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A tsar is born : en Russie, Vladimir Poutine, président jusqu'en 2036 ?

En Russie Vladimir Poutine s'accroche au pouvoir. Il vient de signer les lois qui lui permettent de faire deux nouveaux mandats, jusqu'en 2036.

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Vladimir Poutine, 17 mars 2021.
Vladimir Poutine, 17 mars 2021. (ALEXEI DRUZHININ / SPUTNIK)

La loi qu'il a signé le 5 avril lui permettra de faire deux autres mandats de six ans quand celui-ci sera terminé, en 2024. Jusqu'ici, il n'avait pas le droit de rempiler : c'était interdit par la Constitution de 1993. Mais l'été dernier il a fait adopter par référendum une modification de la Constitution - et la manœuvre est passée comme une lettre à la poste. 78% de "oui" et 65% de participation - selon les chiffres officiels. Au passage (pourquoi se gêner ?), Vladimir Poutine en a profité pour inclure un paragraphe qui garantit l'immunité à vie aux anciens présidents, autrement dit qui les protège de toutes poursuites judiciaires.

Plus rien ne l'oblige à quitter le Kremlin

Le processus législatif est aujourd'hui terminé, Vladimir Poutine peut dormir tranquille et rêver à sa propre succession. Il ne sera pas contraint, comme en 2008, d'échanger le temps d'un mandat son poste avec celui de son Premier ministre. Plus rien désormais ne l'oblige à lâcher le Kremlin.

S'il peut se faire élire, ça ne veut pas dire qu'il le sera... Sauf qu'il est à plus de 60% d'opinions favorables : ça n'est pas son meilleur score, loin de là, (en 20 ans de pouvoir son taux de popularité a plusieurs fois et longtemps frôlé les 80%) mais ça reste très élevé, malgré la pandémie, malgré sa réforme des retraites très impopulaire imposée il y a deux ans, malgré le chômage qui augmente, l'économie qui tourne au ralenti...

Un mâle alpha de 68 ans

Vladimir Poutine semble indestructible. Cela fait 20 ans qu'il construit sa mythologie et que les médias d'État célèbrent sa toute-puissance. Il est l'homme fort dont les Russes ont besoin sur la scène internationale, celui qui est en capacité d'intervenir militairement en Syrie, en Ukraine, celui qui tient tête aux États-Unis, celui qui montre ses muscles au propre comme au figuré. c'est le mâle alpha qui à 68 ans continue de poser torse nu dans les rivières ou fusil à la main.

La semaine dernière encore, la télévision le montrait manœuvrant habilement son 4x4 dans les neiges de Sibérie en compagnie de son ministre de la Défense. En 20 ans, il a surtout tué la concurrence en refusant d'adouber un successeur (aucune personnalité parmi les cercles proches du pouvoir n'a été désignée par Poutine, ce qui d'emblée prive le pouvoir de renouvellement) ; en muselant les médias indépendants ; et en réduisant à néant toute forme d'opposition.

Opposition réduite au silence

Un autre amendement à la Constitution, adopté en mars dernier par le parlement, spécifie que quiconque n'ayant pas résidé de façon permanente plus de 25 ans en Russie ne pourra être élu président. Et qu'aucun candidat ne pourra avoir eu, au cours de sa vie, une autre citoyenneté que la citoyenneté russe. Ce qui de fait exclut tous les opposants qui se sont réfugiés à l'étranger. Quant à Alexeï Navalny, son opposant "hors système" le plus virulent, il a d'abord été empoisonné. Et croupit aujourd'hui dans une colonie pénitentiaire sordide - où il est en grève de la faim, tandis que ses collaborateurs ont eux aussi été arrêtés. Un traitement de faveur qui a mobilisé une grande partie de la société russe.

La sécurité intérieure, une priorité

Vladimir Poutine sera-t-il fragilisé par cette affaire Navalny ? Pour l'instant non, parce que le pouvoir s'emploie avec une certaine constance à réprimer les manifestations et ça va continuer. Au moment où les partisans de Navalny prévoient de faire descendre 500.000 personnes dans les rues, le pays vient de lancer des appels d'offres massifs pour équiper toute sa police en kit anti-émeutes. Depuis les gigantesques manifestations de l'hiver 2011-2012 contre les fraudes aux élections législatives, la sécurité intérieure est devenue une priorité absolue du régime. Vladimir Poutine, qui a déjà plusieurs statues monumentales à son effigie, ne compte pas laisser la contestation saper les fondations de son piédestal.

Vladimir Poutine, 17 mars 2021.
Vladimir Poutine, 17 mars 2021. (ALEXEI DRUZHININ / SPUTNIK)