Reprise des combats entre l'Azerbaïdjan et l'Arménie : l'Union européenne en position inconfortable

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Au moins cent morts hier dans des affrontements à la frontière entre l'Azerbaïdjan et l'Arménie. L'éruption de violence ravive le souvenir de la guerre d'il y a deux ans et place l'Union européenne dans une situation inconfortable.

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Le président azerbaïdjanais Ilham Aliyev rencontre les dirigeants militaires à Bakou  (Azerbaïdjan), le 13 septembre 2022.
 (HANDOUT / AZERBAIJANI PRESIDENCY)

Malgré le cessez-le-feu signé en novembre 2020 avec la médiation de Moscou, la situation est restée très volatile entre l'Azerbaïdjan et l'Arménie. Depuis deux ans, il y a régulièrement des frappes de drones, des accrochages, et l'Azerbaïdjan, petit à petit et à bas bruit, récupère des positions, grignote un peu plus encore le territoire séparatiste du Haut-Karabagh qu'il dispute à son voisin depuis trente ans. Sauf que l'ampleur des combats depuis  mardi 13 septembre est inédite. Au point que la communauté internationale tout entière réclame l'arrêt des hostilités. Cela va du chef de la diplomatie américaine au secrétaire général de l'ONU, en passant par le président français. Emmanuel Macron a parlé à la fois au premier ministre arménien Nikol Pachinian et au président azerbaïdjanais Ilham Aliev.

Pourtant il y a une force de maintien de la paix dans la région. Sur le papier en tout cas : 2 000 soldats russes déployés pour faire respecter le cessez-le feu.

La Russie se détourne du Caucase

Mais depuis six mois Moscou, à la fois arbitre du conflit et allié de l’Arménie, a les yeux tournés vers l'Ukraine plus que vers le Karabagh. Pas sûr d'ailleurs que ses effectifs y soient au complet. La guerre en Ukraine a complètement modifié l'équilibre des forces dans la région.

Il n'en fallait pas plus pour que l'Azerbaïdjan, soutenu lui par la Turquie, retrouve un peu d'ardeur et lance une nouvelle offensive pour tenter de reprendre la main son ancienne province. Tout en accusant l'Arménie d'avoir déclenché les hostilités.

Personne évidemment n'a envie que le conflit dégénère, et surtout pas l'Union européenne, désormais liée à l'Azerbaïdjan. Le 18 juillet, pour compenser la réduction des exportations du gaz russe, la Commission a signé un accord avec Bakou. L'Azerbaïdjan s'est engagé à multiplier par deux ses exportations de gaz vers l'Europe d'ici quelques années.

Une décision très contestée notamment en France, où une soixantaine d'élus de tous bords ont appelé l'Union européenne à revenir sur ce contrat, au nom justement des "aspirations belliqueuses" de l'Azerbaïdjan, "pas rassasié" par sa victoire militaire de 2020. "Quand le gaz acheté par l'Europe ne finance pas les crimes de guerre russes en Ukraine, il finance les bombardements azéris de villes en Arménie et au Karabakh", dit un porte-parole d'Amnesty International

Si elle veut à la fois préserver la paix et ses approvisionnements énergétiques, l'Europe a donc aujourd'hui une carte à jouer sur le terrain diplomatique. Le président du Conseil Charles Michel dirige avec beaucoup de difficultés jusqu'ici une médiation entre Erevan et Bakou. Sans attendre la prochaine réunion prévue en novembre à Bruxelles, il doit passer à la vitesse supérieure.

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