L'Italie se retire discrètement du projet des Nouvelles routes de la soie chinoise

Le gouvernement italien s'est officiellement retiré du grand projet commercial chinois des "Nouvelles routes de la soie", sans en faire la publicité.
Article rédigé par Isabelle Labeyrie
Radio France
Publié
Temps de lecture : 2 min
La Première ministre italienne, Giorgia Meloni. (ANDREJ ISAKOVIC / AFP)

L'aventure s'est terminée en toute discrétion par une simple note verbale transmise au gouvernement chinois. D'un côté comme de l'autre personne n'a envie de faire de la publicité autour de ce retrait, qui pourtant n'est pas une surprise.

Avant même son élection, Giorgia Meloni estimait que l'Italie avait commis "une grave erreur" en entrant dans ce projet surdimensionné surnommé "Belt and Road Initiative", destiné à faire surgir partout de nouvelles routes, de nouveaux chemins de fer et de nouveaux ports pour relancer l'activité commerciale de la Chine avec le reste du monde.

L'accord arrivant à échéance en mars prochain, il a tout simplement été décidé, de ne pas le renouveler parce qu'il n'a pas produit les effets escomptés. Quand l'Italie a adhéré au projet, en grande pompe, en 2019, elle espérait gonfler ses exportations et profiter des investissements chinois pour éponger sa dette, qui à l'époque était colossale. Mais les effets d'annonce ne se sont pas tous concrétisés. Les investissements se sont révélés décevants et les exportations n'ont augmenté que de 19%, alors que les importations chinoises, elles ont bondi de 71%.

"Ce n'était pas une perspective avantageuse", a dit Antonio Tajani, le ministre des affaires étrangères à la Repubblica. Il y a trop de déséquilibres et des bénéfices économiques négligeables, surtout au regard du coût politique d'un rapprochement avec Pékin, qui mettait un peu l'Italie en porte-à-faux.

D'autant qu'elle était le seul pays du G7 à participer. Autant dire que ses alliés lui mettaient la pression. Il est difficile de continuer à justifier une alliance stratégique avec un pays qui soutient obstinément la Russie dans sa guerre en Ukraine, et un pays avec lequel les États-Unis sont en guerre ouverte sur les questions commerciales. Les règles précises de l'accord n'étant pas très transparentes, les Européens craignaient de voir Rome devenir "un cheval de Troie" des intérêts chinoisL'opposition a toutefois dénoncé cet éloignement, lié selon elle aux positions très atlantistes du gouvernement Meloni.

"Dénigrement" des Nouvelles Routes de la soie

À Pékin, le porte-parole du ministre des Affaires étrangères a dénoncé le "dénigrement" des Nouvelles routes de la soie, alors que le régime vient de fêter leur dixième anniversaire. Mais les critiques ne sont pas montées plus haut.

Il faut dire que, même au sein de l'appareil politique chinois, certains considèrent que le projet ne répond pas à ses ambitions. Environ 150 pays participent, mais de nombreux États africains ont déjà gelé l'accord, qui les expose à un surendettement massif. C'est l'une des faiblesses des Nouvelles routes de la soie, à savoir créer une dépendance financière, potentiellement dangereuse vis-à-vis de Pékin.

Ça ne veut pas dire que l'Italie n'a plus de relations avec la Chine. Rome n'a aucune intention de froisser la deuxième puissance économique mondiale, car le secteur du luxe italien aurait beaucoup trop à y perdre. Personne ne souhaite une confrontation diplomatique qui serait préjudiciable pour les intérêts économiques. "Ce retrait ne devrait pas signifier un coup d'arrêt décisif aux rapports bilatéraux", notait déjà le quotidien Global Times, organe du PCC, lors de la venue du ministre des Affaires italien Antonio Tajani en septembre 20023. Le président Matarella doit même se rendre début 2024 à Pékin pour y détailler le nouveau partenariat stratégique qui unira les deux pays. Illustration parfaite de ce proverbe chinois : “la porte la mieux fermée est celle qu’on peut laisser ouverte”.

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