Serge Lama : "Une chanson avec une mauvaise musique ne peut pas faire un tube"

Tous les jours, une personnalité s'invite dans le monde d'Élodie Suigo. Aujourd’hui, le parolier et chanteur, Serge Lama. L'occasion de revenir pendant cinq jours sur les six décennies passées à ses côtés. Il a publié en octobre 2022, un album qu’il a annoncé comme son ultime, "Aimer".
Article rédigé par franceinfo, Elodie Suigo
Radio France
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Temps de lecture : 245 min
Serge Lama récompensé d'une Victoire d'honneur, lors de la cérémonie des Victoires de la Musique le 10 février 2023 (FRED DUGIT / MAXPPP)

Le chanteur et parolier, Serge Lama est l'invité exceptionnel du Monde d’Élodie toute cette semaine. Artisan de la chanson française depuis presque 60 ans, il a toujours su prendre des risques et fonctionné avec son instinct. On remonte le fil de sa carrière autour de cinq de ses chansons devenues cultes.

Depuis 1964, il a sorti pas moins de 24 albums studio et neuf albums live, composés de titres incontournables, la plupart devenus des classiques de la chanson française, comme Les Ballons rouges (1969), D'aventures en aventures (1968), Je suis malade (1973), Femme, femme, femme (1978) ou encore Les P'tites femmes de Pigalle (1973). Impossible de ne pas citer son aventure napoléonienne au théâtre Marigny dans les années 80 avec Napoléon, une comédie musicale qu’il a créé, pour laquelle il s’est battu et qui a autant comblé le public que lui-même en tant qu'artiste. Serge Lama a été également acteur au théâtre, au cinéma et à la télévision.

Le 7 octobre 2022 est sorti son ultime album, Aimer, soit 13 nouvelles chansons pour dire adieu à son public.

>> Serge Lama se confie sur son ultime album "Aimer" : "J'y ai mis tout mon coeur"

franceinfo : Nous avons pris cinq jours pour retracer cette carrière considérée comme hors-norme. Vous la considérez hors norme, vous aussi ?

Serge Lama : Oui, quand même. Oui, je suis conscient que j'ai fait des choses formidables et puis que je peux me féliciter de ce parcours, qui a été très beau avec des moments difficiles, mais n'importe qui dans la vie en a. J'ai eu de grands moments.

Des tubes, des concerts joués à guichets fermés, une comédie musicale consacrée à Napoléon à laquelle personne ne croyait et qui a trouvé son public très vite. Est-ce que vous avez réalisé vos rêves d'enfant ?

Au-delà. Au-delà de mes rêves d'enfant. Je n'aurais jamais pensé faire une comédie musicale. Vous savez que la comédie musicale Napoléon, c'est ce qui a donné l'idée à Michel Bergé de reprendre Starmania. Quand il a vu ce que j'avais fait à Marigny, il a repris Marigny et il a remis en route Starmania qui a été un triomphe absolu. On avait dîné ensemble le soir où j'avais été voir le spectacle, je faisais le comédien à cette époque-là, et il m’a dit : "Si tu reviens à la chanson, je suis ton homme". Si j'étais revenu, j'aurais pu travailler avec Bergé. La vie n'a pas voulu, mais ça aurait changé beaucoup de choses dans ma vie aussi.

Beaucoup disaient que vous étiez indomptable, que vous aviez votre caractère, que vous disiez des choses. En avez-vous souffert ? Vous faisiez d'abord ce que vous aviez envie de faire, on ne pouvait pas vous faire plier.

Ah oui. Oui, c'est vrai, c'était difficile, même si pourtant on me faisait parfois plier. J'ai toujours eu la chance d'avoir quelqu'un qui m'empêchait de plier. il savait l'idée, la vraie et comme je me laissais influencer parce que je pense que les autres sont toujours mieux que moi, ça fait partie, paraît-il, de mes défauts, il me disait : "Non. C'est ta première idée ? Fais la comme tu envie de la faire". Et donc je faisais ce que j'avais envie de faire.

Votre dernier album, Aimer, est une façon de tirer votre révérence avec nostalgie et reconnaissance. Que vous a apporté la musique dans toute cette vie ?

La musique, c'est tout. C'est très rare qu'une chanson avec une mauvaise musique réussisse. Avec un mauvais texte, oui. Une mauvaise musique, ça ne peut pas faire un tube. Ça ne peut pas faire une chanson qui reste. Moi, j'ai quand même des chansons qui restent, qui sont restées parce que la mélodie est chouette et que j'ai essayé de mettre des mots qui sont, ma foi, pas trop maladroits, j'espère.

Quel regard portez-vous sur cette carrière ?

Je porte un regard reconnaissant pour mon passé, pour les gens qui m'ont aidé à parcourir cette longue route.

"Je suis reconnaissant à mes amours, qui ont été importantes durant ma carrière et qui m'ont permis de tenir le choc. Michèle pendant 46 ans, puis maintenant Luana qui m'assiste depuis 20 ans."

Serge Lama

à franceinfo

À qui vous écrivez des mots d'amour tous les jours !

Oui, à qui j'écris des poèmes d'amour tous les jours ! Ce ne sont pas des mots. J'écris des poèmes d'amour tous les jours, depuis au moins une dizaine d'années.

C'est elle qui vous tient d'ailleurs effectivement à garder cette écriture qui vous donne envie aussi.

Oui, il faut. C'est ce que je vous dit, c'est l'amour qui m'a toujours motivé, permis de sortir mes tripes. On dit que les artistes sont infidèles, mais il faut dire une chose, c'est que les artistes sont poussés à l'infidélité par leur métier, c'est-à-dire qu'ils vont chercher dans les regards d'un être de chair et d'os, une femme, quelque chose qui les amène autre part. Mais c'est pour ça, entre autres, qu'ils sont souvent infidèles. Oui, je l'ai été, je réponds à votre question Oui, j'ai été infidèle et je le regrette parce que j'ai fait souffrir, mais je sais pourquoi je l'ai été, c'est pour les raisons que je vous dis.

Est-ce que vous avez des regrets ?

On a toujours le regret de faire souffrir et on fait souffrir, forcément, des gens. J'étais absent tout le temps. Je n'étais jamais là pour mes amis, je n'étais jamais là pour ma famille. Je n'étais jamais là... Alors évidemment, maintenant que j'ai une petite-fille, que mon fils est grand, c'est une chose que je peux regretter.

"Est-ce qu'on doit regretter ? Est-ce qu'on a le devoir de regretter ou est-ce qu'il faut assumer ce qui a fait ce que vous êtes et ce qui a fait la réalisation de vos rêves ?"

Serge Lama

franceinfo

Pour terminer, est-ce que le petit garçon qui rêvait devant son père en l'entendant chanter des airs d'opérette, qui rêvait lui aussi un jour de monter sur scène est fier de l'homme qu'il est devenu, de l'artiste qu'il est devenu ?

Quand je vous vois m'interviewer, je me dis : oui quand même, je suis fier de voir qu'une jeune femme comme vous trouve que ce que je fais est intéressant et que vous faites partie, peut-être, du public qui regrette que je m'en aille. Bien sûr que ça me fait plaisir !

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