Les salariés au Smic ont-ils vraiment gagné 170 euros net de plus par mois depuis le début du quinquennat ?

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C'est un chiffre répété très régulièrement ces dernières semaines par des ministres ou des membres de la majorité pour montrer les efforts réalisés pour le pouvoir d'achat des ménages modestes. Il mérite pourtant d'être relativisé.

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Radio France
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Bulletin de salaire (illustration)  (MOURAD ALLILI / MAXPPP)

Au moment du mouvement des "Gilets jaunes", Emmanuel Macron, souvent présenté comme "le président des riches" s'était engagé à augmenter le salaire d'un travailleur au Smic de 100 euros par mois. Trois ans plus tard, à l'approche de la campagne présidentielle, le gouvernement et la majorité veulent montrer qu'ils ont fait un effort encore plus important pour les ménages les plus modestes.

Et pour illustrer cet argument, beaucoup relaient un chiffre marquant : "Une personne au Smic aujourd'hui connaît depuis le début du quinquennat une augmentation de l'ordre de 170 euros net par mois. J'insiste, 170 euros quand vous êtes au Smic, c'est significatif comme augmentation", annonce par exemple le président du groupe LREM à l'Assemblée nationale, Christophe Castaner, dimanche 10 octobre sur LCI.

On retrouve ces 170 euros dans un communiqué de la ministre du Travail, Elisabeth Borne, au moment de la revalorisation automatique du salaire minimum en fonction de l'inflation. Avec cette hausse de 2,2% au 1er octobre à laquelle s'ajouterait "la revalorisation de la prime d'activité, la baisse de la prime d'activité, la baisse des cotisations salariales, la suppression des charges en faveur des heures supplémentaires ou encore la suppression de la taxe d'habitation", on arriverait donc, d'après la ministre, à une augmentation de 170 euros par mois pour "un célibataire travaillant au Smic".

Mais d'où provient cette somme et comment a-t-elle été calculée ? La Cellule Vrai du Faux de franceinfo vous explique. 

Une communication politique sur un cas particulier

Pour connaître les détails de ce calcul, il faut regarder dans le rapport économique, social et financier publié début octobre par la direction générale du Trésor public. On peut y lire qu'en étudiant l'impact d'une quarantaine de mesures mises en oeuvre depuis le début du quinquennat et toujours en vigueur aujourd'hui, un travailleur au Smic peut effectivement gagner 170 euros par mois, à condition d'être célibataire et locataire qui "paye 595 € par an de taxe d’habitation sur sa résidence principale avant réforme, qui réalise 111 heures supplémentaires par an, et qui reçoit une prime exceptionnelle de pouvoir d’achat de 600 € par an."

Problème : plusieurs des critères utilisés pour aboutir à la somme de 170 euros ne semblent pas vraiment correspondre à la situation de la majorité des travailleurs au Smic, pour au moins trois raisons :

- Concernant la suppression de la taxe d'habitation, le montant médian économisé l'an dernier par les foyers concernés était de 439 euros, très en-dessous des 595 euros utilisés dans le profil-type duTrésor. 

- Le nombre d'heures supplémentaires prises en compte semble par ailleurs en décalage avec le profil des travailleurs au Smic. D'après une étude du service des statistiques du ministère du Travail, ces derniers effectuaient en moyenne 36 heures supplémentaires ou complémentaires en 2013, très loin des 111 heures affichées.

- Enfin, "la prime exceptionnelle de pouvoir d'achat de 600 € par an" pose également question. Cette "prime Macron" plafonnée à 2 000 euros ne concerne pas toutes les entreprises mais seulement celles qui sont volontaires. En 2019, moins de la moitié des petites et moyennes entreprises en ont versé. Or ce sont dans les PME que les salariés au Smic sont les plus nombreux. Par ailleurs, le montant moyen de cette prime était cette année-là de 419 euros, très en-dessous des 600 euros pris en compte dans le profil-type du travailleur au Smic.

Un exemple pour illustrer une tendance générale

On ne peut donc pas affirmer que tous les travailleurs payés au niveau du Smic touchent 170 euros net de plus par mois. Mais l'exemple cité permet d'éclairer une tendance plus globale : grâce aux mesures mises en place depuis le début du quinquennat, "les ménages modestes bénéficient de la progression du pouvoir d'achat la plus importante en pourcentage (+4%)" et cela concerne en particulier les actifs "conformément à l'objectif de mieux rémunérer le travail", comme le note la direction générale du Trésor dans son rapport.

Sauf que les ménages modestes, y compris les travailleurs précaires, ont également été confrontés depuis 2017 à des mesures qui ont nui à leur pouvoir d'achat comme "la réforme des aides au logement, la revalorisation maîtrisée de certaines prestations sociales, et la réforme de l’assurance chômage. Leur pouvoir d’achat a aussi été proportionnellement davantage affecté par la hausse de la fiscalité énergétique et de la fiscalité sur le tabac", ajoute le Trésor. Et ces effets négatifs n'apparaisent pas dans l'exemple-type cité le gouvernement et les parlementaires de la majorité.

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