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La Belgique prête à restituer des œuvres d’art volées à la RDC

La Belgique a dévoilé mardi 6 juillet son plan de restitution des œuvres d’art spoliées à la République démocratique du Congo pendant la période coloniale.

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Exposition sur le Congo au Musée de l\'Afrique centrale (MRAC) à Tervuren, près de Bruxelles, en octobre 2013. Photo d\'illustration.
Exposition sur le Congo au Musée de l'Afrique centrale (MRAC) à Tervuren, près de Bruxelles, en octobre 2013. Photo d'illustration. (GEORGES GOBET / AFP)

La réconciliation passe aussi par l'art. L'art qui est devant nos yeux, dans nos musées et qui ne nous appartient pas. La Belgique a débuté mardi une opération de restitution des œuvres d'art à la République démocratique du Congo (RDC), ancienne colonie belge. L'approche est inédite. Le gouvernement a décidé que tout ce qui avait été acquis "par la force et la violence, dans des conditions illégitimes", devait être restitué. Un choix qui sera long à mettre en œuvre car pour chaque pièce, masque, instrument de musique, minéraux, insecte, il faudra se demander :  "Y'a-t-il eu vol ? Ou était-ce une transaction commerciale ?"  Les sources de la période coloniale (1885-1908) sur le sujet sont très rares.

Il y a aussi la question de la conservation des œuvres, une fois arrivées au Congo. Même si le nouveau Musée national (MNRDC) ouvert à Kinshasa en 2019 est tout neuf, "il y a peu de moyens pour accueillir les pièces dans de bonnes conditions", explique Christophe Rigaud, responsable du blog Afrikarabia et spécialiste de la RDC. Le travail d’enquête sur la restitution sera long et les pièces rendues peu nombreuses pour l’instant. Sur les "85 000 œuvres" du Musée royal de l'Afrique central de Tervuren près de Bruxelles, potentiellement concernées par une restitution, moins de 300 sont considérées comme "butins de guerre" et 600 sont arrivées de manière "illégales" en Belgique. Ce qui représente 1% au total.

Ces œuvres seront restituées avant 2024 et la Belgique a choisi la discrétion. "Il n'y aura pas de geste symbolique spectaculaire. Imaginez qu'on remette en grande pompe une douzaine de masques Yaka à la RDC. Ce serait reproduire un schéma paternaliste", explique le secrétaire d'État en charge du dossier, Thomas Dermine. 

La RDC davantage préoccupée par sa situation politique

Récupérer ces oeuvres n'est pas la priorité du gouvernement. La République démocratique du Congo est plus préoccupée par sa situation politique. "À l'Est, les milices tuent tous les jours des civils", 2 000 l’année dernière selon l’ONU. "Le président Felix Tshisekedi avait promis de s'en occuper lors de son arrivée au pouvoir en 2019", explique Christophe Rigaud, mais il n’a rien fait et l'insécurité est toujours grandissante. "En mai dernier, un état de siège a été décrété dans cette région, les militaires ont pris la main sur les provinces", poursuit-il. La RDC, 80 millions d'habitants, "a un budget total de 7 milliards de dollars, soit le budget de la ville de Paris. Pour faire face aux défis sécuritaires, c'est insuffisant", souligne le responsable du blog Afrikarabia et spécialiste de la RDC. 

Ajouter à cela le Covid et la recrudescence des cas, les œuvres du passé, même symboliques, ne font pas la une des journaux. Ce qui aurait pu le faire, c'est le retour au pays de la pièce maîtresse de cette restitution. Prévu le mois dernier, il a été repoussé à l'année prochaine à cause de la pandémie. Il s'agit d'une relique : la dent de Patrice Lumumba, père de l'indépendance congolaise assassiné avec l'aide de la Belgique en 1961. Cette dent-là, à elle seule, pourrait réconcilier les Congolais et les Belges. Elle prouve que la Belgique avance dans la reconnaissance de ses erreurs coloniales.

Exposition sur le Congo au Musée de l\'Afrique centrale (MRAC) à Tervuren, près de Bruxelles, en octobre 2013. Photo d\'illustration.
Exposition sur le Congo au Musée de l'Afrique centrale (MRAC) à Tervuren, près de Bruxelles, en octobre 2013. Photo d'illustration. (GEORGES GOBET / AFP)