Le monde d'Élodie, France info

"Le dessin, c'est la façon la plus puissante de faire passer un message" : le graffeur Banga revient sur son parcours entre hip-hop et street art

Tous les jours, une personnalité s'invite dans le monde d'Élodie Suigo. Aujourd'hui, le graffeur et street artiste Banga. 

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Le graffeur et street artiste Banga
Le graffeur et street artiste Banga (Tsilrah Diplopy)

Le graffeur Banga a notamment réalisé une fresque en 1986 sur la façade du Louvre et possède aujourd’hui la Street Dream Gallery au marché Malik de Saint-Ouen. Il revient sur son parcours, entre son arrivée dans le 18e arrondissement de Paris depuis sa Guadeloupe natale jusqu’à l’émergence du mouvement hip-hop et ses premiers tags sur les rames de métro.

franceinfo : Quand vous regardez dans le rétroviseur, quel effet cela fait-il de regarder ces années passées, sachant que vous êtes vraiment l'un des pionniers de la discipline ?

Banga : Plein de flash-backs, plein d'images. Ça fait chaud au coeur de voir qu'il y a eu une évolution fulgurante, je dirais, parce qu'on est partis vraiment de rien. 

Vous êtes arrivé à Paris à 5 ans, venant de Guadeloupe. Vous avez grandi dans le 18e arrondissement. C'est là que le graff va arriver dans votre vie. Cela a été une énorme révélation pour vous ?

Le graffiti, c'était vraiment un choc. Parce que j'ai compris que c'était ça qu'il me fallait. Pourtant, je suis passé par la danse, mais le dessin c'est ce que j'aimais depuis tout petit. J'aimais trop dessiner les comics. C'est la continuité.

Au début, il y a eu le breakdance au Trocadéro. En fait, c'était la discipline la plus facile et celle pour laquelle on avait les moyens. Pour la danse tu as juste besoin d'un sol qui glisse. Et même ça, on ne l'avait pas ! On était obligés d'aller danser dans des entrées d'immeubles, dans les stades, on se faisait chasser de partout. Donc on s'est retrouvés au Trocadéro, là où on ne peut pas nous chasser. 

À 13 ans, j'ai fait mon premier contrat dans une boîte de nuit et en fait, j'ai gagné mes premiers sous grâce à la danse. Ça donne de l'espoir. Tu te dis 'Je sers à quelque chose au moins'. 

Banga

à franceinfo

En 1984 vous vous passionnez pour le tag et vous commencez à vandaliser bon nombre de murs et de métros. C'était le moyen de progresser, de faire vos armes ?

Dans le hip-hop, le tag, le vandalisme, tout ça c'est comme un service militaire ! Si tu ne le fais pas, tu n'as pas mouillé le maillot, tu n'es pas reconnu. Pour être respecté, il faut être connu. 

Pourquoi ce nom, Banga ? 

Parce que dans tous les dialectes, ça veut dire quelque chose de puissant. Et en plus, je traînais dans un squatt africain, quand j'avais 9 ans, qui s'appelait Chicago, où il y avait tous les meilleurs danseurs de Paris qui venaient. Moi, ils m'ont surnommé Banga. J'ai gardé.

Votre enfance n'a pas été simple. Que vous ont transmis vos parents ? 

On a connu la misère. C'est plutôt ma mère qui m'a éduqué. Elle m'a transmis le respect, la différence entre le bien et le mal. Elle m'a toujours dit : "Tu étudies pour toi, pas pour moi." Elle a eu le rôle du père aussi. Mon père était absent, il n'a été qu'un géniteur.

Il y a la danse, le graffiti, puis la musique. On pense à des parcours de vie comme JoeyStarr et NTM, et même à IAM du côté de Marseille. Le graffiti, ça a été aussi un moyen d'expression ? 

Oui, bien sûr. Le mouvement hip-hop, ça a sauvé énormément de jeunes et ça a donné vraiment une confiance en soi, une estime de soi-même, quelque chose qui donne de l'espoir parce que moi, à 14 ans, je n'avais plus d'espoir. Le graffiti m'a sauvé la vie. 

En 1986 vous réalisez votre première grande fresque, la fameuse palissade du Louvre.

C'est la première fois que je faisais une fresque. Avant, je ne faisais que taguer. Ça a été la première. D'ailleurs, elle était dégueulasse ! Je me suis tellement fait tailler que ça m'a donné la force de m'entraîner dans le graffiti et de devenir parmi les meilleurs. 

Nous, les graffiti artistes ou membres activistes du hip-hop, on n'a jamais attendu que l'establishment nous dise que c'est de l'art, ce qu'on fait.

Banga

à franceinfo

Vous avez donné des cours dans le Bronx, à New York. Est-ce que ce n'est pas ça aussi que vous souhaitez mettre en avant : la transmission ?

Oui, parce que j'ai des enfants. Je trouve qu'on n'a pas assez fait notre travail, nous, les grands frères. Il y a vraiment un problème avec cette jeunesse parce qu'ils ont les fausses informations les faux codes... Notre devoir, c'était de transmettre la vérité. Le problème, c'est que l'on n'a pas eu trop les moyens de le faire parce qu'on ne nous a jamais donné confiance.

Vous avez créé une association dont le but est de transmettre et d'initier les plus jeunes aux fondations et l'art du graffiti dans les quartiers les plus défavorisés. C'est vrai que vous vous êtes vraiment considéré aujourd'hui comme une figure incontournable de cette discipline. Ça représente quoi de dessiner pour vous ? 

C'est ma façon de m'exprimer. Je ne sais pas trop bien parler, sinon j'aurais rappé. Pour moi, c'est la façon la plus puissante de faire passer un message. Je suis super fier de mon parcours parce que je n'ai jamais planté personne, je n'ai jamais été "au placard". J'ai fait le maximum de bien dans ma vie. J'ai tendu la main à beaucoup de gens. Je me sens super libre et je contrôle ma destinée.

Pour terminer, qui est Banga ? 

Banga, c'est juste un jeune de la rue qui essaie de s'en sortir avec son art.

Le graffeur et street artiste Banga
Le graffeur et street artiste Banga (Tsilrah Diplopy)