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Russie : le journaliste américain Evan Gershkovich reste en prison, Washington dénonce une "prise d'otage institutionnelle"

Accusé d'espionnage, le journaliste va rester en prison au moins jusqu'au 30 août en Russie. Sa demande de libération sous caution a été rejetée par Moscou.

Article rédigé par franceinfo, Isabelle Labeyrie
Radio France
Publié
Temps de lecture : 2 min
Le journaliste américain Evan Gershkovich au tribunal de Moscou (Russie), le 18 avril 2023. (AFP)

Le tribunal russe, qui a pris sa décision à huis clos mardi 23 mai, a donné raison au service de sécurité, le FSB, qui demandait que le journaliste reste derrière les barreaux en attendant son procès, dont la date n'est pas encore fixée. C'est la deuxième fois qu'une telle décision est prise.

>> Russie : le "Wall Street Journal" se mobilise pour Evan Gershkovich, journaliste américain arrêté pour "espionnage"

Evan Gershkovich, 31 ans, fils d'émigrés soviétiques, travaille en Russie depuis une dizaine d'années. Le 29 mars, il est arrêté alors qu'il est en reportage à Ekaterinbourg, une grande ville industrielle, soupçonné d'y avoir recueilli des informations classifiées sur une entreprise de l'industrie de défense. Selon les autorités, il est même interpellé "en flagrant délit". On ne sait rien de plus, le dossier est classé "secret defense". Il faut dire qu'il s'agit d'un cas exceptionnel : jamais, depuis la chute de l'Union soviétique, un journaliste étranger n'avait été détenu pour "espionnage". Jusqu'ici, les autorités s'étaient contenté de les expulser du territoire.  

"Nous nous attendions à ce qu'il n'y ait aucun changement dans la détention injustifiée d'Evan, mais nous sommes profondément déçus, dit son employeur, le Wall Street Journal. Les accusations sont manifestement fausses et nous continuons à exiger sa libération immédiate". Evan Gershkovich, sa famille, ainsi que la Maison Blanche rejettent en bloc les accusations : "L'information n'est pas un crime".

Selon le New York Times, ses parents, Ella Milman et Mikhail Gershkovich, qui avaient fait le voyage depuis le New Jersey, ont été autorisés à entrer dans la salle d'audience : c'est la première fois qu'ils voyaient leur fils depuis son arrestation, il y a plus de 50 jours.

Museler les médias

Le cas d'Evan Gershkovich témoigne de la volonté du Kremlin de museler les médias - et la liberté d'expression, tout court. Il n'y a plus beaucoup de correspondants étrangers en Russie, plus de journaux ou de télévisions indépendants : Vladimir Poutine n'a pas hésité à étouffer les critiques sur la guerre en les rendant passibles de longues peines de prison.

Souvenez-vous, en début d'année, de Vladimir Kara-Murza, collaborateur du Washington Post et dissident, condamné à 25 ans de prison. Evan Gershkovich, lui, risque jusqu'à 20 ans de colonie pénitentiaire russe.

En le gardant en prison, la Russie fait aussi pression sur les États-Unis : là encore, il faut lire cette décision dans le contexte de la guerre en Ukraine, qui a exacerbé les tensions entre Moscou et Washington. D'ailleurs, vendredi dernier, l'ambassadrice américaine n'a pas pu rendre visite au journaliste en prison. Le Kremlin a refusé pour la deuxième fois, et n'a même pas caché le fait que c'était une mesure de représailles : en avril dernier, des journalistes russes avaient été privés de visa et n'avaient pas été autorisés à accompagner au siège de l'ONU à New York le chef de la diplomatie Sergueï Lavrov. 

La Russie en guerre contre "l'occident collectif"

Les espoirs pour la libération d'Evan Gershkovich sont minces. Un échange de prisonniers, tel que celui qui a permis la libération de Brittney Griner, star américaine du basket-ball, fin 2022, ne peut pas avoir lieu avant qu'un verdict ne soit rendu. Or, même dans les périodes les plus favorables, l'instruction d'une affaire d'espionnage prend normalement plusieurs mois.

Plus largement, en Russie, on utilise de plus en plus le mot "guerre"... Non pas pour décrire les combats et les envois de missiles en Ukraine, mais pour qualifier les relations de Moscou avec l'Occident au sens large, à savoir les États-Unis, l'Otan et l'Union européenne. Sergueï Lavrov, le ministre des Affaires étrangères, le disait la semaine dernière : "La Russie est entrée dans une phase de confrontation aiguë avec l'Occident collectif". L'affaire Gershkovich en est l'un des multiples symptômes.

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