Le vrai du faux. Est-il vrai que 25% des Français les plus pauvres sont déjà morts à l’âge de 62 ans ?

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C’est ce qu’affirment les députés La France insoumise Clémence Guetté et Manuel Bompard.

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Radio France
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Le siège social de l'Insee à Montrouge (Hauts-de-Seine), le 14 juin 2019. (AURORE MESENGE / AFP)

Alors qu’Emmanuel Macron est déterminé à réformer les retraites avec la perspective d’un âge pivot à 65 ou 64 ans, la France insoumise s’oppose au chef de l’Etat en dénonçant l’aspect inégalitaire de son projet. Invitée de Sud Radio, la députée LFI Clémence Guetté affirme qu’avec cette réforme, "ce sont les plus pauvres, in fine, qui paient", avant d’ajouter que "25% des plus pauvres sont déjà mort à 62 ans dans notre pays". Manuel Bompard enfonce le clou en précisant sur BFMTV qu’"il y a un quart des 5% les plus pauvres qui meurent avant 62 ans". C’est à moitié vrai. La cellule du Vrai du faux vous explique pourquoi.     

Vrai pour les hommes les plus pauvres  

L’affirmation de la France insoumise ne se vérifie que chez les hommes les plus pauvres, mais pas pour les femmes les plus modestes. C’est dans les fichiers Excel de l'Insee que se trouve le chiffre cité par les deux députés LFI, précisément dans une étude de 2018 sur la mortalité des Français par niveau de vie.

L'institut de la statistique a découpé la population en vingt catégories selon le niveau de vie, des plus modestes aux plus aisés. Dans la catégorie des 5% les plus pauvres (avec 460 euros de niveau de vie par mois), il ressort que 75% des hommes sont encore en vie à l'âge de 62 ans ; et donc 25% sont effectivement déjà morts. A l'autre extrémité de l'échelle sociale, chez les 5 % les plus fortunés (avec 5 600 euros par mois), 95% des hommes sont encore en vie à 62 ans ; seuls 5% sont déjà décédés.

Faux pour les femmes le plus pauvres  

L’affirmation de la France insoumise ne se vérifie pas chez les femmes les plus modestes. A 62 ans, 87% des femmes le plus pauvres sont en vie et donc, 13% sont déjà décédées, selon l'INSEE. Ce chiffre est presque deux fois moins élevé que chez les hommes les plus modestes. Quant aux 5% des femmes les plus fortunées, seules 3% sont décédées avant l'âge de 62 ans.

Ce phénomène de surmortalité a plusieurs explications. Dans ses différentes études sur l'espérance de vie, l'Insee constate que les hommes les plus modestes, souvent ouvriers, sont plus soumis aux risques professionnels, accidents, maladies, exposition aux produits toxiques. Sur le plan médical, les plus pauvres ont moins accès aux soins car ils renoncent souvent à consulter le médecin, faute d'argent. Enfin, une mauvaise alimentation et le tabac ont aussi une influence néfaste sur la santé.

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