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Soixante ans après l'indépendance de l'Algérie, le dialogue de sourds entre Paris et Alger

L'Algérie célèbre le 60e anniversaire de son indépendance, après 132 ans de colonisation française. Ce divorce, qui s'est fait dans le sang et les larmes, crispe encore lourdement les relations entre les deux pays.

Article rédigé par franceinfo, Christian Chesnot
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 93 min
Le président Algérien Abdelmadjid Tebboune, lors d'une cérémonie militaire à Alger (Algérie), le 4 juillet 2022. (ALGERIE PRESSE PHOTOS / MAXPPP)

L’été 62 reste toujours gravé dans la mémoire collective des deux pays. Pour l'Algérie, c'est la joie de l'indépendance, de prendre son destin en main après la fin de la colonisation française intervenue quelques années plus tôt au Maroc et en Tunisie.

>> Soixante ans après l'indépendance de l'Algérie, la délicate transmission de la mémoire dans les familles

À l'époque, l'Algérie indépendante incarne un tiers-monde qui monte en puissance et qui veut prendre toute sa place dans le concert des nations. Côté Français, c'est près d'un million de pieds-noirs qui quittent l'Algérie en quelques mois, laissant derrière eux des vies de travail et un attachement viscéral à une terre où ils n'ont plus leur place. Il y aussi la fuite des Harkis, ces soldats algériens, supplétifs de l'armée française, parfois massacrés par les nouveaux maîtres du pouvoir, dont une partie parvient à rejoindre la France.

De cette accélération de l'Histoire, décidée par le général de Gaulle, les plaies de deux côtés de la Méditerranée ne seront jamais vraiment cicatrisées. Ce divorce brutal marquera des générations c'est le début de ce que l'historien Benjamin Stora, appelle la fabrication des "mémoires douloureuses".


La frustration d’Emmanuel Macron

Emmanuel Macron avait voulu faire de la réconciliation franco-algérienne un marqueur de son premier quinquennat. Aujourd’hui, le président français a un sentiment de frustration. Pourtant il a multiplié les gestes symboliques d’apaisement. On se souvient de la restitution des crânes des combattants algériens du XIXe siècle, de la dé-classification des archives française en Algérie, de la reconnaissance des tortures et de la disparition de Maurice Audin, mathématicien proche du FLN, ou de celle d'Ali Boumendjel, avocat défendant les nationalistes algériens.

Mais pour se réconcilier, il faut être deux. Et Emmanuel Macron n'a rien absolument reçu en retour de ses gestes d'apaisement. Le régime algérien reste plus que jamais enfermé dans sa rhétorique nationaliste née en 1962. Alors une question se pose maintenant : que va faire Emmanuel Macron avec l'Algérie ? Il avait terminé son premier mandat par un tour de vis des visas accordés aux Algériens, en représailles à la mauvaise volonté d'Alger de faciliter le retour de ses ressortissants radicalisés ou entrés illégalement en France.

Va-t-il jouer l'apaisement ou le bras de fer ? En tout cas, officiellement, Emmanuel Macron appelle au renforcement des relations entre les deux pays dans une lettre adressée lundi 4 juillet au président Tebboune et à la poursuite du travail de réconciliation mémoriel.

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