La Chine teste sa monnaie virtuelle, et c'est un vrai bond en avant

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La Chine vient de lancer sa propre monnaie virtuelle. Sa mise en place devrait être généralisée avan tla fin de l'année prochaine.

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Radio France
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Un comptoir de test de la monnaie virtuelle chinoise à Shanghai le 8 mars 2021  (STR / AFP)

Ce projet de monnaie virtuelle, officiellement baptisée "Digital Currency Electronic Payment", a été lancé par le gouvernement chinois en 2015. Depuis plusieurs mois, des tests grandeur nature ont lieu dans des villes laboratoire.

750 000 premiers bénéficiaires ont été choisis via un système de loterie : ils peuvent déjà dépenser leurs yuans numériques dans les magasins et sur internet, pour payer leurs courses au supermarché, leurs billets de train en ligne et les factures en tout genre. Ce qui ne change pas fondamentalement les pratiques : pour payer, les Chinois utilisent de moins en moins d'argent liquide et de plus en plus leur téléphone portable. Plus de 85 % des transactions sont déjà dématérialisées. Phénomène qui s'est accéléré avec l'épidémie de coronavirus. 

À terme, cette monnaie numérique, dématérialisée, va remplacer les pièces et les billets qui existent aujourd'hui. Sa mise en place généralisée est prévue pour 2022.

Après les Bahamas, la Chine

C'est la première fois qu'une grande puissance économique crée une monnaie virtuelle. Même si beaucoup d'États y pensent et que dans quelques années la monnaie virtuelle deviendra un vrai champ de bataille, pour l'instant seules les Bahamas et leurs 400 000 habitants ont mis en place une monnaie numérique officielle, le "sand dollar", le dollar des sables, lancé en octobre 2020.

Avec la Chine, bien sûr on est sur une toute autre échelle. L'objectif est aussi de ne pas laisser aux puissantes entreprises privées le monopole des paiements électroniques (dominés par Alibaba et WeChat Pay) et de réduire le risque systémique.

Une monnaie sous contrôle

Cette monnaie-là n'a rien à voir avec le bitcoin car ce n'est pas un objet de spéculation : ce e-yuan est émis par la banque centrale chinoise, ensuite les banques les distribuent à leurs clients à travers une application.
C'est une crypto-monnaie qui reste contrôlée par les institutions financières classiques, et même si on n'est pas obligé d'avoir un compte en banque pour en bénéficier, cela veut dire que l'État peut tracer toutes les transactions et toutes les dépenses d'un individu en temps réel. Il n'y a aucune garantie d'anonymat ; c'est en gros un instrument de surveillance illimité.

En contrôlant les flux on lutte aussi plus facilement contre la corruption et le blanchiment d'argent, l'évasion fiscale : c'est l'argument massue mis en avant par les autorités chinoises. Pékin, qui déploie un plan de relance massif pour relancer l'économie après le coronavirus, ne veut pas non plus revivre le même scénario qu'en 2008, quand une partie des milliards de dollars investis après la crise avaient été perdus à cause de la corruption. Une monnaie virtuelle coûte également beaucoup moins cher à produire et à stocker.

Un outil de surveillance

Des autorités qui ne parlent pas évidemment des dérives autoritaires potentielles ; or dans ce pays où les mouvements des citoyens sont déjà surveillés par le gouvernement central (à travers la reconnaissance faciale ou la mise en place du système de crédit social), il pourrait être très facile demain de priver de moyen de paiement quelqu'un qui n'a plus beaucoup de points sur son crédit social.

Mais en réalité, avec cette monnaie Pékin veut surtout étendre sa sphère d’influence, reprendre des parts de marchés face aux Etats-Unis et à l'omniprésent dollar - utilisé dans 88% des échanges internationaux. Malgré la puissance commerciale de la Chine, le yuan ne représente en effet que 4% de ces transactions. Payer avec le e-yuan ce sera plus rapide, moins cher, ça peut convaincre un certain nombre de multinationales... et ébranler un pilier de la puissance américaine. Goldman s'attend à ce que le yuan numérique atteigne un milliard d'utilisateurs dans dix ans. Le yuan numérique, la monnaie virtuelle nationale prévue de la Chine, représenterait 15% du total des paiements. 

Cela peut même être utile aux entreprises ou aux pays soumis à des sanctions ou à des embargos (américains ou européens). C'est une solution aussi pour tous ceux qui dans les pays en développement ne peuvent pas ouvrir de compte en banque, ou les immigrés qui souhaitent facilement envoyer de l'argent dans leur pays d'origine : un bel outil en somme pour renforcer le rôle de la Chine en Afrique et compléter le dispositif des "nouvelles routes de la soie", ce vaste programme d’investissement chinois dans les infrastructures hors du pays.

Il y a mille ans, lorsque l'argent n'existait que sous forme de pièces de monnaie, la Chine a inventé le papier-monnaie. En lançant aujourd'hui une monnaie digitale, elle prend de nouveau une longueur d'avance.

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