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Oise : le cocktail alcool-stupéfiants première cause de mortalité routière

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En France, dans un accident mortel sur huit, on identifie un usager de cannabis. Dans l'Oise, des chiffres chocs ont aussi été rendus publics il y a quelques semaines : plus de la moitié des tests salivaires de détection des stupéfiants au volant s'y avèrent positifs. Et l'association alcool-stupéfiants y est devenue la première cause de mortalité routière. Reportage de Laurent Doulsan et Audrey Morellato.
Article rédigé par
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
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Les dangers du cannabis sont revenus
tout récemment dans l'actualité, avec la mort d'un bébé de sept mois provoqué
le week-end dernier par un jeune chauffard de Montpellier. Cette affaire
survient sur fond de chiffres alarmants. Dans un accident mortel sur huit, le
conducteur a consommé du cannabis. Dans le département de l'Oise, en Picardie,
c'est pire : plus de la moitié.

Le problème est pris très au sérieux
par la gendarmerie de l'Oise, qui a créé en son sein un "groupe
addictions
", spécialement dédié à la traque des conducteurs drogués. Le
capitaine Joël Lalay en fait partie. Lui et ses hommes procèdent à ces
contrôles sur des critères précis : "Il faut que le gendarme puisse
déceler quelque chose qui va lui permettre de penser qu'un conducteur a
peut-être consommé des stupéfiants. Des rougeurs oculaires, un déséquilibre de
la personne quand il sort de sa voiture, des signes d'énervement ou
d'abattement, etc
".

C'est précisément parce que ces
contrôles sont ciblés que la proportion de tests positifs est importante dans
l'Oise. Mais les gendarmes du "groupe addictions " ne se fient pas
qu'à des critères comportementaux. Ils visent pour leurs contrôles des
endroits-clés, comme les environs des boîtes de nuit. 

Les conséquences de la consommation
du cannabis méconnues

Les chiffres bruts ne signifient
donc pas qu'une majorité d'habitants de l'Oise circulent en ayant consommé de
la drogue. Toutefois, le département possède quelques caractéristiques qui en font
un département "à risques ". Le directeur de cabinet du préfet Rémi
Récio, l'explique ainsi, "la proportion de jeunes vivant dans l'Oise est
importante. C'est un département de passage, avec deux axes autoroutiers. C'est
aussi un gros département, qui pèse pour 60 % dans l'ensemble de la délinquance
en région Picardie
".

Dans l'Oise et ailleurs, on constate
encore une certaine méconnaissance des conséquences de la consommation de
cannabis sur la conduite automobile. Pour le commandant de police Flavien
Djurado, un spécialiste de la question, ces conséquences ne sont pas du tout
anodines : "Ce que l'on peut observer, c'est une diminution des réflexes.
Même à faible allure, c'est un facteur d'accidents graves. Un autre effet connu
est la modification du champ visuel. Le conducteur sous l'emprise de cannabis a
tendance à ignorer la vision sur les côtés et à se focaliser sur le centre de
la chaussée.  Il roule plutôt doucement
mais ses limites peuvent être catastrophiques, encore plus quand il fait nuit
".

Dans ce contexte général de
recrudescence de la mortalité routière liée à l'usage de stupéfiants, des voix
s'élèvent pour réclamer une traque plus sévère des fumeurs au volant. Pour
Philippe Poinsot, président de l'association "Marilou " (du nom de sa
petite fille tuée dans un accident impliquant un fumeur de cannabis), il
faudrait par exemple surveiller le comportement de ceux qui s'apprêtent à
récupérer leur permis après une période de suspension. "Il faudrait faire
un prélèvement sur un de leurs cheveux. On pourrait détecter ceux qui ont
continué à fumer après avoir été sanctionnés et qui s'apprêtent à reprendre le
volant
".

L'association "Marilou "
milite aussi pour une détection précoce, sans attendre un contrôle routier,
chez certaines populations "sensibles", comme les conducteurs de cars
et les chauffeurs-routiers.

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