Plutôt rare au théâtre, Victoria Abril est sur scène dans "Drôle de genre"

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Tous les jours, une personnalité s'invite dans le monde d'Élodie Suigo. Aujourd’hui, la comédienne et chanteuse espagnole, Victoria Abril. Elle est actuellement sur scène dans la pièce : "Drôle de genre" de Jade-Rose Parker au Théâtre de la Renaissance.

Article rédigé par
Elodie Suigo - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 5 min.
L'actrice Victoria Abril lors d'une conférence de presse à Almeria au Festival international du film d'Almeria, le 23 novembre 2019. (CARLOS BARBA / EFE)

Victoria Abril est une actrice et chanteuse espagnole. Son premier rôle obtenu en 1977 dans le film : Je veux être femme de Vicente Aranda lui a offert une reconnaissance immédiate. Plus tard, le film Amants (1991) du même cinéaste lui a permis de gagner l'Ours d'argent de la meilleure actrice au Festival de Berlin et d'être repérée par Pedro Almodovar. La France l'a aussi totalement adoptée avec des rôles incontournables dans les films : Nuit d'ivresse de Bernard Nauer en 1986, Gazon maudit de Josiane Balasko en 1995 ou encore Sans peur et sans reproche de Gérard Jugnot en 1988. Aujourd'hui, elle est sur scène avec la pièce : Drôle de genre de Jade-Rose Parker au Théâtre de la Renaissance.

franceinfo : Drôle de genre est une tragi-comédie sur l'intolérance et la diversité. C'est un vrai combat pour vous de parler des minorités !

Victoria Abril : Mais carrément. En plus, Drôle de genre, comme tu l'as bien dit : Je veux être femme s'appelait en espagnol Changement de sexe. C'était en 1976, un an après la mort de Franco, donc parler des droits à la vie, des transsexuels, des homosexuels, c'était déjà énorme ! Comme ce fût le cas 25 ans plus tard de parler de Gazons maudits et puis encore 25 ans après, qu'on nous donne le mariage pour tous.

"Je suis toujours du côté des minorités et de la diversité. Car ce qui fait notre richesse, c'est la diversité."

Victoria Abril

à franceinfo

Pour moi, c'était aussi une revanche parce que quand j'ai fait le premier transsexuel, j'avais 14 ans, c'était l'histoire d'un garçon qui voulait être une fille.

C'était un pari osé pour un premier rôle, pour votre âge aussi.

Oui, mais j'ai très bien compris et en plus et ce premier film avec Vicente Aranda, m'a fait penser à arrêter la danse, je voulais faire de la danse classique. J'ai fait du cinéma pour pouvoir me payer la danse, mais quand j'ai fait ce film, quand j'ai vu le côté thérapeutique... Car moi, j'étais une fille qui voulait être un garçon, évidemment pour avoir des droits ! Il m'a décidé à mettre les pointes de côté et à être actrice, jusqu'à aujourd'hui.

Pourquoi êtes-vous si rare au théâtre ? Il y a eu en 1986 Nuit d'ivresse, en 2018 Paprika. Et là, il y a Drôle de genre.

C'est vrai que j'ai du mal à trouver une pièce de théâtre qui me fait encore de l'effet après que je l'ai lu une dizaine de fois. Il faut dire que cette pièce, je l'avais lu en 2019, je l'avais trouvée incroyable, mais le Covid-19 est arrivé. On nous a déclaré : "non-essentiels". Seize mois de fermeture des théâtres.

"Moi, après qu'ils nous ont déclaré 'non-essentiels', j'ai fait une dépression profonde et une crise existentielle."

Victoria Abril

à franceinfo

J’ai été déprimée jusqu’au début de l'année dernière. J’étais à Malaga. Télévision arrêtée, pas de réseaux sociaux, la vie, la vraie vie, les voisins, les contacts. C’est vrai que de retrouver les gens maintenant, avoir ce rendez-vous avec 600 personnes pour faire leur bonheur, les faire rire, ces moments, depuis deux ans, c’est ce qui nous manquait le plus.

Quel regard avez-vous sur votre parcours ? Danse classique au départ et puis, cette prof qui vous dit : "Non, mais devient actrice". Vous y allez, on est en 1975. Vous tournez dans Obsession de Francisco Lara Polop. Ensuite, vous allez tourner avec Audrey Hepburn et Sean Connery dans un film qui s'appelle : La rose et la flèche de Richard Lester (1976). En 1977, il y a ce film qui braque les projecteurs vers vous, Je veux être femme, un rôle très difficile, qu'il fallait pouvoir assumer.

Et tu ne vas pas le croire, mais j'étais plus crédible en garçon qu'une fille. J'étais un garçon manqué !

Votre mère était infirmière. Elle vous a élevé avec votre frère et votre sœur. C'était un moyen, le cinéma, de sortir de ce quotidien qui n'était pas forcément facile ?

Absolument. Parce qu'en plus, il faut dire que nous, on est issu d'une mère qui n'a pas voulu se marier, trop moderne pour l'époque. Mais tu vois l'intolérance ambiante et la dictature catholique, faisaient que les femmes non-mariées n'avaient pas le droit de vivre. Et les enfants des femmes non-mariées, c'étaient des enfants du péché.

Donc, une femme avec des enfants du péché, si elle voulait travailler, il fallait qu’elle se débarrasse de ses enfants et les mettait dans des internats pour pouvoir travailler et pouvoir louer un appartement. Tu sais, à l'époque, tu avais même besoin d'un permis de ton mari pour voyager ! Maintenant, on est encore en train de perdre pratiquement tous nos droits que l'on avait récupérés, donc il faut à nouveau les récupérer.

Il y a eu Pedro Almodovar qui est entré dans votre vie avec les films : Attache-moi ! (1989), Talons aiguilles (1992) ou encore Kika (1993). Vous êtes, très vite, devenue une icône. La France vous a totalement adoptée. Il y a eu La lune dans le caniveau avec Jean-Jacques Beineix (1983), mort récemment. Comment avez-vous vécu cette adoption par les Français ?

Je suis venue en France avec un permis de séjour de trois mois. J'ai fui l'Espagne, mon mari, ma carrière et tout pour vivre un amour. Au début, je savais bien que je n'allais pas travailler en France, mais en fait, j'avais tort. La lune dans le caniveau est le quatrième film que j'ai fait l'année où je suis arrivée. Tu sais, l'amour n'amène que l'amour.

Vous en êtes fière de ce parcours ? Heureuse de ce que vous avez déjà vécu ?

Je suis surtout heureuse d'être libre de mes choix, de mes pensées et de mon libre-arbitre.

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