"Remplacer la tristesse par la mélancolie" : Hubert-Félix Thiéfaine évoque son 18e album, "Géographie du vide"

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Tous les jours, une personnalité s'invite dans le monde d'Élodie Suigo. Aujourd’hui, l’auteur, compositeur et chanteur Hubert-Félix Thiéfaine. Après avoir sorti son 18e album, "Géographie du vide" en octobre 2021, il est en tournée dans toute la France.

Article rédigé par
Elodie Suigo - franceinfo
Radio France
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Temps de lecture : 5 min.
Hubert-Félix Thiéfaine en concert à Montbéliard (Doubs) le 14 novembre 2019 (LIONEL VADAM  / MAXPPP)

Hubert-Félix Thiéfaine est auteur, compositeur et interprète. C'est en 1978 qu'on le découvre avec son premier album studio : ... tout corps vivant branché sur le secteur étant appelé à s'émouvoir. Depuis, pratiquement tous ses albums seront Disque d’or. Aujourd'hui, après avoir sorti Géographie du vide, son 18e album avec 12 nouveaux titres, il est en tournée dans toute la France.

franceinfo : Géographie du vide, c'est un peu l'itinéraire d'un poète habité et requinqué, non ?

Hubert-Félix Thiéfaine : Ça dépend des heures. C'est l'ataraxie qui m'a touché, il y a des hauts et des bas, comme pour tout le monde.

Vos mots résonnent, ils font mouche. La plume est affûtée, précise, le verbe haut. La page blanche semble ne pas exister chez vous. Au contraire, on découvre la page noire qui, elle, trône. C'est une sorte de dose d'absinthe musicale.

Le premier titre, qui s'appelle Page noire, a d'abord été une page blanche et c'était juste un blocage qui a duré quelques mois. Il est venu du fait que ce que je sentais au fond de moi, c'était beaucoup de tristesse et qu'à travers les autres albums, on m'avait un peu reproché cette tristesse.

"J'avais fantasmé un peu le fait de m'arrêter au 17e album parce que dans mon premier album, il y a une chanson qui s'appelle 'Le chant du fou' et je commence en disant : le fou à chanter 17 fois. Donc je trouvais joli de finir sur le 17e album."

Hubert-Félix Thiéfaine

à franceinfo

Et puis, il y a eu un jour une conversation avec mon fils Lucas, qui a réalisé l'album, et qui m'a dit qu'il y avait beaucoup de mélancolie et qu'il aimait vraiment ce côté mélancolique qui n'avait rien à voir avec la tristesse. J'ai compris que je n'avais plus à craindre la tristesse. J'allais remplacer la tristesse par la mélancolie et alors, il y a de nouveau de l'énergie qui a été produite et qui a fait que je me suis mis à bouger, à prendre un stylo, à écrire.

Je parlais d'absinthe musicale tout à l'heure, mais c'est vrai qu'il y a ce côté Verlaine, Pierre de Ronsard et en tout cas, ce respect de l'écriture. Vous avez toujours été habité par ça ?

Je ne sais pas. On apprend, peut-être, François Villon en quatrième et là, j'ai été allumé par lui avec La ballade des Pendus. Pour un gosse de 13, 14 ans, c'est impressionnant. Et j'ai commencé à écrire des petits poèmes à cette époque, mais j'écrivais déjà des chansons comiques : Alligator 427, Et vive la mort !

Dans cet album Géographie du vide, vous célébrez encore une fois la vie. C'est vrai que vous l'avez toujours fait notamment avec cette chanson qui a beaucoup marquée, La fille du coupeur de joints, sortie sur votre premier album, sur la consommation de cannabis. Vous êtes toujours un artiste libre jusqu'au bout des ongles ?

J'ai du mal à être autrement. J'aime beaucoup la solitude, aussi le silence. Ce sont mes deux grandes passions. Me retrouver, faire des chansons, me chanter des chansons intérieurement comme ça et d'autres choses. Donc oui, je suis même prêt à me défendre pour ça.

D’où vous vient cette passion des mots ? C'est vrai que vous avez dès le départ, était vraiment passionné par l'écriture, par la lecture aussi. Vous êtes parti tenter votre chance dans les cabarets rive gauche, c'était en 1971, notamment au Club des poètes.

"Enfant, j'ai lu très tardivement parce que j'occupais tout mon temps libre à écrire des chansons et à écouter aussi celles des autres."

Hubert-Félix Thiéfaine

à franceinfo

C'est étrange parce que j'ai écrit et j'ai lu après. J'entendais les gens qui parlaient, certains parlaient vraiment merveilleusement bien. J'avais envie de parler comme ça, seulement, je n'y arrivais pas du tout. Donc j'ai récupéré les mots et j'en ai fait autre chose. Pour moi, c'est plus facile de les chanter, en fait. Et ça a commencé très jeune en découvrant les yéyés au début des années 60.

Au début, vous vouliez être prêtre, mais à 10 ans, vous saviez que vous vouliez chanteur.

Non. En fait, je voulais être pape ! Je suis entré dans une école spécialisée dans ce but et au bout de 15 jours, mon voisin de pupitre qui était fou, ravagé par les yéyés et qui avait des 45 tours, m'a peu à peu converti à la chanson des années 60.

Ça fait quel effet d'être considéré aujourd'hui comme l'un des derniers monstres sacrés de la chanson rock ?

Ce n'est pas vraiment ce que je cherchais au départ. Au début, pour moi, l'idéal était ce que je vivais en 1980, c'est-à-dire que j'avais mes trois premiers albums qui commençaient à se vendre. Je commençais à remplir des petites salles. Je commençais, disons, à faire trois repas par jour, deux et demi disons, et avoir un toit sur une chambre en ville pour changer les cordes de guitare. J'arrivais à vivre de ma musique et de ma poésie quelque part, donc ça, c'était fabuleux parce que c'est ce dont j'avais envie. J'avais tellement galéré dans les années 70 que tout d'un coup, ces petites choses auxquelles les gens ne font pas très attention étaient très importantes pour moi.

Je pensais à La faim de Knut Hamsun (1890), cet apprenti romancier qui crève de faim, mais qui oublie la faim en écrivant, en écrivant, en écrivant. Et c'est ce que j'ai fait pendant les années 70, j'ai passé mon temps à traverser Paris dans tous les sens, à pied et en reprenant partout des images et à écrire.

Hubert-Félix Thiéfaine est actuellement en tournée. On le retrouve, entre autres dates, le 13 janvier à Clermont-Ferrand, le 15 à Besançon, le 19 à Bordeaux, les 26, 27, 28, 29 janvier à Paris (Théâtre des Folies Bergère, Salle Pleyel , L’Olympia, Le grand Rex) etc…

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