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Laurent Voulzy revient sur sa carrière : "Rockollection", "un bouleversement dans ma vie"

Toute cette semaine, Laurent Voulzy est l’invité exceptionnel du monde d’Elodie. Un tête-à-tête en chansons. Aujourd’hui, le titre "Rockollection".

Article rédigé par franceinfo - Elodie Suigo
Radio France
Publié
Temps de lecture : 5 min
Laurent Voulzy (à gauche) et Alain Souchon sur le plateau de l'émission "Numéro Un" à la télévision le 12 novembre 1977 (ALAIN LIENNARD / INA)

Auteur, compositeur, interprète et musicien, le 4 décembre dernier, Laurent Voulzy sortait un double album best of, Florilège, contenant ses plus grands succès. L'occasion était trop belle de l'inviter à passer une semaine avec nous pour revenir sur sa carrière et ses chansons emblématiques. Aujourd'hui, il nous parle de Rockollection (1977).

franceinfo : Votre collaboration avec Alain Souchon a commencé par une petite annonce qui s'est transformée en succès avec d'un côté le tube pour lui J'ai dix ans et de l'autre, votre fameux Rockcollection. Cette dernière est un savant mélange de vous deux en fait.

Laurent Voulzy : Oui. J'ai l'idée de faire cette chanson en racontant mes souvenirs d'enfance, mes déboires qui n'étaient même pas sentimentaux, qui étaient que, par exemple, j'allais acheter mon pain aux raisins le matin avant d'aller à l'école. Et la petite vendeuse de la boulangerie était vraiment charmante et donc je racontais ça. J'aurais voulu lui dire qu'elle était jolie, mais je ne lui disais pas et "Les Beatles chantaient"... C'était l'idée de départ.

Je fais une chanson et deux ans plus tard, Alain Souchon l'écoute et me dit : "L'idée est sympa. Est-ce que je peux me permettre de dire quelque chose ? Les couplets que tu as faits en français, si je peux me permettre, ils pourraient être mieux." En un après-midi, il a refait les couplets avec une belle petite engueulade au moment de "On a tous dans le cœur des vacances à Saint-Malo". J'ai arrêté Alain tout de suite et lui ai dit que j'allais à Saint-Brevin : "On a tous dans le cœur des vacances à Saint-Brevin". Il m'a dit : "Non. On a tous dans le cœur des vacances à Saint-Malo, s'il te plaît" , je lui dis que moi, j'allais à Saint-Brevin. "Mais les gens ne connaissent pas, c'est Saint-Malo, ça va être Saint-Malo." Cela a duré pendant une heure et finalement, j'ai cédé.

Vous avez cédé ?

J'ai cédé. C'est la petite histoire. On a fait une maquette qu'on a fait écouter à la maison de disques, et Bob Socquet nous a dit : "C'est bien, mais ce n'est pas assez long, on a envie d'en entendre plus". On a refait quatre couplets supplémentaires avec une autre maquette et hop, il a écoutée et il a dit : "Banco, on enregistre". Auparavant, j'avais fait cinq 45 tours qui n'avaient eu aucun succès en cinq ans. Un par an.

Ces échecs étaient difficiles à vivre ?

Je ne me rends pas compte si c'était dur à vivre parce que je faisais d'autres choses en attendant. Depuis 1970, j'accompagnais Pascal Danel. J'avais travaillé aussi sur une méthode d'anglais. J'étais souvent en studio. Je faisais des arrangements pour d'autres gens. J'avais quand même une vie de musicien, mais mon rêve de m'entendre à la radio et d'être chanteur n'était toujours pas réalisé.

Effectivement, je faisais des disques, mais je ne les entendais jamais à la radio, personne ne les entendait. J'attendais vraiment. Je faisais le pied de grue à la maison de disques en disant, alors mon disque, la radio ? On me disait : "Attends, pour l'instant, ils sont débordés en ce moment, il faut attendre les fêtes !" En fait, c'était raté. Mais j'avais une vie de musicien à côté, ce qui temporisait quand même pas mal les choses.

Du coup, cette notoriété fulgurante a été dure à vivre ?

Non ! Le bonheur. C'est formidable. Je me souviens qu'on partait faire des galas avec Alain. On avait rendez-vous avec les musiciens et on met la radio. J'entends à la radio : "On va vous faire écouter une chanson qui vient de sortir et qui sera probablement le tube de l'été". C'était moi. D'un seul coup, c'était dingue. La chanson s'est mise à marcher très vite et je ne me rendais plus compte, en fait.

Avec 'Rockollection', mon rêve d'ado se réalisait, c'est-à-dire de m'entendre à la radio à tue-tête. Et en même temps, la réalisation était moins forte que le rêve que j'en avais.

Laurent Voulzy

à franceinfo

J'ai toujours l'impression que les rêves qu'on fait, si on les met dans un plateau de balance, sont plus forts que le rêve réalisé. Mais c'était quand même extraordinaire. Surtout qu'après, elle s'est mise à marcher dans plein de pays. Comme en Allemagne : je rentre dans un ascenseur à Munich, j'entends ma chanson. J'arrive à Venise pour faire une émission de télé, je rentre dans un restaurant désert et à la radio, j'entends en italien le présentateur qui lance Rockollection. Je m'entendais dans divers pays, c'était extraordinaire. Je m'en suis plus rendu compte après.

Que représente cette chanson ?

Un bouleversement dans ma vie, réellement. Elle a été certainement une clé pour me permettre de continuer à être entendu. Le deuxième 45 tours que j'ai fait, c'était Bubble Star, qui est devenu un numéro aussi.

Le vrai bouleversement, c'est d'avoir rencontré Alain parce que même la première fois que j'ai entendu ‘J'ai dix ans’ à la radio, c'était comme si c'était moi. C'était extraordinaire, extraordinaire.

Laurent Voulzy

à franceinfo

L'année d'après, j'entends Bidon, une chanson qu'on avait fait ensemble. Pour moi, c'était merveilleux. J'avais déjà amorcé le fait d'être reconnu un peu des gens. Et puis après moi, en tant que chanteur, oui, c'était assez extraordinaire. Dur ? Alors là, je vous dis non, pas du tout !

On se retrouve demain pour parler d'un autre de vos succès Le cœur Grenadine en 1979.

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