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Raymond Depardon : "J'aime la solitude car c'est cette solitude qu'on transporte, qu'on photographie"

La ville de Toulon met l'artiste à l'honneur jusqu'à la fin de l'année au travers de l'exposition "Raymond Depardon : 1962-1963, photographe militaire".

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L\'artiste à Toulon à l\'occasion de l\'exposition \"Raymond Depardon : 1962-1963, photographe militaire\"
L'artiste à Toulon à l'occasion de l'exposition "Raymond Depardon : 1962-1963, photographe militaire" (GERARD JULIEN / AFP)

D'anciennes photographies de Raymond Depardon sont exposées au musée de la marine de Toulon jusqu'au 31 décembre 2019 dans le cadre de l'exposition Raymond Depardon : 1962-1963, photographe militaire, composée de tirages jamais vus depuis leur parution dans le magazine Terre Air Mer. 

"Je craignais un peu, je n'avais pas revu ces photos car elles faisaient partie du patrimoine de l'armée. Donc je n'avais pas de contact, pas de tirages", explique Raymond Depardon. L'artiste s'est tout d'abord montré sceptique à l'idée de voir réapparaître ces photos disparues, oubliées.

Mais, en rencontrant Lucie, qui est à l'origine de cette manifestation, Raymond Depardon a finalement accepté que ses œuvres des années 1960 soient soumises au regard du public. "Elle était formidable. Elle connaissait toutes les photos, par cœur. Elle m'en a montré quelques unes [...] et ce qui m'a plu dans son idée c'est qu'on ne commençait pas par la capitale."

Cette année là ... c'était l'année, 62

L'autre argument qui a convaincu le photographe est l'année choisie. 1962, "une année formidable" pour lui. Une année qui marque "la fin de toutes les guerres". Les modèles de R. Depardon sont essentiellement des gens, et qui plus est, des gens heureux à cette époque. Il a d'ailleurs réalisé ce qu'il dit être "une photographie de proximité". 

Fait contradictoire pour un artiste caractérisé par une immense timidité. "Je ne parlais pas, je ne savais pas parler", reconnaît-il. Ce manque de communication, Raymond Depardon le doit à son enfance. Une enfance passée dans la ferme familiale - qu'il ne reprendra d'ailleurs pas - avec ses parents, un peu plus âgés que la moyenne. 

J'avais ce complexe car effectivement je n'avais pas fait d'étude, je ne m'exprimais pas très bien, j'étais un peu silencieux mais au fur et à mesure, je me suis dit qu'il fallait vite écrire mon histoire.

Raymond Depardon

à Elodie Suigo

La photographie, une notion de deuil 

Un parcours atypique qui alimente également une certaine nostalgie chez l'artiste, un sentiment de perte. "Je me souviens de toutes les photos mais dès qu'on en fait une, on sait très bien que c'est fini, que c'est du passé." La solitude, l'errance, l'idée de se trouver soi-même ressortent de ses clichés. Des clichés destinés à montrer les choses, les gens, sous un autre angle. Mais des clichés qui lui ont également permis de se trouver lui-même car cette quête de soi et cette solitude "sont inhérentes au métier de photographe". 

L\'artiste à Toulon à l\'occasion de l\'exposition \"Raymond Depardon : 1962-1963, photographe militaire\"
L'artiste à Toulon à l'occasion de l'exposition "Raymond Depardon : 1962-1963, photographe militaire" (GERARD JULIEN / AFP)