Le vrai du faux, France info

Le vrai du faux. Non, Carlos Ghosn n'a pas touché l'an dernier 45 000 euros par jour (mais presque)

Lorrain Sénéchal passe au crible des faits repérés dans les médias et les réseaux sociaux. Aujourd'hui, les revenus de Carlos Ghosn, patron de l'alliance Renault-Nissan, arrêté au Japon sur des soupçons de fraude au fisc.

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Carlos Ghosn en février 2014.
Carlos Ghosn en février 2014. (ERIC PIERMONT / AFP)

Carlos Ghosn le patron de l'alliance Renault-Nissan a été arrêté à Tokyo, soupçonné d'avoir dissimulé au fisc japonais la moitié de ses revenus au Japon. Une nouvelle très mal accueillie, notamment par les ouvriers de l'usine Renault de Flins. Un responsable CGT, Ali Kaya, a exprimé sa colère sur franceinfo : "Ce monsieur gagne 45 000 euros par jour, samedi et dimanche compris. Et il n'en a pas assez ? Ils sont fous !"  

Entre 35 600 euros et 43 800 euros par jour

Carlos Ghosn a-t-il effectivement gagné 45 000 euros par jour ? Pas tout à fait. Il est difficile de connaître précisément les revenus de Carlos Ghosn, puisque la justice japonaise elle-même se penche sur la question. Mais officiellement, Carlos Ghosn a gagné l'an dernier 1,098 milliard de yens en tant que patron de Nissan, ce qui fait 8,5 millions d'euros. Il a aussi gagné comme PDG de Renault 7,38 millions d'euros en 2017. En faisant un calcul grossier, cela représente au total près de 16 millions d'euros, soit 43 800 euros par jour.

Le cabinet Proxinvest a publié une étude plus poussée sur les salaires des dirigeants du CAC40, et l'estimation est un peu moins importante : 13 millions d'euros l'an dernier, ce qui fait tout de même 35 600 euros par jour. Selon les estimations, Carlos Ghosn a donc gagné entre 43 800 euros et 35 600 euros par jour.

Toujours d'après cette étude Proxinvest, Carlos Ghosn est le troisième patron le mieux payé du CAC40. Tout en haut se trouve le directeur général de Dassault, Bernard Charlès, qui a touché 24,5 millions d'euros l'an dernier.

On a beaucoup parlé récemment d'Air France. La rémunération du nouveau patron, Ben Smith, est trois fois supérieure à celle de son prédécesseur. Cela avait choqué les syndicats. Ses revenus restent beaucoup moins élevés que ceux de Carlos Ghosn, puisque Ben Smith gagne au maximum 4,25 millions d'euros.

Le "Say on Pay" censé encadrer les rémunérations

François Hollande a impulsé la mise en place d'un vote des actionnaires sur la rémunération des dirigeants, le "Say on Pay". Ce vote n'était que consultatif jusqu'en 2016. C’est ainsi que le conseil d'administration de Renault a confirmé il y a deux ans le salaire de Carlos Ghosn, contre l'avis des actionnaires - dont l'Etat, qui possède 15% de Renault. Emmanuel Macron, alors ministre de l'Économie, s'était insurgé.

Depuis la loi Sapin 2 en 2016, ce vote est contraignant mais aucun PDG n'a encore eu à subir un revers. De plus, le gendarme censé veiller à l'application de ces règles, le Haut comité de gouvernement d'entreprise, n'a pas de pouvoir de sanction. De simples "explications" ont été demandées à Carrefour quand l'ancien patron Georges Plassat a obtenu 13,7 millions d'euros à son départ  l'été dernier, malgré ses mauvais résultats.

Carlos Ghosn en février 2014.
Carlos Ghosn en février 2014. (ERIC PIERMONT / AFP)