Le vrai du faux, France info

Le vrai du faux. Non, la politique de Matteo Salvini n'est pas à l'origine des flux de migration en Méditerranée

Antoine Krempf passe au crible des faits repérés dans les médias et les réseaux sociaux. Aujourd'hui, l'Italie qui aurait réduit le nombre de migrants sur son territoire grâce à des mesures prises par Matteo Salvini, le ministre de l'Intérieur.

Le président du groupe Les Républicains au Sénat, Bruno Retailleau, lors d\'un rassemblement d\'été, le 1er septembre 2018, à La Baule.
Le président du groupe Les Républicains au Sénat, Bruno Retailleau, lors d'un rassemblement d'été, le 1er septembre 2018, à La Baule. (SEBASTIEN SALOM GOMIS / AFP)

Bruno Retailleau, le président du groupe Les Républicains au Sénat a reconnu une certaine efficacité au populiste devenu ministre italien de l'Intérieur au micro de France Inter, jeudi 6 septembre : "En termes de politique migratoire, regardez ce qu'il se passe d'ailleurs. Où sont passés les flux depuis que Monsieur Salvini a dit : 'niet, vous ne rentrerez pas dans nos ports' ? Ils sont passés en Espagne."

Selon Bruno Retailleau, Matteo Salvini a donc détourné grâce à sa politique de fermeté le flux de migrants de l'Italie vers l'Espagne. Est-ce vrai ou faux ?

L'Italie n'est pas le seul pays concerné par cette baisse de fréquentation

C'est faux pour plusieurs raisons. Mais contextualisons d'abord le sujet. Depuis deux ans, de moins en moins d'entrées illégales se font en Europe. Elles sont au nombre de 500 000 en 2016 contre 75 000 sur la première moitié de l'année 2018.

Il y a effectivement une exception dans ce contexte : elle s'appelle l'Espagne. Il s'agit de la seule route migratoire dont la fréquentation augmente alors que cette fréquentation baisse partout, notamment en Italie. L'Espagne est donc devenue, cette année, la principale porte d'entrée des migrants en Europe. Selon Bruno Retailleau, cette baisse en Italie est liée à la politique de Matteo Salvini. Celui-ci est devenu ministre de l'Intérieur en juin 2018. Or, le nombre d'arrivées sur les côtes italiennes a commencé à chuter un an auparavant, durant l'été 2017.
Depuis, les chiffres se stabilisent à des niveaux qui n'ont rien à voir avec ces dernières années. On recense entre 2 000 et 4 000 entrées illégales chaque mois. Ce n'est donc pas la politique de fermeté de l'actuel gouvernement italien qui explique la baisse du nombre d'arrivée de migrants.

La politique de fermeté sur les migrants ne date pas de Matteo Salvini. Elle est de rigueur depuis l'été 2017 déjà. L'Italie adoptait plusieurs mesures fortes : saisies de bateaux affrétés par les ONG qui venaient en aide aux migrants, envoi de navires militaires dans les eaux territoriales libyennes...

Des flux migratoires dûs à des situations de tension

Par ailleurs, tout ne s'explique pas forcément par des décisions politiques. C'est surtout la situation humanitaire en Libye avec ses marchés aux esclaves qui a poussé les migrants à renoncer à cette route italienne. Il n'est pas si simple d'évoquer un report des migrants de l'Italie vers l'Espagne. 
Si l'Espagne est devenue récemment la principale porte d'entrée de l'Europe,
cela fait maintenant deux ans que le nombre d'entrées illégales par cette route augmente fortement. Le phénomène date donc d'avant le reflux en Italie. Ensuite,
la route italienne concerne en majorité des Tunisiens et des Erythréens.
Mais la route espagnole concerne d'abord des Guinéens, des Maliens mais surtout des Marocains qui fuient la région du Rif, terrain de fortes tensions ces derniers mois.

Quoi qu'il en soit, résumer l'évolution des flux migratoires en Méditerranée aux seules décisions d'un Mattéo Salvini arrivé il y a moins de six mois au pouvoir relève de la conclusion hâtive...

Le président du groupe Les Républicains au Sénat, Bruno Retailleau, lors d\'un rassemblement d\'été, le 1er septembre 2018, à La Baule.
Le président du groupe Les Républicains au Sénat, Bruno Retailleau, lors d'un rassemblement d'été, le 1er septembre 2018, à La Baule. (SEBASTIEN SALOM GOMIS / AFP)