Aux Philippines, Manny Pacquiao passe des rings de boxe à la politique

écouter (3min)

Manny Pacquiao, une superstar de la boxe, raccroche les gants et change de combat pour s'engager dans la course à la présidentielle aux Philippines. Avec un programme social.

Article rédigé par
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min.
Manny Pacquiao, ex-champion de boxe, candidat à l'élection présidentielle aux Philippines, à Manille le 1er octobre 2021. (JAM STA ROSA / POOL via AFP)

Manny Pacquiao est l'un des plus grands boxeurs de tous les temps : champion du monde dans huit catégories différentes, 26 ans sur les rings, 72 combats, 62 victoires. Un palmarès exceptionnel.

Du haut de son 1m66, "Pac Man" est un cogneur redoutable, une légende vivante qui veut désormais grimper sur le ring de la politique à haut niveau. Aux Philippines, Manny Pacquiao est plus qu'un héros national, c'est quasiment un demi-dieu ! Officier de la légion d'honneur, prêcheur évangélique qui assure avoir été choisi par le Tout-Puissant pour diffuser le message du Christ, il est aussi chanteur, acteur, animateur télé, entraîneur de basket. Il a déjà tâté de la politique : deux fois député et sénateur depuis 2016.

À 42 ans, après son dernier combat (perdu), le 21 août 2021, l'ancien poids-mouche raccroche officiellement les gants. Et se lance dans la course à la présidentielle qui aura lieu en mai 2022.

Dans une vidéo au ton mélodramatique, publiée le 29 septembre, Manny Pacquiao fait ses adieux : "Aux plus grands fans et au plus grand sport du monde, merci ! Merci pour tous ces merveilleux souvenirs. C'est la décision la plus difficile que j'ai jamais prise, mais je suis en paix avec elle. Poursuis tes rêves, travaille dur, et regarde ce qui se passe. Au revoir la boxe". Et bonjour la politique.

Un programme social

Manny Pacquiao veut venir en aide aux plus pauvres et aux paysans, mettre en place un enseignement gratuit jusqu’à l’université et financer des programmes sportifs dans les quartiers défavorisés. "Si un leader n’a pas fait l’expérience de la pauvreté, il ne peut pas réellement avoir de sentiments pour les pauvres", déclarait-il en 2016.

S'il est aujourd'hui richissime (ses gains sont estimés à plus de 500 millions de dollars), Manny Pacquiao est un enfant de la rue, qui s'est lancé dans la boxe à l'âge de 12 ans pour gagner de quoi nourrir sa famille. Un parcours qui lui vaut une admiration sans bornes dans l'archipel, où son ascension sociale est présentée comme un modèle, où l'on salue aussi sa générosité (il donne régulièrement d'énormes sommes à des amis, des fans ou des personnes dans le besoin). Ses fans voient en lui la preuve que les personnes qui travaillent dur peuvent réussir, quelles que soient leurs origines.

Pas très assidu au Parlement et ultra-conservateur

Sa popularité est telle que l'accès à la présidence ne semble pas si incongru. Mais est-il vraiment capable de diriger un pays de 110 millions d'habitants ? Le combat n'est pas gagné d'avance. Ses détacteurs moquent son "côté brute épaisse" et lui reprochent de ne pas être très assidu au Parlement. Quoiqu'en matière de brutalité, l'actuel président, Rodrigo Duterte, n'a pas de leçons à donner. Engagé dans une implacable lutte anti-drogue, il fait de tout individu impliqué de près ou de loin dans un trafic un criminel dont la mort est justifiable. La police est officiellement responsable de la mort de plus de 6 000 personnes depuis le début de son mandat, en 2016 – beaucoup plus selon les ONG. La Cour pénale internationale réclame une enquête pour de potentiels crimes contre l'humanité.

Manny Pacquiao soutient pourtant la méthode Duterte et s'affiche par ailleurs comme un chrétien ultra conservateur opposé au divorce, à l'avortement et à la contraception.

Des prises de positions qui il y a quelques années lui ont fait perdre un contrat publicitaire avec Nike. Il avait expliqué que les homosexuels étaient "pires que des animaux". Pas de quoi gagner en popularité. Il va sans doute prendre plus de coups en politique que sur les rings.

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.