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Pussy Riot en appel : la guerre des icônes

Examen ce lundi de l'appel des Pussy Riot, ces trois jeunes activistes condamnées en première instance à deux ans de camp pour avoir chanté en février dernier une prière anti-Poutine dans la cathédrale Saint Sauveur de Moscou. Leur jugement a suscité une énorme vague d'émotion et de nombreux soutiens d'artistes mondialement connus. Comment ces soutiens sont-ils perçus en Russie ? Quel sort attend les trois jeunes femmes et quelles lignes ont-elles fait bouger au sein de la société russe? Claire Chaudière est allée à Moscou.

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Dans la galerie d'art
underground Vinzavod, en bordure du centre-ville de Moscou, l'artiste peintre
Evguénia Maltseva montre au public ses tableaux depuis deux semaines. Sept
tableaux dont trois ont été bénis pour en faire des "icônes" au sens propre
du terme. Trois tableaux qui représentent les nouvelles icônes russes, Nadejda
Tolokonnikova, Maria Alekhina, et Ekaterina Samoutsevitch. Sur la toile
apparaissent en négatif les visages encagoulés des activistes emprisonnées.

Lors de l'inauguration de cette exposition une vingtaine de militants
orthodoxes est venue chercher la bagarre. Ils ont été interpellés par la police
de Moscou. Depuis mars dernier, la capitale russe vit au rythme de ces
altercations, de ces débats entre pro et anti Pussy Riot. 

De nombreux soutiens d'artistes internationaux

L'émotion suscitée par cette
affaire a surpris beaucoup de Russes, y compris les proches des jeunes femmes.
De Madonna à Jeanne Cherhal en passant par les Red Hot Chili Peppers, la
mobilisation a été très importante. 

 

Pourtant malgré tous ces soutiens, "la Russie n'est pas prête à adoucir son jugement en appel"  explique Mark Feyguin l'avocat de Nadiejda Tolokonnikova. "C'est une décision politique, et qui restera politique. Vladimir Poutine a besoin de prouver qu'il garde la main sur cette affaire. Et si l'Occident est derrière les Pussy Riot, l'opinion publique en Russie est beaucoup plus partagée. Elle est même dans l'ensemble assez hostile"  aux trois Moscovites.

Une opinion publique russe très partagée effectivement. Le chauffeur de taxi vous explique "qu'elles ont violé une loi sacrée" , votre voisine de restaurant que "si elles avaient fait la même chose dans la rue, elle aurait accepté, mais dans une église, non. Deux ans de camp, c'est une décision normale" , pour Anastasia une trentenaire Moscovite, de la même génération que celle des Pussy Riot.

Condamnation
disproportionnée

De plus en plus de Russes, malgré tout, ont été progressivement
convaincus de la disproportion de la peine appliquée aux Pussy Riot. "Même au
sein de l'église orthodoxe, des prêtres demandent leur libération"
assure Yaroslav
Nikitenko, militant pro-Pussy Riot très impliqué dans la mobilisation
moscovite. Au sein du mouvement de contestation, même les franges les plus
nationalistes ont récemment pris position en faveur des Pussy Riot, à l'image
de la star politique, le blogueur Alexis Navalny, qui ne défend pas leur action
honteuse, mais "l'arbitraire qui a entaché leur condamnation" le 17 aout
dernier, "ce même arbitraire qui a poussé des milliers de Russes à descendre
dans la rue depuis l'hiver dernier pour demander des élections propres"
.

Quelle que soit la décision
rendue par la justice russe, "cette affaire aura ouvert un débat que les
Russes ne sont pas prêts de refermer"
, conclut Sacha Koulaieva de la FIDH, la
fédération, "dans un pays où l'arbitraire ne se discute d'habitude pas" . Un
débat autour de la place de la religion dans la société, du lien entre Eglise
et Etat en Russie. Un débat porté par trois féministes, "ce qui est aussi
quelque chose que de nombreux Russes n'acceptent pas ou ne comprennent pas"
.

Même si le Premier ministre
Dimitri Medvedev a laissé entendre que la place des Pussy Riot n'était pas
derrière les barreaux et a "relancé" le suspense à l'approche de cette
nouvelle audience, très peu de personnes croient véritablement à une surprise lors
de ce procès en appel. 

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