Le rendez-vous de la médiatrice, France info

Le rendez-vous de la médiatrice. Journaliste ou militant ? Retour sur l'affaire Taha Bouhafs

Les auditeurs nous questionnent sur la notion de "journaliste-militant". Pour leur répondre, Vincent Giret, directeur de franceinfo, est au micro de la médiatrice des antennes de Radio France, Emmanuelle Daviet.

--'--
--'--
Copié dans le presse-papier !
Taha Bouhafs, journaliste, militant de gauche et ancien candidat aux législatives de 2017 sous l\'étiquette La France insoumise, le 12 février 2019 à Paris.
Taha Bouhafs, journaliste, militant de gauche et ancien candidat aux législatives de 2017 sous l'étiquette La France insoumise, le 12 février 2019 à Paris. (YANN CASTANIER / HANS LUCAS / AFP)

Le week-end dernier, Taha Bouhafs a été interpellé, puis placé en garde à vue, après avoir signalé sur Twitter la présence d’Emmanuel Macron dans le théâtre parisien des Bouffes du Nord, vendredi 17 janvier. Taha Bouhafs a toujours été présenté à l’antenne de franceinfo comme "journaliste-militant".

Pour information, Taha Bouhafs n’aurait pas de carte de presse. Sa production : il aurait tourné 180 vidéos avec son téléphone portable pour l’émission de Daniel Mermet sur France Inter, Là-bas si j'y suis. Un auditeur demande : "Vos journalistes ont fait état toute la journée de la qualité de "journaliste-militant" de Taha Bouhafs. Que voulez-vous dire par cette expression ?"

Emmanuelle Daviet : Peut-on avoir une définition permettant aux auditeurs de cerner cette nouvelle espèce journalistique ?

Vincent Giret : Taha Bouhafs est d’abord un militant avant d’être un journaliste, ce n’est pas nécessairement une insulte. Ce caractère militant, il le revendique et surtout, il l’a concrétisé par des engagements politiques précis. En juin 2017, par exemple, il est le jeune candidat aux législatives, il a 17 ans, pour la France Insoumise. Il est à ce moment-là, militant engagé dans une formation politique.

Ensuite, il s’en est détaché, mais il reste fondamentalement un militant dans le fait qu’il organise des événements politiques. C’est quelqu’un qui est très engagé. Sur son compte Twitter, il se définit "en lutte".
Est-il ensuite journaliste ? On dit qu’il cherche à avoir la carte de presse, il y a une commission d’attribution de la carte de presse, sa situation sera évaluée à ce moment-là. Mais il travaille pour un média militant, un site militant, ça n’est pas en soi une condamnation, mais il est probable qu’il obtienne la carte de presse. Mais c’est avant tout un militant avant d’être un journaliste.

"Votre présentateur a rappelé que Taha Bouhafs était en attente d’une décision concernant l’attribution d’une carte de presse. Monsieur Bouhafs est clairement engagé politiquement, engagement qui n’émeut absolument pas la profession, à longueur de journée, sur la radio publique", souligne un autre auditeur.

Emmanuelle Daviet : Pourriez-vous rappeler a minima qui peut prétendre être journaliste sur vos antennes ?

Vincent Giret : Sur notre antenne, il y a une charte qui fixe des règles, nous sommes une antenne de service public. L’information chez nous doit être le reflet d’une couverture exacte, équilibrée, complète, impartiale de l’actualité. Le champ, le contrechamp, le débat démocratique.
En l’occurrence, Taha Bouhafs ne se situe clairement pas dans ces règles-là. Il revendique une autre conception. Il faut rappeler qu’il a propagé une très grosse "infox". Au moment où la fac de Tolbiac était occupée par les étudiants, il a fait partie de ceux qui ont très largement propagé un fait selon lequel un étudiant aurait été gravement blessé. C’est totalement antinomique avec les règles de base du journalisme.

Emmanuelle Daviet : Quelle différence entre le journalisme d’opinion, type Libération ou Le Figaro, et le journalisme militant ?

Vincent Giret : Dans ces journaux, il y a une séparation entre les papiers qui sont factuels, sur différents sujets, et les éditos. Les éditorialistes sont aussi des journalistes qui défendent des positions particulières, et cela fait partie de la liberté d’expression, et surtout du débat démocratique. Ces journalistes défendent des points de vue. Quand vous achetez Le Figaro vous savez à peu près quelle est la couleur politique d’ensemble de ce média. Quand vous achetez Libération aussi, ils sont opposés, et leur opposition est utile au débat démocratique.

Lorsqu’on est journaliste sur une antenne de service public, quels sont les principes à appliquer pour ne pas confondre carte de presse avec carte d’électeur ?

Vincent Giret : Chacun d’entre nous a le droit d’avoir des opinions, une sensibilité politique et choisit dans le secret de l’isoloir la personne ou le parti pour lequel il vote, mais dans la pratique du quotidien du journaliste, dans l’identité éditoriale de franceinfo, pour le journaliste qui pratique son métier à franceinfo, pour lui, l’information doit être le reflet d’une couverture exacte, équilibrée, complète et impartiale de l’actualité. Tous les mots comptent.

C’est cette charte qui est en vigueur ici, que respecte chacun des journalistes de franceinfo. Elle est mise en pratique, y compris sur son expression publique, par exemple sur ses réseaux sociaux. Cela engage notre marque, notre culture, notre identité journalistique, notre identité éditoriale. Nous souhaitons que nos journalistes se tiennent à une prudence, une modération, et ne fassent pas des commentaires partisans sur leur fil Twitter, ils sont tenus à cette règle d’impartialité.

Taha Bouhafs, journaliste, militant de gauche et ancien candidat aux législatives de 2017 sous l\'étiquette La France insoumise, le 12 février 2019 à Paris.
Taha Bouhafs, journaliste, militant de gauche et ancien candidat aux législatives de 2017 sous l'étiquette La France insoumise, le 12 février 2019 à Paris. (YANN CASTANIER / HANS LUCAS / AFP)