"La liberté m'est absolument nécessaire", Nathalie Baye incarne une petite main de la maison Dior dans le film "Haute couture"

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Tous les jours, une personnalité s'invite dans le monde d'Élodie Suigo. Aujourd’hui, la comédienne, Nathalie Baye. Elle est à l’affiche du film de Sylvie Ohayon "Haute couture" qui sort mercredi.

Article rédigé par
Elodie Suigo - franceinfo
Radio France
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Nathalie Baye lors de la 46e édition de la cérémonie des César, le 12 mars 2021. (BERTRAND GUAY / POOL)

Nathalie Baye est une actrice incontournable du 7e art. Elle a obtenu quatre César, deux fois celui de la meilleure actrice dans un second rôle pour Sauve qui peut (la vie) en 1980, Une étrange affaire en 1982 et deux fois celui de la meilleure actrice pour La balance en 1983 et Le petit lieutenant en 2006. Comédie, policier, drame, elle a joué tous les rôles. Elle est à l'affiche du film Haute couture de Sylvie Ohayon qui sort mercredi 17 novembre.

franceinfo : Haute couture ou quand le cinéma et la mode se réunissent pour parler de transmission, de passion. Vous jouez le rôle de la première d'atelier au sein de la maison Dior. C'est un hommage rendu finalement aux petites mains, à ces femmes de l'ombre. On sent que c'était une belle émotion pour vous d'incarner ce rôle.

Nathalie Baye : Oui, j'ai beaucoup aimé ce personnage qui est complexe parce qu'elle a un côté un peu infernal, qui s'irrite facilement. C'est une femme qui a une vie qui n'est pas facile et donc elle est assez raide, assez dure. Et puis en même temps, on s'aperçoit que c'est quelqu'un d'incroyablement fragile aussi et qui va donc rencontrer une jeune fille qui est un peu borderline. Le film, c'est la rencontre entre cette jeune femme, interprétée par Lyna Khoudri, une jeune comédienne absolument formidable et puis, cette femme raide, mais qui va vouloir faire quelque chose pour cette jeune fille qui s'apprête à aller dans le mauvais sens de la vie.

Ça montre aussi à quel point le travail peut faire grandir les gens, les faire changer et que rien n'est perdu.

Oui, bien sûr. Ça montre aussi que si on vous donne envie de quelque chose... Il y a beaucoup de jeunes qui sont paumés et puis, subitement, en leur donnant envie de faire des choses qui font du bien, ils sentent que la vie va être peut-être plus passionnante. La rencontre entre cette très jeune femme et cette femme plus âgée va changer leur vie à l'une comme à l'autre.

Vos parents étaient artistes peintres. Vous avez vraiment trouvé votre voie alors que l'école ne vous plaisait pas du tout.

J'étais très, très mauvaise élève et ça me plaisait pas parce que j'étais dyslexique, dyscalculie. J'ai rêvé tout le temps et je n'ai rien fichu à l'école.

Et puis, la danse vous a rattrapé. Elle vous a permis d'avoir un peu plus confiance en vous.

Oui, ça m'a structuré, ça m'a solidifié, ça m'a appris la rigueur et ça a été essentiel dans ma trajectoire.

Qu'est ce qui fait que vous changez de trajectoire ? Parce qu'on aurait pu imaginer que vous alliez faire de la danse, vous êtes même partie aux États-Unis pour suivre une formation artistique complète. Et puis, vous vous inscrivez au cours Simon.

Il y avait une fille de mon âge, aussi danseuse, et qui voulait aller voir un cours de théâtre. Elle n'osait pas y aller toute seule et m'a demandé si je pouvais venir avec elle. Nous sommes parties au cours Simon pour voir ce que c'était. Elle n'est pas restée et je suis restée. On a eu le droit d'assister à un cours de René Simon. Et quand j'ai vu ces jeunes apprentis acteurs passer des scènes, la manière dont le professeur leur parlait, etc. Je ne sais pas ce qui s'est passé en moi, mais je me suis dit c'est ma place. J'ai eu envie d'y aller. Donc je suis allée voir René Simon, qui était un homme assez exceptionnel, et je lui ai demandé comment on fait pour rentrer dans votre cours ? On m'a donné une audition. J'ai passé l'audition, joué une scène et j'ai été reçue.

Toutes les portes se sont ouvertes. Comment ont réagi vos parents ?

Je dois beaucoup à mes parents dans la mesure où ils auraient pu s'inquiéter en se disant : "Elle fait de la danse, maintenant elle va papillonner, et ne rien faire du tout".

"Mes parents m'ont laissée une liberté absolue et ils m'ont fait confiance. Et je crois que c'est le plus beau cadeau qu'on peut faire à un enfant."

Nathalie Baye

à franceinfo

En définitive, j'étais mauvaise élève. Je suis partie aux États-Unis, je suis revenue. J'étais à la recherche de quelque chose. Et puis, cette révélation chez René Simon a été très forte et j'ai dit à mes parents, je vais aller aux cours de René Simon. J'ai eu une liberté absolue et cette confiance a fait que j'ai été solide et que je suis restée sur mes deux pattes en équilibre.

Quand on regarde votre parcours, on se rend compte que cette liberté, vous l'avez toujours eue. Est-ce que vous êtes une 'femme libre' ?

La liberté m'est absolument nécessaire. C'est peut-être bizarre de continuer à dire ça, mais de faire ça parce qu'il faut le faire, je ne comprends pas ce langage.

Dans ce film, ces femmes sont libres, elles sont tenues par le travail, mais finalement, le fil rouge, c'est la passion.

Oui, bien sûr, elles ont choisi. Quand je dis la liberté, ce n'est pas la liberté de ne rien faire, bien entendu, mais c'est de choisir. Si on vous impose un métier ou une direction, etc. Et qu'en réalité, si après toute votre vie à faire ce métier, vous n'êtes pas heureuse, c'est quand même terrible.

Que vous a apporté le cinéma dans cette vie ?

Plein de choses. Les rencontres déjà. Systématiquement, sur chaque film, on rencontre de nouvelles personnes alors il y a quand même quelque chose de merveilleux.

"C'est un métier difficile, il y a peu d'élus, à vrai dire, mais c'est un métier qui donne des grandes joies et peut être raide par moments."

Nathalie Baye

à franceinfo

Il y a des gens qui restent dans votre vie, d'autres qu'on oublie parce que c'est comme ça.

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