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Les écoles construites sur des sites pollués, un dossier sensible

A Asnières (Hauts de Seine), les parents d’élèves de l’école maternelle Sempé attendent de nouvelles mesures de la qualité de l’air. Il y a trois semaines, le maire a décidé d’évacuer cette école, flambant neuve, après avoir détecté des traces de mercure dans l’air. Il faut dire que l'établissement était construit sur un ancien atelier automobile. Mais elle est loin d’être la seule dans ce cas.

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(L'école Sempé d'Asnières attend le retour des élèves © Radio France/Anne-Laure Barral)

Quatre mois à peine après leur installation, les 150 élèves de l’école Sempé ont dû repartir dans leur ancien établissement. En dessous de l’école toute neuve, les anciens ateliers Chausson avaient en effet laissé des traces de mercure et d’hydrocarbures ; ces ateliers fabriquaient des radiateurs automobiles, fleuron de l’industrie locale des années 1950.

Quand le site a fermé en 1995, les normes environnementales n’étaient pas celles d’aujourd’hui. Mais la mairie savait qu’elle construisait sur un site pollué. L’agence régionale de santé (ARS) a donc fait des recommandations pour la construction de cette école : un vide sanitaire et une ventilation puissante, notamment.

(Un nouveau quartier a poussé sur les vestiges des ateliers Chaussons à Asnières © Radio France/Anne-Laure Barral)

Les parents d'élèves inquiets

"Tout a été fait dans les règles de l’art, sauf peut-être l’inauguration qui s’est faite un peu vite ", selon le maire Manuel Aeschliman. Il l’assure aujourd’hui, les travaux faits pendant les vacances de Pâques ont fait baisser les taux de mercure dans l’air.

"On attend de voir les chiffres ", tempère Julie, une parent d’élève. "Du mercure dans l’air sur des organismes en construction, on se dit que c’est pas bon pour la santé ", poursuit-elle.  Une dernière campagne de mesures se fera le week-end de la Pentecôte, et si tout va bien la direction de l’école décidera de réintégrer les lieux tout de suite ou à la rentrée. "J’ai hâte que l’on retourne dans cette école pour faire la kermesse de fin d’année ", souligne Nadia Souquière, de l’association des parents d’élèves. Le ministère du Développement durable a mis en place un outil en ligne pour voir si l'on est concerné par un diagnostic en cours.

Prise de conscience

Dans son malheur, cette école a au moins eu la chance d’être sous surveillance depuis le début.  Rien qu’à Asnières, il y a sept écoles maternelles, une crèche mais aussi un collège et un groupe scolaire privé construit sur d’anciennes usines. "Asnières comme d’autres villes de la banlieue ont un passé industriel important. Beaucoup d’usines ont utilisé des solvants et des métaux lourds qui ne sont pas surveillés comme maintenant ", explique Patrick Lemoine, directeur général des services techniques de la ville.  

Avec les différents plans d’urbanisme, les villes ont parfois perdu la mémoire industrielle en très peu de temps. Il a fallu le drame de l’école de Vincennes, construite sur l’ancienne usine Kodak, pour que l’Etat lance un grand diagnostic national dans près de 1.700 établissement scolaires. C’est après plusieurs cas de cancers chez les élèves de cette école de Vincennes que les autorités ont compris au début des années 2000 que cela venait des polluants laissés par l’ancienne usine dans le sol. Cela fait quatre ans que ce diagnostic a été mis en route. Plusieurs dizaines de travaux ont été lancés dans des écoles pour remédier à des normes de pollution dépassées, notamment à Strasbourg ou à Nantes où une crèche et une école pour malentendants étaient construites sur d’anciens garages et ateliers de construction de bateaux.

(L'école Sempé d'Asnières attend le retour des élèves © Radio France/Anne-Laure Barral)