Etats-Unis : il collecte sept millions de dollars pour l'Afghanistan... pour rien ou presque

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Humanitaire, cela ne s'improvise pas ! Un jeune influenceur américain a réuni plus de sept millions de dollars de dons pour financer des vols d'évacuation. Mais la plus grosse part de ces dons ont été dilapidés.

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Radio France
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Le tarmac de l'aéroport de Kaboul, le 22 septembre 2021. (HOSHANG HASHIMI / AFP)

Tommy Marcus a 26 ans, c'est une star d'Instagram (plus de 820 000 abonnés) qui officie sous le nom de @quentin.quarantino. Le 17 août il lance une campagne de dons sur le réseau social, "l’opération Flyaway". Objectif : récolter 550 000 dollars, pour financer deux vols d'évacuation et permettre à 300 Afghans de fuir le régime taliban. Il cible en priorité des défenseurs des droits des femmes, des journalistes, des artistes qui risquent d'être exécutés par les fondamentalistes.

La veille, des images déchirantes ont fait le tour du monde, celles de ces Afghans désespérés qui s'accrochent aux roues des avions au moment de leur décollage de l'aéroport de Kaboul. L'émotion est immense, plus de 100 000 personnes répondent à l'appel du jeune influenceur qui en quelques jours récupère bien plus qu'espéré : 7,2 millions de dollars.

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Sauf que Tommy Marcus n'a en réalité aidé que 435 personnes à quitter l'Afghanistan. Des journalistes du Washington Post sont allés regarder son affaire d'un peu plus près, ils ont fouillé dans des dossiers financiers, des mails, des enregistrements d’appels, ils ont conduit des entretiens avec dix personnes travaillant pour Flyaway. Ils sont formels : ces Afghans évacués l'ont été sur des vols payés par les contribuables américains ou d’autres organisations, mais pas par celle de Tommy Marcus. Qui en plus a déjà gaspillé presque la moitié de ses dons dans des vols qui ont été annulés et pas remboursés.

Le jeune Américain n'a pas détourné d'argent

Ce n'est pas pour autant une arnaque : le jeune Américain n'a pas détourné d'argent, il ne s'est pas enrichi à titre personnel. Simplement, son organisation n'a connu que des déboires : des avions loués en Europe de l'Est qui finalement n'ont pas pu se rendre en en Afghanistan parce qu'ils n'étaient pas assurés pour cela ; des problèmes d'autorisation pour atterrir à Kaboul ; des vols annulés au dernier moment parce que l'argent n'avait pas été débloqué ; des prestataires de sécurité payés mais jamais utilisés...

Un gros contrat signé avec une compagnie aérienne de Beverly Hills en Californie pose aussi question, car le patron de la compagnie, un businessman néo-zélandais, fait l'objet d'une enquête pour fraude dans de précédentes affaires : ses avions n'ont toujours pas décollé pour Kaboul.

Pour assurer ses arrières, Flyaway a tout de même versé des fonds à deux ONG plus établies et plus solides, spécialisées dans les évacuations, mais elles non plus n'ont pas eu de chance... Dans la désorganisation logistique extrême de l'aéroport de Kaboul, un avion de 300 places a décollé le 24 août avec seulement une cinquantaine de personnes à bord.

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La morale de cette histoire, c'est qu'on ne s'improvise pas humanitaire. L'affaire Tommy Marcus montre les limites des initiatives spontanées... qui est plus est dans un contexte de confusion extrême après la prise de pouvoir des talibans où même les gouvernements ont rarement bien géré les évacuations.

Dans le Washington Post, la responsable d'une grosse organisation de philantropie décrit les campagnes de crowdfunding comme le "Far West de la collecte de fonds caritatifs". Il y a deux jours, après de multiples péripéties, Flyaway a quand même réussi à faire partir un petit groupe d'environ 70 personnes. "Je ne suis pas là pour vous dire que notre opération a été parfaite, écrit le jeune influenceur. Elle ne l'a pas été". Mais voir "la nièce et le neveu de Dost, l'un de nos interprètes afghans qui est avec nous 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 depuis cinq semaines" quitter le pays... Rien que ça, "c'est ce qui compte". 

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