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En Espagne, opération transparence au Prado : le musée madrilène veut identifier ses oeuvres spoliées

À Madrid, le musée du Prado se lance dans une "opération transparence". Il veut établir la liste de ses oeuvres d'art spoliées pendant la guerre civile.

Article rédigé par Isabelle Labeyrie
Radio France
Publié
Temps de lecture : 2 min
Le bâtiment principal du Prado à Madrid (Espagne). (ROSINE MAZIN / MAZIN ROSINE)

Le Prado veut savoir précisément quels sont les tableaux de sa collection qui ont été saisis comme butin de guerre pendant la guerre civile ou la dictature de Franco, entre 1936 et 1975. Il s'engage à les rendre ensuite à leurs propriétaires – à condition évidemment qu'ils soient identifiés.

Le musée, l'un des plus importants du monde, a publié mardi 20 septembre une première liste de 25 oeuvres (23 peintures, une coupe à fruits et une horloge ancienne) dont il sait désormais qu'elles ont bien été confisquées par le régime franquiste. Et puis la liste s'est allongée : 62 pièces au total sont concernées.


Ce ne sont pas des oeuvres exceptionnelles mais on trouve tout de même des toiles de François Boucher, maître français de l'art rococo du XVIIIe, un paysage enneigé de Brueghel le Jeune, ou des portraits de l'impressionniste espagnol Sorolla. La plupart du temps, l'origine de ces tableaux est encore floue, il va falloir enquêter.

Trois mois pour enquêter

Pour cela, le Prado a mis sur pied une équipe de chercheurs dirigée par un expert du patrimoine spécialiste de la guerre civile, Arturo Colorado. Ils ont trois mois pour se plonger dans les archives et rendre leur rapport. Tâche difficile tant le parcours des oeuvres est opaque : beaucoup ont été données au musée par le "Commissariat général au patrimoine artistique national" créé par Franco, qui les tenait parfois d'un autre musée, qui lui-même les tenait de la Commission de saisie, qui s'était elle-même servie de manière illégale dans des collections privées.

Exemple : l'un des maires de Madrid, Pedro Rico, a fui l'Espagne pendant la guerre. La République a décidé de protéger son patrimoine artistique des bombardements en le cachant dans des entrepôts, pour le restituer une fois la guerre terminée. Mais les franquistes, vainqueurs du conflits, n'ont pas rendu toutes les œuvres. Certaines des œuvres ont fini au musée des beaux-arts des Asturies et le musée du Prado.

Ça ne fait pas très longtemps que l'Espagne tente de faire la lumière sur la saisie de ses oeuvres d'art pendant la guerre. Pendant la transition, plusieurs lois ont été adoptées pour la restitution des biens immobiliers, mais les œuvres d'art sont restés dans les limbes.

Des informations disponibles en ligne

Depuis 2017 toutefois toutes les informations collectées petit à petit sont mises en ligne, accessibles au grand public et aux historiens, autant pour retrouver les oeuvres qui ont été emportées à l'étranger que celles qui sont restées en Espagne.

Début septembre à Bilbao deux tableaux ont été restitués à une famille de l'armateur et nationaliste basque Ramón de la Sota, deux œuvres saisies par le régime franquiste, après qu'un de ses héritiers fut tombé dessus par hasard quatre ans plus tôt dans une exposition au Parador de Almagro. Il s'agissait d'un Goya et d'un tableau d'El Greco, qui sont désormais exposés dans des institutions publiques.

C'était une première. Le gouvernement veut qu'il y en ait d'autres. Le ministre de la Culture a d'ailleurs demandé à tous les musées nationaux de réaliser des travaux de recherches similaires à ceux du Prado pour clarifier l'origine des "œuvres qui appartiennent aujourd'hui à l'État", lancer les procédures de restitution et "réparer les injustices du passé".

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