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Le monde de Marie. Dans sa version anglaise, le magazine "Vogue" met pour la première fois une femme voilée en Une

Tous les jours, Marie Colmant revient sur un sujet passé (presque) inaperçu. Vendredi, la Une du mensuelle "Vogue" dans sa version anglaise qui met en scène neuf femmes aux origines les plus diverses.

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Couverture de la version Royaume-Uni de \"Vogue\" de mai 2018.
Couverture de la version Royaume-Uni de "Vogue" de mai 2018. (VOGUE)

C’est une petite révolution pour le monde de la mode. L’édition anglaise du magazine Vogue a choisi de mettre neuf femmes en couverture de son numéro d'avril, dont une portant un hijab. Une révolution de palais pour le petit monde feutré de la mode anglaise et plus particulièrement celui de Vogue.

Un nouveau rédacteur en chef

Jusqu’au printemps dernier, le magazine était le dernier refuge des "fifilles" de l’aristocratie britannique qui passaient le temps en y faisant des stages. Jusqu’au changement de rédacteur en chef, en avril dernier, un homme, Edward Enninfull, un fils d’immigrés ghanéens né à Londres, qui fit ses armes dans les magazines branchés londoniens. Comprendre, plus près du street style que de la fashion de la haute.

L’arrivée de cet homme noir, dans un magazine qui a 102 ans d’existence et a attendu 2002 et Naomi Campbell pour mettre une femme noire seule en couverture, siffle la fin de la récré pour les baronnes et autres marquises qui sont priées d’aller faire leurs stages ailleurs. Trop bon chic, bon genre, trop déconnectées de la vraie vie et surtout trop en circuit fermé. Comprenez blanc. Edward Enninful a une autre vision de la mode et des femmes qui la portent. Cette vision ressemble aux femmes qu’il rencontre, qu’il connaît.

Une vision de la beauté

Une vision de la beauté qui n’est pas exclusivement blanche, comme le démontre magistralement cette couverture de la dernière édition, baptisée Nouvelles Frontières, tout un programme, avec neuf femmes aux origines les plus diverses. Deux d’entre elles sont nées, par exemple dans un camp de réfugiés au Kenya. Elles sont blanches, métisses, noires, asiatiques, grandes, petites, minces, rondes, et toutes très belles.

Parmi ces neuf femmes, il y a Halima Aden, 20 ans, qui porte un hijab. Oui, oui, en Une de la bible de la mode britannique. Mais les arguments avancés par Edward Enninful sont plus que convaincants. Il est temps, écrit-il dans son éditorial, pour Vogue, de faire ce que ce magazine fait de mieux : "Proposer une vision pour l’avenir qui pourrait, devrait ressembler à ça." Parmi les réactions majoritairement enthousiastes, on retiendra celle de cette journaliste noire qui résume tout en une phrase : jusqu’à ce que Naomi Campbell fasse la couverture de Vogue, je pensais que j’étais moche.

Couverture de la version Royaume-Uni de \"Vogue\" de mai 2018.
Couverture de la version Royaume-Uni de "Vogue" de mai 2018. (VOGUE)