"On sourit pour la photo" : Jacques Gamblin à la reconquête de sa femme

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Tous les jours, une personnalité s'invite dans le monde d'Élodie Suigo. Aujourd’hui, l’acteur et auteur de théâtre Jacques Gamblin. Il est à l'affiche du film "On sourit pour la photo", de François Uzan. 

Article rédigé par
Elodie Suigo - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
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Le comédien Jacques Gamblin à Lyon (Rhône) le 10 octobre 2021, lors d'un hommage à Bertrand Tavernier (JO?L PHILIPPON / MAXPPP)

Jacques Gamblin est acteur et auteur de théâtre. Il a été très tôt révélé sur grand écran avec les films Il y a des jours et des lunes et Tout ça pour ça, sous la direction de Claude Lelouch, avant de s'imposer avec Pédale douce de Gabriel Aghion (1995), puis avec Le Premier jour du reste de ta vie de Rémi Bezançon (2009) ou encore Le nom des gens de Michel Leclerc (2011). Ce mercredi 18 mai 2022, il est à l'affiche du film On sourit pour la photo, de François Uzan.

franceinfo : Dans On sourit pour la photo, elle veut divorcer et lui souhaite que ça continue. C'est vraiment un beau regard sur les liens familiaux, sur les liens qui se tissent.

Jacques Gamblin : Oui. On s'y retrouve tous, à un endroit. La famille, les retrouvailles de familles quand elles sont un peu dispersées, les enfants sont grands, on ne les voit pas souvent, etc. Et puis là, il y a obligation. Il y a une espèce de marché qu'il met dans les mains de sa femme en disant : "D'accord, mais alors on se fait un dernier voyage en famille".

Cette notion de famille est très importante dans votre vie.

Oui, ça, c'est vrai. J'ai la chance d'avoir une famille très unie. Ça a toujours été un régal, toujours une joie. Ça a toujours été festif de se retrouver et donc évidemment, c'est un socle fort, un socle d'amour. Je me dis souvent que c'est peut-être grâce à cela que j'ai pris d'autres types de risques dans ma vie professionnelle, parce que je savais qu'à la maison, il y avait de la reconnaissance.

Vous avez mis du temps à vous faire confiance ?

Oui. D'ailleurs, est-ce qu'on se fait à jamais confiance ? C'est un équilibre assez fragile finalement, cette confiance qu'on a en soi, mais qu'on doit aussi travailler avec le doute, n'être sûr de rien, que rien n'est acquis, qu'il faut toujours chercher.

"Je travaille beaucoup avec le doute."

Jacques Gamblin

à franceinfo

Ce qui est intéressant, c'est de chercher, ce n'est pas de trouver. Chercher c'est excitant, c'est répéter, c'est créer, c'est inventer une chose qui n'existe pas, c'est passer des heures à essayer des choses. Moi, c'est ça qui me passionne parce que tout est possible. C'est complètement fascinant parce qu'on a l'impression de repousser les murs. L'imaginaire a tous les pouvoirs. Cet instant-là est magique. Ce ne sont pas tous les métiers qui ont cette chance de pouvoir partir dans tous les sens et puis de faire une sélection après.

Dans ce film, l'émotion est juste. On a l'impression de vous voir dans la vraie vie. Est-ce que vous êtes la force tranquille ? Vous incarnez la solidité du père.

Je ne crois pas que je sois tranquille. Une force, oui. Je pense que j'ai de la force. J'ai surtout de l'énergie, mais tranquille, non. Je pense plutôt que je suis intranquille.

Quand vous avez été repéré par Claude Lelouch, vous avez commencé à travailler avec lui sur Il y a des jours et des lunes. Comment avez-vous vécu cette notoriété ?

Je crois que j'ai eu la chance que tout soit relativement progressif. La chance que j'ai eue, c'est que j'ai eu des petits rôles quelques jours à la télévision, puis quelques jours au cinéma, et puis de plus en plus de jours. J'ai donc eu le temps de m'habituer aux effets. Je suis quelqu'un de plutôt assez secret donc cette notoriété, oui, bien sûr, elle m'a surpris, mais j'ai eu le temps de m'y préparer. Je me suis entraîné, on va dire !

Vous avez toujours fait en sorte de ne jamais être enfermé dans un registre en particulier.

Oui, c'est obsessionnel chez moi. C'est névrotique. J'ai peur d'être enfermé, mais j'ai peur d'être enfermé n'importe où. Donc, dès qu'un rôle en suscite un autre qui lui ressemblerait comme deux gouttes d'eau, je fuis.

Après, il y a eu Les Enfants du marais de Jean Becker (1999) et puis Pédale douce avec de gros metteurs en scène, des personnes qui vous font confiance et qui vous permettent d'ailleurs de conserver ce côté secret, cette pudeur que vous avez.

Oui, parce que ce métier, interpréter des rôles, ça reste pour moi et ça restera toujours un secret. Le métier de comédien m'apporte de m'interroger sans cesse, finalement, sur l'être humain. C’est pour moi le paysage le plus passionnant, la complexité de l'être humain, ses contrastes, ses paradoxes. Je dis souvent que c'est du vent et que c'est quelque chose. Ce sont des traces qu'on laisse et c'est comme la vie pour moi. Parce qu'un film passe, un spectacle passe, et la caravane trépasse. Les gens rentrent chez eux et on ne sait pas. On est orphelin de ce qu'on offre, on balance des émotions dont on ne connaît pas le chemin. Et cette abstraction-là me touche parce qu'on fabrique quelque chose, mais ce n'est pas du tout sûr que ce qu'on a cru fabriquer, communiquer le sera. C'est ce danger-là, cet improbable-là qui me passionne parce qu'il ne peut pas se définir. C'est un métier à la fois indispensable et inutile.

Ça vous apporte quoi d'écrire ? On a l'impression que c'est la continuité, finalement, de l'émotion procurée par ce métier.

"L’écriture est un espace de liberté incommensurable."

Jacques Gamblin

à franceinfo

L'écriture, c'est venu, en effet, un peu plus tard. Je pense que j'ai eu besoin de raconter des histoires qui soient les miennes et non plus celles qu'on me proposait d'interpréter. Tant que je serai en vie et capable de taper sur des touches ou de prendre un crayon, j'écrirai. C'est une chose qui est devenue plus forte que tout.

Heureux de votre parcours ?

Oui, bien sûr, ce n'était pas imaginable. C'est dingue ce qui m'est arrivé. Ce qui m'arrive et ce qui m'est arrivé est peut-être ce qui m'arrivera encore !

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