En Corée du Sud, bientôt la fin de la viande de chien dans les assiettes ?

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En Corée du Sud, le président Moon Jae-in ouvre la porte à l'interdiction de la consommation de viande de chien. La fin d'une tradition qui s'essoufle.

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Tory, le chien rescapé d'élevages clandestins que le président sud-coréen Moon Jae-in a adopté en juillet 2017. (HANDOUT / THE BLUE HOUSE / AFP)

Moon Jae-in l'a fait l'air de rien, lundi 27 septembre, avec cette question un peu alambiquée adressée en public à son Premier ministre : "Le moment n'est-il pas venu de considérer, avec prudence, l'interdiction de la consommation de viande de chien ?" Aussi indirecte et timide soit-elle, cette "préconisation" est un engagement majeur.

Car en Corée la viande de chien a longtemps été considérée comme un mets de choix, une tradition à laquelle on ne pouvait pas s'attaquer, même si la pratique est en baisse.

Une tradition en perte de vitesse

Chaque année on tue encore entre 1 et 2 millions de chiens en Corée du Sud - les statistiques sont approximatives. L'Animal Welfare Institute estime que cela représente environ 100 000 tonnes de viande. 

Mais la consommation est en baisse, comme d'ailleurs dans la plupart des pays d'Asie. Moins d'un Sud-Coréen sur trois consomme aujourd'hui de la viande canine ; chez les plus jeunes, "manger du chien" est même devenu complètement tabou.

La pression des militants de la cause animale s'est faite de plus en plus forte, le chien est passé du statut de plat en sauce à celui de compagnon à quatre pattes. Le marché des animaux domestiques est d'ailleurs en pleine croissance : 20 % des foyers sud-coréens ont désormais un chien à la maison.

Le président Moon Jae-in engagé pour les chiens

À commencer par le chef de l'État ! Moon Jae-in adore les animaux. En 2017, il avait axé toute une partie de sa campagne à la présidentielle sur l'interdiction de la vente et du trafic de viande de chien. Il s'était même engagé, s'il était élu, à adopter un chien parmi les rescapés d'élevages clandestins. 

Promesse tenue : Tory, 4 ans, petite boule de poils noire de race inconnue, a donc fait son entrée à la Maison bleue, le palais présidentiel sud-coréen. Comme la "première dame" il est devenu "le premier chien". C'était un geste fort, d'autant plus qu'en Corée personne n'adopte les chiens noirs : ils sont réputés porter malheur.

Abattage interdit depuis 2018

L'année suivante, en 2018, Moon Jae-in, conformément à son programme, faisait adopter une loi interdisant l'abattage des chiens et des chats. Mais pas leur consommation : ça n'a pas suffi à mettre un terme à la pratique.

Ça l'a rendue plus compliquée bien sûr mais ça n'a pas empêché tout un marché clandestin de prospérer. En 2019, une ONG américaine s'est infiltrée dans une ferme à chiens illégale qui se présentait comme un centre de reproduction : elle y a découvert 200 animaux entassés dans des cages en fer en attendant d'être vendus et pour une grande partie d'entre eux abattus. 

L'interdiction de la consommation ne fait d'ailleurs pas consensus en Corée du Sud. Les éleveurs manifestent régulièrement pour défendre leur bout de gras. Selon eux, le chien n'est pas différent du porc ou du canard. Ils s'emploient surtout à entretenir la légende sur ses propriétés : grâce au collagène, le chien serait bon pour la peau, il permettrait de mieux supporter la chaleur et favoriserait l'endurance sexuelle. Des vertus auxquelles les Sud-Coréens croient toutefois de moins en moins.

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