Derrière l'affaire Idrissa Gueye, la question de l'homosexualité au Sénégal

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Idrissa Gueye, le joueur du Paris Saint Germain, ne s'est pas associé à la journée mondiale contre l'homophobie lors d'un match le 14 mai. Son attitude crée la polémique en France. Au Sénégal, au contraire, le milieu de terrain additionne les soutiens.

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Radio France
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Le milieu de terrain sénégalais du Paris Saint-Germain, Idrissa Gueye, au Camp des loges, le 17 décembre 2021. (GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP)

Plus les heures passent, plus ils sont nombreux à monter au créneau et plus les discours se crispent au nom des différences cuturelles entre l'Afrique et l'occident. Car au Sénégal, pays à 95% musulman, l'homosexualité est considérée comme une déviance, un acte contre-nature.
Or Idrissa Gueye est soupçonné d'avoir déclaré forfait à la dernière minute pour ne pas avoir à porter un maillot aux couleurs arc-en-ciel des fiertés LGBT... L'an dernier déjà, il n'avait pas participé à l'opération officiellement en raison d’une gastro-entérite.
Mais pour ses soutiens, il n'y a pas de débat ! Il a eu raison de rester "ancré dans ses valeurs et dans sa foi qui font la +sénégalité+". Voilà ce que disent pêle mêle ses co-équipiers des Lions de la Teranga, vainqueurs en février dernier de la première Coupe d'Afrique des nations (CAN), le président de la Fédération sénégalaise de football... De nombreux Sénégalais anonymes partagent en statut des photos de Gana Gueye en pèlerinage à La Mecque. 

L'écrivain et intellectuel Boubacar Boris Diop, lauréat du prestigieux prix Neustadt, affirme sa « solidarité totale ». « Quand on signe [un contrat avec un club], c'est pour jouer au foot, ce n'est pas pour faire la promotion de quoi que ce soit ou mettre de côté ses convictions » dit le ministre des Sports, Matar Bâ. L'une des principales personnalités politiques nationales et principal opposant au président Macky Sall, Ousmane Sonko: "Les +toubabs+ (les Blancs, en wolof) croient que nous sommes des ordures et qu'eux seuls ont des valeurs". Même le chef de l'Etat Macky Sall, s'est fendu d'un message sur Twitter appelant à "respecter" les convictions religieuses du joueur.

Le Sénégal est souvent cité comme un exemple d'Etat de droit en Afrique : pourtant une relation avec une personne de même sexe peut y valoir jusqu'à 5 ans de prison, ainsi qu'une amende de 100 000 à 1 500 000 francs (152 à 2 286 euros). Loi assumée et défendue à 100% par le chef de l'Etat au nom des spécificités culturelles comme en 2020 alors qu'il recevait le premier ministre canadien Justin Trudeau : "ces lois sont le reflet de notre manière de vivre... elles n'ont rien à voir avec l'homophobie". Il imagine alors difficile la « légalisation et des gay-parades ».

Macky Sall, souvent accusé par ses opposants conservateurs de trop se rapprocher du discours occidental, doit aussi donner des gages à son opinion publique. Les associations de défense des LGBT elles dénoncent une montée des agressions et des propos homophobes ces dernières années

Le principal intéressé, lui, ne s'est toujours pas exprimé. Mais hier le Conseil national de l’éthique de la Fédération Française de Football lui a demandé soit de démentir les rumeurs, en posant en photo vêtu du fameux maillot arc en ciel soit de prendre conscience du fait qu'il a commis je cite "une très grave erreur".

"En refusant de participer à cette opération collective", écrit le CNE, "vous validez de fait les comportements discriminatoires, le refus de l’autre, et pas uniquement contre la communauté LGBTQI +. L’impact du football dans la société et la capacité des joueurs à représenter un modèle nous donnent à tous une responsabilité particulière". Pas sûr que ce genre de propos permette d'apaiser les tensions au Sénégal.

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