Le plus France Info, France info

Traité de l'Elysée : Airbus, jamais sans l'Allemagne

La France et l'Allemagne célèbrent aujourd'hui le 50e anniversaire du Traité de l'Elysée. Traité qui a jeté les bases d'un demi-siècle d'amitié et de coopération entre les deux pays. Parmi les premiers exemples de relations économiques entre la France et l'Allemagne : Airbus. Le constructeur aéronautique a vu le jour en 1970.

(©)

Retour en arrière. Nous sommes le 28 octobre 1972.
Pour la première fois, un Airbus, l'A-300B, vole dans le ciel de Toulouse.
Capacité : 257 passagers. Autonomie : 2.700 kilomètres. Le moment est
historique. Il marque le succès d'une coopération inédite avec l'Allemagne,
partenaire véritablement indispensable se souvient Bernard Ziegler, 79 ans. A
l'époque, c'est lui qui était aux commandes de ce premier vol d'essai. "On
n'aurait jamais pu faire le projet 
tout seul . Ils amenaient leurs ingénieurs,
leurs ouvriers, leurs usines, leurs machines-outils. Les Allemands étaient
beaucoup plus pragmatiques et proches de la réalité des choses. Les Français débordaient
d'imagination mais s'éloignaient souvent du problème que l'on avait à traiter.
Tout ça faisait un mélange formidable
".

Coopération inédite

Français et Allemands vont rédiger un accord basé
sur une stricte égalité. Il y a quatre directeurs : deux Allemands, deux Français.
Dans l'aventure Airbus, pas question qu'une nation prenne l'avantage sur
l'autre. Mais sur le terrain, c'est plus compliqué. "On est partis
avec une feuille blanche
"* se souvient Michel Grindes, chef comptable à
l'époque. "
On a tout organisé, qu'allaient faire les Français ?
Qu'allaient faire les Allemands ? C'était pas évident. On a beaucoup
travaillé. Comme l'église catholique on a fait des conclaves, c'est-à-dire
qu'on s'enfermait et on avait obligation d'arriver à quelque chose* ". Au final, les deux pays parviennent à se
répartir les rôles. Les Français héritent de la chaîne d'assemblage d'Airbus et
des essais en vol. Les Allemands s'occupent de la fabrication du fuselage et de
l'aménagement commercial.

Débuts difficiles

A ses débuts, le constructeur connaît une longue
traversée du désert. Entre 1975 et 1979, le carnet de commandes reste
désespérément vide. Airbus n'a pas un seul client. L'avenir du constructeur est
sombre. A tel point que les Allemands hésitent à poursuivre l'aventure note
Georges Ville, l'une des têtes pensantes d'Airbus. "L'industrie
allemande va tenter plusieurs fois de saborder Airbus. Les Allemands n'y
croient plus. Ce qui a déstabilisé le système Airbus
". Finalement,
Airbus prend son essor. Les commandes arrivent. Air France, Lufthansa... Un
succès auquel a grandement contribué l'Allemagne estime Roger Béteille, 91 ans,
l'un des pères fondateurs d'Airbus. "On était plus crédibles vu de
l'extérieur, d'Asie ou d'Afrique du sud. Avoir l'industrie allemande derrière
nous donnait un élément de crédibilité. Et c'est un élément important
".

40 années de succès

Aujourd'hui, l'avionneur est un rude concurrent
pour Boeing. Il occupe la moitié du marché mondial et emploie 60.000 personnes.
Son carnet de commandes est bien rempli, avec huit années de travail garanties
pour l'entreprise. Quarante ans plus tard, l'aventure se poursuit donc, pour le
plus grand plaisir de Günther Scherer, 80 ans, ingénieur navigant d'essai sur
le 1er vol d'Airbus. "On est content de voir que le bébé a
grandi, surtout qu'au départ on n'osait pas y croire. Airbus est devenu un
concurrent de Boeing. Moi, je suis extrêmement content d'avoir eu la chance de
participer à ce programme. C'est formidable
".

Cinquante ans après le
Traité de l'Elysée, le constructeur demeure un symbole fort de la coopération
entre la France et l'Allemagne.

 

(©)