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Le vrai du fake. Le shérif gracié et la vierge Marie

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Vrai ou fake ? Marie Colmant et Antoine Krempf passent au crible deux infos repérées sur le web et les réseaux sociaux.

Article rédigé par
Radio France
Publié
Temps de lecture : 3 min.
 (SPENCER PLATT / GETTY IMAGES NORTH AMERICA)

Le vrai : Donald Trump a gracié un sheriff qui avait crée "son propre camp de concentration"

Vendredi 25 août, alors que la tempête Harvey occupait l’essentiel des médias américains, que faisait Donald Trump ? Juste avant de quitter la Maison Blanche pour passer son week end à Camp David, le président américain a signé une grâce présidentielle qui fait polémique aujourd’hui. Pourquoi ? Commencons par la vie et l’œuvre du gracié. Son nom ? Joe Arpaio, 85 ans, fils d’immigrants italiens. Son job ? Shérif de Maricopa County à Phoenix, capitale de l’Arizona de 1993 à 2016. Un état super sensible compte tenu de sa proximité avec le Mexique, qui fait de l’Arizona, l’un des principaux points d’entrée des clandestins.

Dès son arrivée au poste de shérif en 1993, Joe Arpaio n’a qu’une idée en tête : se débarrasser des travailleurs sans papiers qu’il traque sans relâche. On notera que ce programme est aujourd’hui totalement synchrone avec l’agenda anti-immigrants de Donald Trump. Pour mener à bien cette mission, Joe Arpaio et ses hommes ne vont pas faire dans la demi-mesure. A la question : "Comment reconnaître un travailleur clandestin ?", Joe Arpaio répond : "Facile on arrête tout ce qui ressemble à un Latino de près ou de loin". Je vous laisse imaginer le nombre de bavures.

Mais il y a plus grave. Pour économiser l’argent des contribuables, Joe Arpaio, crée ce qu’il appellera fièrement "mon propre camp de concentration", une prison dans des tentes de l’armée montées en plein désert juste à coté de la déchetterie. Pas de sel ni de poivre dans les repas, obligation de porter des culottes roses et travail forcé, enchaînés, femmes et enfants compris. Plus d’une centaine de détenus y perdront la vie.

En juillet 2016, au terme d’une enquête de plus de six ans, Joe Arpaio est condamné à six mois de prison ferme pour avoir enfreint la loi sur les conditions de détention, et sur les arrestations au faciès. C’est là qu’il fait appel à Donald Trump, qui a déjà répété tout le bien qu’il pensait de ce grand patriote. Le nœud de la polémique est évidemment dans le message que glisse le président à travers cette grâce : la chasse aux clandestins reste une priorité, et elle justifie tous les moyens mis en œuvre pour y parvenir. Le shérif Arpaio a, de son côté, annoncé samedi son intention de se lancer dans la politique.

Le fake : la photo détournée des secouristes mexicains

C'est une image partagée des milliers de fois ces derniers mois sur Facebook et Twitter : deux hommes mimant un rapport intime avec une statue de la vierge Marie. Le commentaire qui l'accompagne est explicite : "Voilà comment nos 'amis' musulmans respectent notre vierge Marie".

Cette image a été partagée près de 15 000 fois en l'espace d'un an à partir d'un seul compte sur Facebook. (Capture d'écran Facebook)

Sauf que... 

Il y a plusieurs éléments qui posent question sur cette image. D'abord, rien ne permet d'affirmer que les deux hommes sont musulmans. Ensuite, on ne nous dit rien sur le contexte de cette image : quand la photo et ou a-t-elle été prise ? Mystère. 

D'ailleurs, à bien y regarder, un détail interpelle. Sur la manche de l'un des deux hommes, on voit clairement le logo de la Croix rouge. Mais l'uniforme ne ressemble pas du tout à ceux des bénévoles français de l'association.

L'un des deux hommes porte l'insigne de la Croix rouge sur sa manche (Capture d'écran Facebook)

De fait, grâce à une rapide recherche inversée sur Google, on remarque que cette image a déjà été publiée en 2013... au Mexique. C'est la presse locale qui nous apprend le véritable contexte de cette photo. Il s'agit en fait d'une "blague" de deux bénévoles de la Croix rouge de la ville de San Francisco del Rincón, dans le centre du pays.

Les deux hommes ont publié à l'époque cette photo sur leur compte Facebook. Quelques semaines plus tard, l'image est largement diffusée, ce qui créé un scandale... entraînant le remerciement des deux hommes pour avoir "déshonoré l'uniforme de la Croix Rouge", expliquait en 2013 le coordinateur des secours de la ville dans un article du journal AM Periodico

Depuis, l'image revient régulièrement sur les réseaux sociaux dans différents pays. Il y a deux ans, elle est apparue dans sa version "musulmane" sur des comptes Facebook en Italie... avant donc d'arriver en France ces derniers mois.

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