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Le monde de Marie. En Espagne, un quotidien confie à une journaliste un poste de "reporter de genre"

C’est une première dans l’histoire de la presse européenne, le quotidien espagnol "El  País" vient de nommer un reporter sur un nouveau terrain : le genre.

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Le siège du journal madrilène El Pais, à Madrid.
Le siège du journal madrilène El Pais, à Madrid. (DOMINIQUE FAGET / AFP)

Elle s’appelle Pilar Alvarez et elle va devenir la première grand reporter sur les questions de genre, pour El País, quotidien de centre gauche créé il y a 42 ans, à la mort de Franco, sorte de cousin espagnol de Libération et du quotidien italien La Repubblica. L’initiative de cette nomination revient d’abord aux journalistes femmes du quotidien qui ont mis la pression sur leur direction pour créer ce poste inédit.

"Notre journal ne pouvait plus ignorer ce terrain"

Et pourquoi donc ? Voilà ce que dit l’édito d’El País pour annoncer la nouvelle : "Parce que le 8 mars dernier, plus de cinq millions de personnes ont défilé dans les rues espagnoles pour protester contre les violences et les injustices dont les femmes font les frais, parce qu’il y a eu le scandale qui a entouré le verdict du viol collectif de Pampelune, qui a donné naissance à une mobilisation massive et à un mouvement Cuéntalo [raconte-le], il nous a semblé que notre journal, qui a accompagné les luttes des femmes, ne pouvait plus ignorer ce terrain".

D’où l’idée de nommer Pilar Alvarez qui a un fameux chantier sur les bras. Parce qu’il n’est pas seulement question de parler des femmes, ou de l’Espagne. Il est question ici, de traiter tous les cas où le genre est un sujet ou un argument de discrimination. Une question qui se pose autant pour les hommes que les femmes, et des problématiques que l’on retrouve aujourd’hui un peu partout dans le monde. On peut prendre pour exemple la nomination au Pakistan de la première animatrice télé trans, et cette actualité sera aussi le boulot de Pilar Alvarez, qui surveillera tout particulièrement l’Amérique latine.

Compléter l’histoire officielle, plutôt masculine

Enfin, dernier chantier, veiller à ce que l’actualité fasse une place aux femmes, et relate leurs histoires. De ce point de vue la démarche d’El País fait furieusement penser à celle du New York Times qui, il y a trois mois, créait une section "Les Femmes oubliées", histoire de compléter un peu l’histoire officielle, plutot masculine jusqu’à présent. Depuis, le quotidien new yorkais a recruté une éditorialiste sur le genre, et le Washington Post recherche activement un ou une chronique sur le même sujet.

Le siège du journal madrilène El Pais, à Madrid.
Le siège du journal madrilène El Pais, à Madrid. (DOMINIQUE FAGET / AFP)