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La "Pol Prox", le retour

"Ni angélisme, ni course aux chiffres, ni stigmatisation" , avait-il déclaré le jour de la passation de pouvoir. Manuel Valls, installé depuis deux semaines au ministère de l'Intérieur, met ses promesses à exécution pour rompre avec dix ans de sarkozysme et tenter de renouer le dialogue entre population et police.

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Installé depuis deux semaines au Ministère
de l'Intérieur, Manuel Valls fait de grosses promesses : fin de la course
effrénée au chiffre, réflexion sur les contrôles d'identité ou encore retour
annoncé de la police de proximité - même si le mot n'est pas lâché. Le but:
rompre avec 10 ans de sarkozysme, renouer le dialogue entre des policiers en
colère et une partie de la population qui n'a plus confiance.

"Je veux une police plus proche de la
population",
c'est ce que déclare Manuel Valls dés son arrivée au
Ministère de l'Intérieur à la mi mai. Ce n'est pas, explique t il, le retour de
la police de proximité comme on l'a connue au début des années 2000. Ce serait
une "pol prox" version 2012 qui ne va pas débarquer dans les rues
dans les jours qui viennent. Première étape pour le Ministre de l'Intérieur:
faire la liste des "zones de sécurité prioritaires". En gros, là où
les taux de délinquance sont les plus élevés. Et c'est là, d'après Manuel
Valls, qu'il faut mettre le paquet.

"Ca rappelle la bonne époque ", lance un policier. C'était il y a une dizaine d'années, "on allait voir
les gardiens d'immeuble, les commerçants, certains habitants des quartiers
venaient aussi nous voir spontanément
", se souvient-il avec le sourire. Ce
policier reconnait que ce n'était pas la solution miracle mais que les rapports
avec les gens étaient plus respectueux et moins tendus qu'aujourd'hui : "On
n'était pas que des uniformes
".

Sauf que, pour de multiples raisons et
notamment parce qu'elle est mise en place de façon précipitée, la police de
proximité est à l'époque vouée à l'échec, c'est l'analyse des criminologues. Et
en 2003 à Toulouse, Nicolas Sarkozy, qui est alors Ministre de l'Intérieur,
donne le coup de grâce. Il fustige publiquement les policiers : "Vous
n'êtes pas des travailleurs sociaux
". D'après lui la police n'est pas là
pour "organiser des matches de rugby avec les jeunes du quartier ".

Pourtant la droite tente à plusieurs
reprises, par la suite, de reprendre la formule. Comme avec les UTEQ par
exemple, les Unités Territoriales de Quartier. Elles sont mises en place en
2008, 5 ans après la mort de la police de proximité. Mais d'après Mohamed
Mechmache, éducateur et président de AC LE FEU, collectif de Clichy Sous Bois
prés de Paris, c'est "complètement raté ". Il se souvient de ces
policiers débarquant dans les quartiers "en file indienne armés de flash
balls
". "On avait l'impression qu'ils arrivaient en territoire
ennemi
", dit-il, "ce n'était pas sain, ça faisait peur ".

Les UTEQ seront finalement supprimées deux
ans plus tard remplacées par les BST, les Brigades Spéciales de Terrain. Sans
oublier les Patrouilleurs installés il y a un peu plus d'un an... Mais rien n'y
fait: Aujourd'hui, dans certaines zones, le dialogue entre policiers et
population est rompu. Il faut renouer le contact et ça passe notamment par un
changement d'attitude chez certains policiers. C'est l'avis d'Alain Bauer,
expert en criminologie. Il préconise par exemple l'abandon du tutoiement. Selon
lui "le retour au vouvoiement, y compris pour les mineurs, est
indispensable à la bonne police
". Comme dans une salle de classe, c'est
d'après lui "un élément culturel essentiel ".

Mais après des années de politique du
chiffre, les policiers sont-ils capables de passer autre chose? Jean-Pierre
Havrin en est persuadé. Cet ex policier est adjoint au maire à Toulouse, chargé
de la sécurité. C'est lui le père de la police de proximité. En 2003, il fait
partie de ceux qui se font sermonner publiquement par Nicolas Sarkozy. Jean
Pierre Havrin certain qu'un retour en arrière, qu'un basculement vers cette
police de proximité est possible : "La grande majorité des flics rentrent
dans la police pour rendre service aux gens. Toutes ces années ils sont venus
me voir en me disant qu'ils avaient honte de ce qu'ils faisaient. Demain, les
mêmes sont capables de faire demain une police différente
".

Jean Pierre Havrin, conscient tout de même
de la difficulté de mettre en place une police de proximité. Ca coute cher et
ça demande des effectifs rappelle t il. C'est la raison pour laquelle le
Ministère de l'Intérieur cible avant toute chose les "zones de sécurité
prioritaires". Il y en aurait une centaine.

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