçant sa faillite lundi 23 septembre, laissant sur le carreau 600.000 touristes, les premières victimes du Brexit, peut-être.

Quant à l’Union européenne, tous les états membres se préparent à un Brexit sans accord, à commencer par un recrutement de douaniers dans certains pays, un risque de pénurie pour la Grande Bretagne, une première tâche bien difficile pour la nouvelle Commission européenne qui devrait aussi faire face prochainement, suivant les rapports d’un certain nombre d’experts à une nouvelle crise financière mondiale, ce qui n’arrangerait rien pour Londres. 

En tout cas c’est à l’évidence la pire crise qu’ait connue la couronne depuis Cromwell, soit la première révolution anglaise et l’exécution du roi Charles 1er en 1649 voyant la création du Commonwealth d’Angleterre, d’Irlande et d’Ecosse 1649-1660 ; soit un Royaume Uni sans souverain durant 11 ans, mais qui ne fut pas pour autant une République.

Aujourd’hui les députés ont libre cours pour acculer Boris Johnson à demander un report du Brexit ce qui contraindrait Bruxelles à devoir répondre à Londres en ayant bien pesé le pour et le contre d’une décision explosive autant pour le Royaume Uni que pour l’Union européenne, car quelles garanties avancerait Londres en vue de ce report ?

Enfin, bien que Boris Johnson ait annoncé qu’il ne démissionnera pas, ce serait effectivement un moindre mal, mais encore, faudrait-il que les Travaillistes soient en ordre de marche. Tout ceci profitant au Parti des Libéraux démocrates voyant d’un bon œil des élections anticipées, dont ils pourraient tirer un certain bénéfice, jusqu’à un nouveau référendum.

Let it be...

Rien de gagné pour l’instant puisqu’une partie des électeurs travaillistes ont voté contre le Brexit. Le Royaume-Uni se retrouve à jouer au jeu du Serpentine très prisé par les enfants outre-Manche, soit reconstituer un serpent avec les plus belles couleurs en en faisant le plus beau serpent. Sauf que dans ce Brexit, le serpent se mord la queue. Let it be (ainsi soit-il, the Beatles) !

Et dire que le règne d’Elisabeth II avait débuté avec Winston Churchill, avec qui s’achèvera- t-il ? Avec peut-être la députée Gina Miller, qui est à l’origine de la saisine de la Cour Suprême, une cour d’ailleurs présidée par une autre femme, Brenda Hale, annonçant mardi dernier illégale la décision de Boris Johnson, et arborant une broche en forme d’araignée. Comme si Boris venait de se faire prendre dans sa toile.

La Chambre des communes, le 10 septembre 2019 à Londres (Royaume-Uni).
La Chambre des communes, le 10 septembre 2019 à Londres (Royaume-Uni). (PRU / AFP)