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La nouvelle politique étrangère des Etats-Unis : une inflexion plus qu'une rupture

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La politique étrangère des Etats-Unis va-t-elle vraiment changer avec l'arrivée de Joe Biden ? Pas dans tous les domaines.

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Radio France
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La victoire de Joe Biden à la une de la presse taiwanaise, le 9 novembre 2020 (DAVID CHANG / EPA)

Avec Joe Biden, le monde va déjà pouvoir apprécier un changement de style : moins de coups de sang, moins de rhétorique agressive, davantage de nuances et de diplomatie. Joe Biden est aux antipodes de son prédécesseur.

Davantage de multilatéralisme

Les Etats-Unis vont donc refermer cette parenthèse, baroque et tonitruante, où les relations internationales se construisaient à coup de tweets corrosifs et de poignées mains viriles. Souvenez-vous de ces "deals" passés d'homme à homme entre Donald Trump et le Turc Recep Tayyip Erdogan ou le Nord-Coréen Kim Jong-un, qu'il a rencontré à trois reprises ! Joe Biden promet moins d'accords "entre quat'z'yeux" et plus de multilatéralisme.  

Le président élu veut déjà organiser l'an prochain à la Maison Blanche un "sommet des démocraties" pour redorer le blason de son pays et se rabibocher avec des alliés malmenés par son prédécesseur, en Asie, ou en Europe.

L'Europe, un nouvel allié ?

L'Union européenne devrait d'ailleurs redevenir un allié important, ne serait-ce que parce que la Chine représente un concurrent commun en matière de commerce. Le sujet va aussi intéresser le Royaume-Uni, à la recherche d'accords bilatéraux avec les Etats-Unis dans le monde post-Brexit.

Les Européens se sont d'ailleurs empressés de saluer la victoire de Joe Biden, l'appelant à relancer un "partenariat solide", "une amitié transatlantique irremplaçable" - même si les attentes américaines sur un plus grand partage du fardeau ne vont pas disparaître du jour au lendemain.

De même, il est peu probable que Washington se désolidarise de la Turquie au sein de l’OTAN malgré les mises en garde européennes, notamment celles de la France. 

Le retour dans les grands traités internationaux

Joe Biden veut surtout faire revenir son pays dans les grandes organisations ou traités internationaux : accord de Paris sur le climat, dès le premier jour de son mandat, accord sur le nucléaire iranien ou Organisation mondiale de la Santé, que Donald Trump avait quittée en pleine pandémie de coronavirus. Dans le Pacifique, la nouvelle administration américaine pourrait aussi relancer le Trans-Pacific Partnership, un temps imaginé par Barack Obama pour nouer des alliances sans la Chine.  

Désengagement militaire

Pour autant les fondamentaux de la diplomatie américaine ne vont pas vraiment changer. D'abord, le désengagement militaire : en Afghanistan comme en Irak, dossier que Joe Biden a supervisé dès le début de son premier mandat en 2009, il va se poursuivre. Même si les États-Unis n'ont réussi à contenir ni l'essor des Taliban, ni celui du Groupe État Islamique.

Le non-interventionnisme est devenu une doctrine, partagée par l'ensemble de la classe politique américaine. Le pays ne veut pas redevenir "le gendarme du monde". Joe Biden devrait en cela se situer dans la ligne de la "retenue" des années Obama, avec un moindre recours à l’intervention militaire (domaine dans lequel la présidence Trump a joué la continuité), discours d’apaisement et "leadership from behind".  

L'ambasse américaine toujours à Jérusalem

Sur le Proche-orient : bien sûr le soutien à l’expansion des colonies israéliennes dans les territoires palestiniens sera moins inconditionnel, et Joe Biden se dit toujours favorable à cette solution "à deux États".

Mais il a aussi fait savoir qu'il ne reviendrait pas sur le déménagement de l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem effectué en 2018.  

Guerre froide avec la Chine

Avec la Chine, le climat de guerre froide va peut-être s'atténuer... mais pas complètement se réchauffer. Pékin s'est d'ailleurs abstenu de féliciter Joe Biden, expliquant que le résultat final du scrutin n'était pas encore connu : "Nous avons pris note que M. Biden a déclaré être le vainqueur de l'élection", a simplement dit devant la presse un porte-parole du ministère des Affaires étrangères.

De son côté, le président élu a promis de rester extrêmement ferme face à son partenaire chinois, avec lequel les Etats-Unis sont depuis deux ans engagés dans un bras-de-fer commercial. La Chine est devenue cette année la première puissance économique mondiale, un cheveu devant les Etats-Unis, mais pour certains experts, Pékin pourrait redouter de voir Joe Biden lui mettre davantage de pression en matière de droits de l'Homme.  

La guerre commerciale et technologique qui oppose les deux pays s'étend aussi aux questions géostratégiques : en mer de Chine, Pékin étend son influence (et sa flotte de guerre), avec pour objectif de récupérer Taïwan - qui est un peu son Alsace-Lorraine.

Jusqu'où les Américains iront-ils pour défendre le territoire ? C'est ce dossier qui déterminera le succès ou l'échec de la politique étrangère américaine, en Asie et bien au-delà.

D'abord réparer l'Amérique

Même s'il faut aussi garder en tête que la tâche prioritaire de Joe BIden sera d'abord de "réparer" l'Amérique sur le plan intérieur. Donald Trump a attisé les haines, la question raciale divise le pays, la crise liée à la pandémie est à la fois sanitaire et économique, il y a urgence. Se consacrer trop vite et trop ouvertement aux questions internationales ne serait sans doute pas le meilleur calcul politique du nouveau président.      

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