"Squid Game", le soft-power sud-coréen à son apogée

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En un mois, la série a été regardée par plus de 111 millions de foyers, selon les chiffres de Netflix, record absolu pour la plate-forme. "Squid Game", vecteur d'influence exceptionnel, incarne le "soft power" coréen à son apogée.

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Lors d'un événement au centre culturel coréen d'Abu Dhabi autour de la série à succès de Netflix "Squid Game", le 12 octobre 2021. (GIUSEPPE CACACE / AFP)

Squid Game ("Le jeu du calamar"), c'est un jeu grandeur nature où pour gagner, il faut survivre. Car au fil des épreuves, inspirées du monde de l'enfance, les participants qui échouent sont exécutés avec sang-froid par des organisateurs en combinaison rose fushia qui ne montrent jamais leur visage. Le tout sur fond de musique classique. C'est ultra-violent et complètement décalé.

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Squid Game est une allégorie qui dénonce les dérives du capitalisme. Message universel qui séduit bien au-delà de la sphère sud-coréenne, avec des conséquences inattendues : le succès mondial et brutal de la série a donné un coup de fouet à... l'apprentissage du coréen. Sur Duolingo, qui permet d'apprendre les langues en ligne, il y a eu plus de 76% d'inscrits en Grande-Bretagne, 40% aux États-Unis. Le tout dans les deux semaines seulement qui ont suivi la sortie de la série. L'échelle n'est pas négligeable : 8 millions de personnes pratiquent désormais le coréen sur la plateforme.

Le succès de la culture sud-coréenne

Le dictionnaire Oxford de la langue anglaise a quant à lui ajouté cette semaine 26 mots d'origine coréenne à sa dernière édition. Parmi eux, "hallyu", qui veut dire la "vague" : un mot que l'on emploie pour décrire le succès de la culture sud-coréenne du divertissement à travers le monde. Un phénomène qui existe depuis les années 1990 mais qui trouve son apogée aujourd'hui avec Squid Game. Une série devenue l'incarnation du soft-power sud-coréen.

Cette influence mondiale s'illustre aussi à travers la musique ou des films. Le meilleur visage de la Corée à l'étranger, c'est Parasite, de Bong Joon-ho, palme d'or à Cannes, oscar du meilleur film et du meilleur réalisateur en 2019. C'est le webtoon, les bd numériques qui se défendent face aux "anime" japonais. C'est surtout la K-Pop qui a émergé il y a une dizaine d'années, dont les représentants sont devenus bien plus que des artistes : il y a quelques semaines, les membres du groupe BTS ont été invités à la tribune de l’ONU pour défendre le développement durable devant le monde entier.

Le pays prend sa revanche sur ses voisins

Cet engouement pour la culture sud-coréenne est d'abord la conséquence d'une stratégie gouvernementale. Après la crise économique en 1997, Séoul a tout misé sur les industries culturelles : 500 millions de dollars versés chaque année au ministère de la Culture pour stimuler les exportations. Le choix s'est avéré payant, d’autant plus que la Corée du Sud est devenu dans le même temps le pays le plus connecté au monde.

Sans oublier le savoir-faire d’une jeune génération d’entrepreneurs souvent formés aux États-Unis. Devenue 10e puissance mondiale, l'ancienne dictature domine désormais largement la Chine en terme d'influence culturelle. Elle prend aussi sa revanche sur le Japon, colonisateur de la Corée du Sud entre 1910 et 1945, qui a mal vécu la "hallyu" à la fin des années 2000.  

La vague coréenne ne devrait pas retomber. Netflix a annoncé un plan d'investissement de 500 millions de dollars sur les séries et les films produits en Corée du Sud - rien que pour l'année 2021.

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