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Le monde de Marie. Une artiste turque crée une œuvre d’art avec des noms de réfugiés morts pendant leur voyage

Une œuvre d’art en forme de mémorial. C’est le projet d’une artiste turque qui travaille depuis bientôt 16 ans à une œuvre unique, "The List", qui recense tous les noms des réfugiés qui ont trouvé la mort au cours de leur voyage.

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Des migrants aux larges des côtes libyennes en mai 2018. 
Des migrants aux larges des côtes libyennes en mai 2018.  (LOUISA GOULIAMAKI / AFP)

En 2002, Banu Cennetoğlu une jeune artiste turque installée à Amsterdam, spécialisée dans la photographie, travaille sur les frontières. Tout à fait par hasard, elle tombe sur un site qui regroupe plusieurs ONG qui viennent en aide aux réfugiés. C’est là qu’elle découvre un document, d’une quinzaine de pages à l’époque, qui recense 6 000 noms d’hommes et de femmes qui ne sont pas allés au bout du voyage. Seize ans plus tard, il y a 34 361 noms sur la liste établie par Banu Cennetoğlu avec l’aide de 550 ONG disséminées dans 48 pays. 34 361 noms au 5 mai 2018, date de la dernière mise à jour de la liste.

Une date, un nom et la cause de la mort

L’artiste le dit elle-même, sa liste est loin d’être exhaustive, elle ne recense que les morts déclarées depuis 1993. Et se présente sous la forme la plus simple qu’il soit : une date, un nom et la cause de la mort pour chacun. Rien d’autre, juste une somme de drames. Etablir la liste est une chose, la faire circuler en est une autre. Mais pour cela, Banu Cennetoğlu a quelques idées. Dans les premiers temps, elle donne sa liste aux gens qu’elle rencontre, elle en laisse des copies dans les cafés, les restaurants d’Amsterdam, les colle sous forme de stickers sur les distributeurs d’argent, sur les arrêts de bus. Mais cela ne suffit pas : elle cherche de l’argent un peu partout pour louer des panneaux publicitaires. Mais elle est systématiquement retoquée par les mécènes quand elle leur dit que ce n’est pas une œuvre d’art, car il n’est pas question de rendre cette horreur esthétique.  

Cette liste publiée sur plusieurs supports dans plusieurs pays  

C’est seulement de retour à İstanbul, en 2007, qu’elle obtient enfin un financement suffisant pour louer 150 panneaux publicitaires. Aujourd’hui, la liste a été publiée en Suisse sur des abribus, à Los Angeles sur des panneaux publicitaires, sur des colonnes à Berlin, sur le toit d’un hôtel de luxe en Turquie.  Depuis 2011, et le début de la guerre en Syrie, Banu Cennetoğlu est quotidiennement confrontée à ces réfugiés syriens, ces familles installées sur le trottoir d’Istanbul. Aujourd’hui, elle chronique leur vie en photos. The List, quant à elle, continue son voyage, et sera le 23 juin à Londres.

Des migrants aux larges des côtes libyennes en mai 2018. 
Des migrants aux larges des côtes libyennes en mai 2018.  (LOUISA GOULIAMAKI / AFP)