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Henri Leclerc : "Je me souviens du procès de Laval"

Chaque dimanche, un invité vous présente l'événement d'actualité qui a changé son regard sur le monde. Aujourd'hui, l'avocat Henri Leclerc se souvient d'un événement de son enfance : le procès de Pierre Laval, le numéro deux du régime de Vichy.

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Le 9 octobre 1945, Pierre Laval est condamné à mort, après un procès expéditif, houleux. La guerre vient de se terminer. Pendant de longs mois, Laval a dirigé le régime de Vichy aux côtés de Philippe Pétain.

A l'époque, Henri Leclerc a 11 ans : "Cet événement m'a beaucoup marqué, car la colère de mon père m'a marqué. Mon père était un homme pacifique, un démocrate et il est arrivé en colère, prenant ma mère à témoin, en disant : ' ce n'est pas possible, ils ne l'ont pas jugé ;  ils l'ont condamné à mort et il n'a même pas pu se défendre' (...) Il était dans une colère noire et moi, je ne comprenais pas bien, parce que ça faisait cinq ans que j'entendais dire pis que pendre de cet homme... Laval était considéré par mon père comme l'abomination des abominations, le serviteur des Allemands, celui qui était responsable de la déportation des juifs, qui avait organisé l'entrevue de Montoire avec Pétain, le responsable de la milice "...

Pourquoi cette colère, alors ? Car Laval avait un eu "un procès anormal. Les jurés n'étaient pas objectifs, ni impartiaux. Ils l'avaient injurié. Le président avait mené ça tambour battant. On l'avait empêché de parler. Ses avocats avaient dû renoncer à plaider. Il avait été condamné à mort sans un véritable procès dans les formes. A 11 ans, on ne comprend pas bien... "

Henri Leclerc se souvient de la suite : "Quelques années après, mon père m'a donné un livre qui s'appelait 'Pourquoi je n'ai pas défendu Pierre Laval' et qui avait été écrit par Albert Naud. Cet avocat avait été résistant puis commis d'office pour Pierre Laval. Ce livre m'a énormément marqué. Et je ne savais pas à l'époque que je deviendrais le collaborateur d'Albert Naud... "

En effet, Henri Leclerc embrasse ensuite la carrière d'avocat. Et il le fait aux côtés de celui qui a essayé de défendre Pierre Laval. A son contact, il comprend l'exigence des formes de la justice : "Dans mon métier d'avocat, ce problème d'impartialité de la justice a toujours été complètement présent. La justice ne se grandit que quand elle juge des personnages abominables et détestables et qu'elle les juge impartialement. Plus un homme est un salaud, plus il doit être jugé de façon impartiale ".

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