2023 : une année à risque pour l’Allemagne ?

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Direction l'Allemagne dans "Micro européen". Décryptage d'une situation et d'un pays en situation de crise. José-Manuel Lamarque reçoit Kai Littmann, le directeur de eurojournalist.eu.

Article rédigé par
José-Manuel Lamarque - franceinfo
Radio France
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Temps de lecture : 3 min.
Le parlement allemand à Berlin. (Illustration) (FHM / MOMENT RF / GETTY IMAGES)

Aujourd'hui, nous évoquons le cas de l'Allemagne puisque l'inquiétude grandit en Allemagne. Avec nous Kai Littmann, directeur de eurojournalist.eu.

franceinfo : Il y a 30 ans, en octobre 92, décédait Willy Brandt. On aurait besoin de Willy Brandt aujourd'hui en Allemagne ?

Kai LIttmann : Oui, parfaitement. D'ailleurs, il y avait quelques commémorations le 8 octobre dernier, pour justement se souvenir de cette date, et tous les commentaires étaient identiques. C'est quelqu'un comme Willy Brandt qu'il nous faudrait aujourd'hui, dans une situation de crise.

Situation de crise avec le spectre de la récession qui se profile pour l'Allemagne, et les Allemands redoutent la dépréciation de leur économie, de la monnaie, l'euro. C'est le tropisme allemand 1919, 1929, 1945, la ruine ? 

Oui, c'est tout à fait ça. Il faut être réaliste. La récession, nous sommes en plein dedans, même si nous n'en sommes qu'au début. Mais les Allemands se rendent compte à quel point ça se passe de plus en plus mal. Et je pense que cette crainte est tout à fait justifiée.

Crainte, à l'heure où l'Allemagne doit moderniser ses infrastructures publiques et privées, qui vont coûter une fortune ?

Là, on commence à payer les omissions des dernières décennies où l'Allemagne a très très peu investi dans ses infrastructures. Un simple exemple : en Allemagne, il y a 13.000 ponts qui devraient être assainis et qui menacent de s'effondrer, 13;000 ponts au-dessus des lignes ferroviaires, au-dessus des autoroutes, etc… Et ça c'est un seul exemple. Il faudrait refaire les écoles, les structures, les centres de loisirs, les centres sportifs, etc. Et l'Allemagne, avec l'unification qui a coûté beaucoup d'argent, a omis d'investir dans les infrastructures. Tous ces travaux doivent être menés maintenant, et l'Allemagne ne peut tout simplement pas.

Et surtout les chemins de fer ?

Surtout les chemins de fer. On avait des incidents la semaine dernière, on parle de sabotage. Finalement, on n’en sait encore rien. Mais on se rend compte que nos infrastructures ne sont ni protégées, ni en état de fonctionnement. Et là, ça devient effectivement critique.

Les dernières élections régionales en Allemagne, c'était en Basse-Saxe. Le SPD a gagné, oui, mais… 

C'est une victoire un peu amère pour Olaf Scholz, parce que ce n'est pas lui qui a gagné ces élections, c'était du fait de leur ministre président, Stephan Weil, qui est très apprécié en Basse-Saxe. Et pire encore, dans la mesure où le FDP, un des partenaires de la coalition à Berlin – les libéraux, n'ont pas réussi à dépasser la barre des 5% et ne seront donc pas représentés au prochain parlement de la Basse-Saxe – a menacé de faire sauter la coalition en estimant que le parti n'était pas assez visible dans la politique menée. Du coup, Olaf Scholz se retrouve avec un double problème. Si jamais la coalition à Berlin était mise en péril, l'Allemagne deviendrait ingouvernable.

Et Olaf Scholz face à la question du Comex ?

Le Comex, c'est un scandale de premier ordre. Il s'agit d'un système de fraude fiscale systématisée. Tout le monde était impliqué. Le monde politique, le monde des finances, et Olaf Scholz passe actuellement 1 à 2 fois par semaine devant une commission d'enquête du Bundestag où il n’y a plus personne qui croit qu'il ne se souvient de rie, qui ne se souvient pas de réunions qui avaient eu lieu il y a neuf mois, frappé par une sorte d'amnésie qui commence à devenir de plus en plus bizarre...

Donc le voisin d'outre-Rhin, est à surveiller ? 

À surveiller de près, parce que, vu la situation actuelle, si l'Allemagne ne reste pas  le partenaire fiable au niveau européen, le "doppel wumms" d’Olaf Scholzsera mis en place – c'est un terme qui a été trouvé par Olaf Scholz pour décrire un bouclier de 200 milliards d'euros qui seront distribués sous forme de baisse des coûts – pour mettre un couvercle sur les prix de l'énergie qui, dans le meilleur des cas, risque d'alléger en plus la vie des Allemands, mais qui créera des inégalités au niveau européen extrêmes, parce qu'il n'y a pas beaucoup de pays en Europe qui peuvent se permettre de mobiliser 200 milliards d'euros pour parer à cette situation, des prix de l'énergie qui explosent.

Donc c'est une approche extrêmement anti-européenne et il y a beaucoup de voix en Allemagne qui se posent la question : pourquoi dans cette situation-là, on ne favorise pas une solution européenne au lieu de jouer encore et toujours cette carte nationale ?  

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