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"Narco sous-marins" : un moyen utilisé en Europe pour passer de la drogue

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En Espagne, la police vient de saisir ce qu'elle considère être le premier "narco sous-marin" construit en Europe.

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Radio France
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Le premier "narco sous-marin" construit en Europe a été découvert par Europol et la police espagnole, à Malaga (Espagne), le 15 mars 2021. (HANDOUT / EUROPOL / AFP)

Transporter la cocaïne dans des sous-marins, c'est ce que font les trafiquants colombiens mais jamais la police n'avait saisi de submersible fabriqué en Europe.
Le navire a été découvert dans un entrepôt à Malaga, au sud de l'Espagne : neuf mètres de long, trois de large, capacité de chargement : deux tonnes, on est dans la moyenne basse de ce genre de navire, certains peuvent être beaucoup plus gros. Coût de construction : environ un million d'euros, avec du matériel importé de Belgique et des Pays-Bas. Le sous-marin était à peine terminé et n'avait pas encore été mis à l'eau.

Le réseau qui a été démantelé par la police à cette occasion était dirigé à la fois par des ressortissants espagnols, colombiens et dominicains. Il était basé à Barcelone. L'opération coordonnée par Europol était de très grande ampleur, elle a mobilisé les polices de sept pays différents : Espagne, Pays-Bas, Portugal, Royaume-Uni, États-Unis et Colombie. En Espagne la police a également découvert un laboratoire capable de produire 750 kilos de drogue par mois.

Pour transporter de grandes quantités de stupéfiants, le sous-marin est aujourd'hui la meilleure façon d'échapper aux contrôles des routes et des aéroports. On a commencé à parler de cette technique à la toute fin des années 90, quand les États-Unis et la Colombie ont décidé de renforcer leur présence dans le Pacifique contre les go-fast  maritimes qui étaient jusqu'alors utilisés pour atteindre le Mexique et le marché américain. Le premier sous-marin a été intercepté en 2006 au large du Costa Rica. Aujourd'hui c'est un procédé courant, qui reste rentable malgré son coût. Rien que sur l'année 2019, la marine colombienne en a saisi une trentaine.

On dit sous-marin mais ce ne sont plutôt des semi-submersibles qui ne vont pas dans les grandes profondeurs et restent près de la surface. Plutôt rustiques, ils sont construits en fibre de verre, leur structure est très plate : il n'y a quasiment rien qui dépasse. Leur couleur délavée bleu, gris ou vert pastel et leur faible rayonnement thermique les rendent très difficiles à repérer, que ce soit par les patrouilles ou les radars.

En général ils sont fabriqués sur des chantiers navals clandestins dans les mangrove de Colombie ou du Surinam. On les charge de deux, cinq voire huit tonnes de stupéfiants. On fait monter l'équipage, en général deux à quatre personnes. Soit ils remontent en deux ou trois jours vers l'Amérique Centrale et les États-Unis, soit ils se lancent dans la traversée de l'Atlantique vers l'un des premiers marchés mondiaux pour la cocaïne, l'Europe, et dans ce cas, ils sont ravitaillés plusieurs fois pendant le voyage en carburant et en nourriture, par bateau.

En cas de contrôle, les membres d'équipage font couler l'embarcation en ouvrant des vannes et ils sautent à l'eau tout simplement. Certains ont fait des traversées transatlantiques deux fois par an, mais la plupart sont des navires à usage unique : sabordés juste après la livraison de leur cargaison, la plupart du temps transférée sur un bateau près des côtes.

La découverte de ce sous-marin européen montre que le marché évolue, que la demande en Europe est de plus en plus forte. Ces derniers mois les stups ont observé que ces sous-marins transportaient non seulement de la cocaïne mais aussi de la marijuana. Sa dépénalisation dans un certain nombre de pays a ouvert un nouveau marché.

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