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Le monde d'Elodie. Charline Vanhoenacker : "Plus le monde est difficile, plus l'humour est un outil pour se distancier de tout ça"

La journaliste et humoriste de France Inter publie 80 chroniques, "Debout les damnés de l'Uber"

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Charline Vanhoenacker, un regard distancié sur la France. 
Charline Vanhoenacker, un regard distancié sur la France.  (BALTEL/SIPA)

Elodie Suigo : Charline Vanhoenacker, journaliste satirique belge et chroniqueuse, vous officiez sur France Inter du lundi au jeudi à 7h57 avec un billet d’humour et du lundi au vendredi vous présenter avec Alex Vizorek l’incontournable Par Jupiter ! Alors là, évidemment, il y a eu une période un peu compliquée qui s’appelle le grand confinement. Comment avez-vous vécu cette période ?

Charline Vanhoenacker : Pas trop mal je dois dire, ça n’a pas changé grand-chose, à part géographiquement, à mon quotidien. J’ai continué à faire mon billet le matin et l’émission de chez moi donc ça n’a rien changé... 

Vous venez de publier Debout les damnés de l’Uber, aux éditions Radio France et Denoël, soit 80 chroniques drôles pour un portrait au vitriol de notre société. Est-ce qu’aujourd’hui on peut garder cette note d’humour et aller jusqu’au bout de ses idées ?

Je pense que c’est ce qui nous sauve. Plus le monde est difficile, plus il paraît absurde et plus humour est vraiment un outil pour se distancier de tout ça et pour montrer qu’on est capable parfois de le dominer.

Vous êtes née en Belgique, vous êtes fille unique et vous avez décidé de devenir journaliste. Qu’est-ce qui vous a donné envie de ce métier Charline ?

La curiosité ! Et l’envie de raconter ce que je voyais et de le partager. J’ai l’impression de faire différemment aujourd’hui, mais toujours de le faire. Il y a eu une période où j’étais correspondante à Paris pour les journaux et les radios en Belgique et j’allais, soit au bout du monde, soit au bout de la rue à Paris ou dans une autre ville de France pour observer les phénomènes de société ou pour suivre la politique et la raconter aux Belges. Donc toujours la contextualiser . Et c’est là qu’est né mon regard distancié sur la France, d’abord parce que je ne suis pas Française Et aussi parce que je dois raconter un pays qui vous connaît très bien, qui vous connaît même par cœur mais pas aussi bien que les Français. Et donc, cette contextualisation, c’est ce qui a toujours nourri mon regard.

Vous avez fait ce que vous avez appelé « le Hollande tour », vous avez vraiment affiné votre plume à ce moment-là…

C’est vrai que le Hollande tour a été un tournant. C’était la campagne présidentielle de 2012 et j’étais chargée de suivre les candidats. Les journalistes politiques français suivent généralement un seul candidat. Ils ont un candidat attitré. Là, je me suis rendue compte de la culture différente que j’avais, parce qu’une rédaction en Belgique ne fonctionne pas forcément comme une rédaction en France. J’obtenais un décalage qui pouvait apporter un autre éclairage sur votre manière de fonctionner.

Qu’est-ce qui diverge ? L’extrême-droite n’est jamais invitée dans les médias en Wallonie par exemple ?

C’est vrai. Il y a toujours eu ce qu’on appelle un cordon sanitaire médiatique. Je me rappelle que quand j’étais journaliste à la RTBF, quand je suivais Marine Le Pen, si j’allais couvrir un meeting, je ne pouvais pas diffuser une minute brute de son de Marine Le Pen. Il fallait toujours que ce soit enrobé dans ma voix, remis dans le contexte. La RTBF a toujours considéré que s’il y avait un dérapage de la part d’un populiste ou d’une personnalité d’extrême droite, c’était la radio (ou la télévision) qui était responsable. Et donc, effectivement l’extrême-droite fait un score qui n’atteint même pas 1 %, en Wallonie en tout cas.

Vous êtes dans la satire, mais jamais dans la diffamation…

C’est ma limite. Je trouve que ça dessert le propos. On ne rigole plus. Je peux parfois flirter avec le mordant, un mordant assez fort quand je trouve que quelqu’un l’a mérité parce qu’il a vraiment déconné (Rires). De toute façon, avec la diffamation, je me retrouverais en justice. Ma limite, dans la liberté d’expression, c’est celle de la loi, bien sûr.

Comment vous vous protégez ?

Quand j’ai commencé à faire cette chronique, le matin sur France Inter et à co-animer l’émission de 17 heures, il est arrivé tout de suite les attentats de Charlie Hebdo et de l’Hyper Casher. Nous, on a continué à faire rire, on s’est emparés du sujet en faisant une "interview de Mahomet", notre manière de rendre hommage à Charlie. Et tout de suite, on a reçu une volée de bois vert -et c’est un euphémisme-. Vous savez quelles réactions il peut y avoir derrière ! Ça m’a un peu vaccinée ! Depuis cette période, tout ce que je peux recevoir comme insultes ou petit coup de pression, ça ne pèse vraiment pas lourd parce que j’ai été baptisée (rires).

Vous égratignez tout : les open spaces, les hommes politiques, Macron, vous parlez aussi de celles et ceux qui livrent à vélo des repas au péril de leur vie…

Là, j’ai voulu que ça s’inscrive dans la durée, que ce soit une photographie de notre société à un tournant. Et si le politique affleure, évidemment, parce que les décisions qu’ils prennent ont un impact sur nos vies, c’est vraiment le sociétal que je suis allée chercher.

Le 1er mars 2018 avec Alex Vizorek et Guillaume Meurisse, vous avez déposé votre candidature à la présidence de Radio France au CSA. Vous proposiez l’euthanasie de franceinfo... Alors je vous écoute, vous êtes sur franceinfo (rires)

Et bien dites donc ! Heureusement qu’on a pas été choisis par le CSA (rires) ! Sinon, franceinfo est infiniment précieux et franceinfo a toujours été une radio que j’ai écoutée avec beaucoup d’acuité, notamment quand j’étais correspondante à Paris. C’était vraiment mon référent absolu. Attention, je vous connais par cœur et je vous surveille !

Le livre s’appelle Debout les damnés de l’Uber, Chroniques aux éditions Radio France et Denoël. 

Charline Vanhoenacker, un regard distancié sur la France. 
Charline Vanhoenacker, un regard distancié sur la France.  (BALTEL/SIPA)