Riad Sattouf publie le septième volet des "Cahiers d'Esther" : "Chaque génération d'ados fait peur aux adultes"

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Tous les jours, une personnalité s'invite dans le monde d'Élodie Suigo. Aujourd’hui, l’auteur de bandes dessinées et réalisateur, Riad Sattouf. Il publie "Les cahiers d'Esther. Histoires de mes 16 ans" aux Editions Allary.

Article rédigé par
Elodie Suigo - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 5 min.
Le dessinateur Riad Sattouf à Rennes (Ille-et-Vilaine) le 27 octobre 2021 (MARC OLLIVIER / MAXPPP)

Riad Sattouf est auteur de bandes dessinées et réalisateur, révélé et primé pour plusieurs de ses séries de bande dessinée comme Les Pauvres aventures de Jérémie ou encore Pascal Brutal. Même succès pour son premier long métrage en tant que scénariste et réalisateur, Les beaux gosses. Il est aussi l'auteur de la bande dessinée autobiographique, L'Arabe du futur, qui lui a valu une reconnaissance internationale. Il enfonce le clou avec son travail, pendant neuf ans, dans Charlie Hebdo avec La vie secrète des jeunes et dans L'Obs avec les fameux Cahiers d'Esther, les histoires vraies d'une jeune fille qu'il accompagne depuis ses dix ans, en racontant sa vie. Riad Sattouf publie le 7e et dernier tome des Cahiers d'Esther, Histoires de mes 16 ans aux Editions Allary.

franceinfo : Vous avez décidé de terminer cette aventure quand Esther aura 18 ans. Et c'est vrai qu'on ressent dans cet ouvrage cette majorité qui arrive à grands pas.

Riad Sattouf : Oui, c'est vrai. Le temps passe. Elle grandit beaucoup. Dans ce tome-là, il commence vraiment à y avoir des crises d'adolescence, des conflits apparaissent. Alors je ne vous cache pas que je les attendais, j'avais un peu hâte que ça arrive et je me disais : mais ce n'est pas possible, elle ne va pas rester trop sympa toute sa vie jusqu'à la majorité ! C'est assez marrant d'observer cela.

C'est marrant parce qu'effectivement elle a, à la fois cette envie d'indépendance, elle est lycéenne, et en même temps elle a besoin d'une protection, comme une enfant. Il y a cette dualité qui parle tellement au lecteur.

C'est vrai que quand on est adolescent, et ça s'illustre avec la vraie Esther, on a envie d'être considéré comme une adulte, etc. Mais très rapidement, à la première difficulté, on redevient un énorme bébé qui appelle ses parents.

"L'adolescence est une période de la vie que je trouve passionnante parce que les individus se transforment, se métamorphosent."

Riad Sattouf

à franceinfo

Esther a un physique de femme, mais dans sa tête, elle est très proche de celle qu'elle était à douze ans par de très nombreux aspects.

Ce physique de femme, d'ailleurs, est vraiment le côté oppressant de cette bande dessinée, parce qu'on sent le regard des hommes sur elle. C'est une partie qui vous a touché ?

Oui, bien sûr. D'autant plus que je suis personnellement un homme donc je n'ai pas expérimenté ce rapport à l'espace public, à la société, au regard des hommes. Mais c'est vrai que ça m'a surpris, même si je m'y attendais parce qu'Esther grandit, elle est devenue une jeune fille assez jolie et elle a peur quand elle marche dans la rue. Ça m'a stupéfait. Elle m'en parle tout le temps. Je pourrais faire une bande dessinée que sur ce sujet-là.

Plus d'un million d'exemplaires vendus pour les six premiers tomes en France. Des traductions en anglais, en coréen, en allemand, en espagnol, en grec, en hébreu, en italien, en portugais, en serbe. Les trois premiers albums ont été adaptés en série animée sur Canal+.  Vous pensiez que ça allait avoir autant de succès ?

Quand j'ai créé Les Cahiers d'Esther, c'était d'abord pour les adultes, parce que souvent, le monde réel des enfants n'est pas pour les enfants. Esther, elle, a expérimenté des situations assez violentes. Je ne pensais pas que les jeunes iraient vers cette bande dessinée, mais, il y a eu le dessin animé d'Esther, adapté des albums, qui a créé un phénomène que je ne m'explique vraiment pas sur le réseau social Tik Tok.

"Le dessin animé des ‘Cahiers d’Esther’a été vu plus de 300 millions de fois sur Tik Tok. Je ne pensais pas que les vrais ados se reconnaîtraient autant dans cette bande dessinée."

Riad Sattouf

à franceinfo

Cette jeunesse est effectivement votre thème de prédilection. Ça veut dire que vous avez eu aussi un peu le besoin de prolonger la vôtre ?

Tous, dans le fond de notre cœur et de notre tête, on n'a pas l'impression d'avoir tellement changé depuis qu'on était ado. Quand on se regarde dans le miroir, on voit bien que le temps passe et qu'on vieillit. Je commence à avoir vu plusieurs générations d'ados, et c'est toujours agréable de voir que finalement, il y a des choses qui sont universelles et qui restent toujours les mêmes quelles que soient les générations. Chaque génération d'ados qui arrive fait peur aux adultes. On pense que c'est la génération de la fin du monde, qu'ils ont des goûts bizarres etc. C'est comme ça à chaque fois et c'est rigolo à observer, ça permet de dédramatiser et aussi de prendre conscience qu'on était pareils.

Il y a un personnage qui a changé votre vie, c'est Tintin et ses aventures. Vous rêviez à quoi enfant ?

Moi, j'ai rêvé très tôt de devenir auteur de bandes dessinées.

Donc c'est un peu un Graal qu'aujourd'hui beaucoup de jeunes veulent devenir Riad Sattouf ?

Je ne sais pas s'ils veulent le devenir, en tous cas, ça me fait plaisir ! Pour vous dire, sur Instagram, je reçois des messages de jeunes qui me disent qu'ils détestent lire et qu'ils sont ultra contents de découvrir qu'ils ont pu lire les six Cahiers d'Esther. Ou des parents qui m'envoient des photos de leur grand échalas allongé sur le canapé en train de lire mes BD et me disant : "Incroyable, c'est la première fois que je le vois ouvrir un livre !" J'ai l'impression de servir à quelque chose.

Pour terminer, vous êtes devenu, en quelque sorte, le Hergé d'Esther, et je voudrais juste savoir ce que représente ce crayon pour vous.

Je n'y pense jamais parce que c'est vrai que la bande dessinée, avant toute chose, c'est une langue. Récemment, je me suis cassé le bras droit et je me suis rendu compte qu'on pouvait vraiment dessiner de la main gauche. Ce qui importe, c'est le moyen d'expression avant l'outil. Mon maître en bande dessinée, Émile Bravo, disait toujours : "La bande dessinée, c'est une langue, c'est une grammaire. On s'en fout de bien dessiner ce qu'il faut, c'est bien raconter". Eh bien voilà, c'est ça la base de la BD.

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