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Cinq ans après la mort d'Alan Kurdi, l'Europe toujours en panne de solidarité sur la question migratoire

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Un petit Syrien de trois ans, étendu à plat ventre sur une plage de Turquie, mort noyé après avoir tenté de traverser la Méditerranée pour gagner l'Europe avec sa famille. Cette terrible photo d’Alan Kurdi, qui a ému le monde entier, a été prise il y a cinq ans jour pour jour. Depuis, rien n'a vraiment changé.

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Radio France
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Le corps d'Alan Kurdi, trois ans, a été retrouvé sur la côte turque, à Bodrum. Il est mort noyé, comme son frère Galip, cinq ans, et leur mère, en essayant de rejoindre la Grèce, le 2 septembre 2015. (DOGAN NEWS AGENCY / DOGAN NEWS AGENCY)

La photo de ce petit bonhomme allongé sur le sable, dans son tee-shirt rouge et son bermuda bleu, ce petit garçon à plat ventre léché par les vagues, qui ne rouvrira jamais les yeux, on la connaît tous. Aujourd'hui encore, elle nous bouleverse, elle nous choque. Parce qu'elle résume avec une violence inouïe la crise migratoire de cette année 2015 : un million de réfugiés majoritairement syriens et afghans, qui ont fui la guerre et l'insécurité pour gagner un rivage plus accueillant de la Méditerranée.

On connaît la suite : des frontières qui s'ouvrent puis se referment, les tergiversations des Européens... et au final, le mur infranchissable de l’indifférence.

Solidarité européenne en panne

En cinq ans, peu de choses ont changé : le plan de relocalisation des migrants dans des pays volontaires a fait "pschitt" faute de candidats, et lorsqu'il s'agit de savoir quel pays acceptera d'accueillir de nouveaux migrants récupérés en mer par les bateaux d'ONG (au demeurant de plus en plus rares) les Européens sont toujours en panne de solidarité.


Les deux accords passés d'un côté avec la Turquie, de l'autre avec les garde-côtes libyens, sont quant à eux très critiqués parce qu’in fine, ils augmentent la vulnérabilité des migrants, en mer et dans les camps. Entre les mains de Recep Tayyip Erdogan, le président turc, l'accord est même devenu un levier de pression sur l'Europe. La Commission européenne doit présenter en septembre un nouveau plan global de gestion de la crise migratoire - personne n’en attend de miracles.


La seule réalisation concrète de ces cinq dernières années c’est le renforcement de l’agence Frontex, chargée de la surveillance des frontières extérieures de l’Union.  D’ici 2027 elle disposera d’un corps permanent de 10 000 hommes, pour aider les pays débordés qui se trouvent en première ligne.

Des demandes d’asile reparties à la hausse

Plus de 676 000 demandes d'asile ont été déposées dans l’Union européenne l’an dernier. Certes, c’est la moitié de ce qu'on a connu en 2015, mais la courbe est repartie à la hausse. La "route de la Méditerranée orientale" qui est de nouveau la principale voie d’accès à l'Europe, est aussi la plus meurtrière : plus de 500 morts depuis janvier.  

Et pourtant c’est comme si la question migratoire était sortie des radars de l’actualité. La tante du petit Alan Kurdi, qui s’est exprimée hier lors d’une conférence de presse en Allemagne, s'est montrée très émue par cet anniversaire célébré dans l’indifférence. "Cinq ans après, dit-elle, partout dans le monde des gens continuent de souffrir, et ça devient même de pire en pire. On ne peut pas fermer les yeux, s’en détourner."

On doit sortir de notre silence, dire aux dirigeants du monde que c’est assez, les forcer à agir.... et pas uniquement à parler. 

Tima Kurdi, tante du petit Alan

Aujourd'hui le petit Alan Kurdi aurait huit ans. Sa tante, qui vit au Canada, continue à porter la voix des réfugiés syriens mais d'autres se sont découragés. Nilüfer Demir, la jeune photographe turque qui avait pris la photo du petit garçon, rêvait que son cliché puisse changer le monde. Par dépit, elle a quitté son métier.

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