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Le rappeur Youssoupha sort son nouvel album "Neptune Terminus" : "Plus on est dans son identité, plus on est connecté aux autres"

Tous les jours, une personnalité s'invite dans le monde d'Élodie Suigo. Aujourd'hui, le rappeur Youssoupha.

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Le rappeur Youssoupha, ci-contre lors du Festival Inc\'Rock en 2016.
Le rappeur Youssoupha, ci-contre lors du Festival Inc'Rock en 2016. (YVES CARPENTIER / MAXPPP)

Youssoupha est rappeur, un artiste engagé, franc et direct qui suscite parfois des réactions fortes et crée la polémique avec des textes qui ouvrent à la discussion. Il sort un nouvel album, Neptune Terminus, disponible en pré-commande sur internet et en physique à partir de vendredi 19 mars.

Elodie Suigo: Neptune Terminus est un album que vous qualifiez d'à part et pour cause, vous nous invitez non pas dans l'espace mais dans vos rêveries. Besoin d'un ailleurs si lointain pour faire preuve d'encore plus d'authenticité ?

Youssoupha: Oui. Dans un de mes précédents albums, je reprenais une phrase d'Aimé Césaire qui disait : "On nous avait fait croire que plus on est nègre plus on est déconnecté de l'univers", et il disait que non, au contraire, plus on est dans son identité, plus on est connecté aux autres parce que justement, on sait ce qu'on est, on sait ce qu'on a à offrir et on comprend ce que peuvent être les autres.

Neptune, c'est la planète qui est la plus éloignée de la Terre et Terminus, c'est parce que pour vous qui êtes né à Kinshasa, quand vous êtes arrivé à Paris, c'était vraiment un eldorado ?

C'était la solution ultime qui règle les problèmes de vie, c'est-à-dire les problèmes d'éducation, les problèmes financiers, les problèmes sociaux. J'ai quitté Kinshasa alors que j'avais l'impression que nous étions dans la classe moyenne, même si c'était dans un quartier populaire, ça se passait pas trop mal. Et on est venus en France pour une vie meilleure et ça a été très compliqué. Pendant toute mon adolescence, je n'ai pas compris pourquoi on avait quitté Kinshasa. J'ai compris plus tard que c'était pour les études mais ma vie quotidienne, la vie dans les HLM, c'était beaucoup plus dur et compliqué que la vie qu'on menait dans mon ancien quartier.

Il y a un vrai regard sur votre parcours à travers cet album. Vous dites : "Loin du soleil, je rêve d'être astronaute. Je m'en suis sorti parce que jeune débrouillard et je crois en Dieu et je crois en moi-même". Vous avez mis du temps à croire en vous ?

Je suis le genre de gars qui s'appuyait surtout sur la considération et la validation des autres. Après, dans ma carrière de musicien, quand j'avais un label et qu'un moment ça ne marchait pas, je me remettais en cause mais pas les autres parce que ma foi en moi était assez moyenne. C'est venu avec le temps, peut-être quand j'ai rencontré mon épouse, l'amour, eu des enfants. Aujourd'hui, je suis très décomplexé, presque trop, sur ces questions-là.

Je n'ai pas choisi d'avoir raison. J'ai choisi d'être heureux

Youssoupha

à franceinfo

On sent un apaisement dans cet album, sans doute l'album le plus personnel que vous nous offrez et que vous assumez.

J'assume pleinement le côté décomplexé justement, "secure". J'accepte de ne pas être parfait. Ce qui était un mantra à l'époque où je voulais absolument que tout se tienne, faire mes disques, être une personne irréprochable, hé bien il y a un nouveau gimmick qui revient dans cet album et c'est : "Je n'ai pas choisi d'avoir raison. J'ai choisi d'être heureux".

Vous êtes heureux aujourd'hui ?

C'est obsessionnel. J'ai renoncé à avoir raison parce que je pense vraiment que la vie est dans cette dynamique. Ou on choisit d'avoir raison ou on choisit d'être heureux par rapport aux oppositions entre personnes, aux oppositions d'idées, aux oppositions de cultures. Le plus important aujourd'hui, c'est d'être heureux et j'ai l'impression que quand je suis heureux, ça aide les gens de mon entourage à l'être aussi.

Au tout début, quand vous avez commencé dans la musique, c'était une évidence. Votre papa est le musicien zaïrois Tabu Ley Rochereau, votre maman est d'origine sénégalaise, vous êtes donc un savant mélange de cette culture à la fois pimentée, épicée. Il y a cette chaleur humaine que vous avez tenté de transmettre avec des textes parfois très forts, qui ont fait grincer des dents. Je voudrais savoir ce que représente la musique dans votre vie parce que ça a été un vrai passage de témoin, vous avez d'ailleurs chanté avec votre père.

Sur un morceau qui s'appelait Les disques de mon père. Oui, j'ai cet héritage-là. Je n'ai pas grandi directement avec mon père mais la connexion entre nous a été forte. Bien sûr, c'est une inspiration. J'ai beaucoup d'influences de ma culture, je suis très africain. Ma mère est Sénégalaise, c'est l'Afrique de l'Ouest et mon père est Congolais, c'est l'Afrique centrale. Même si c'est l'Afrique, ce sont deux dynamiques très différentes, deux teintes très différentes. Et puis, à côté de ça, j'ai ma culture française en ayant grandi ici.

Votre fils est très présent dans cet album. C'est un album de transmission ?

J'en parle dans le titre qui s'appelle Mon roi. Il y a toujours un complexe d'être un bon père. Et là, je voulais passer ce message: "Ne cherche surtout pas à être comme moi et ne cherche surtout pas à être parfait". C'est ça la transmission, je te transmets des émotions mais sûrement pas une manière d'être. On réinvente chacun sa vie à sa manière.

Pour terminer, est-ce que vous êtes fier du parcours que vous avez déjà accompli ? Fier de ce nouvel album qui vous représente pleinement ?

Je suis fier de ce parcours en termes de palmarès mais aussi en termes de bonheur

Youssoupha

à franceinfo

Je suis fier de pouvoir dire que j'en suis fier. Je crois beaucoup au rendez-vous du destin. Il y a des choses parfois dont j'avais peur et que j'ai voulu éviter. Finalement elles m'ont rencontré grâce à la force d'une certaine résilience, j'ai réussi à les tourner en ma faveur.  

Le rappeur Youssoupha, ci-contre lors du Festival Inc\'Rock en 2016.
Le rappeur Youssoupha, ci-contre lors du Festival Inc'Rock en 2016. (YVES CARPENTIER / MAXPPP)