"Juste une embellie" : Corinne Touzet décortique le sentiment amoureux au Festival d’Avignon

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Tous les jours, une personnalité s'invite dans le monde d'Élodie Suigo. Aujourd’hui, l’actrice et entrepreneure de spectacle Corinne Touzet.

Article rédigé par
Elodie Suigo - franceinfo
Radio France
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Temps de lecture : 4 min.
La comédienne Corinne Touzet à Nice (Alpes-Maritimes) le 5 octobre 2017 (FRANCK FERNANDES / MAXPPP)

Actrice et productrice, Corinne Touzet est connue notamment pour son rôle dans la série Une femme d'honneur (1996-2007). Elle remonte sur scène au Théâtre des Gémeaux à Avignon, du 7 au 31 juillet, pour la pièce Juste une embellie de David Hare, scénariste hollywoodien oscarisé et célèbre dramaturge britannique.

franceinfo : Dans Juste une embellie, nous sommes sur l'île de Wight, en Angleterre, avec deux femmes, Frances et Madeleine. Elles ont en commun d'avoir aimé le même homme. C'est cocasse, c'est drôle et c'est une vraie réflexion sur la vie de couple, sur les relations hommes et femmes.

Corinne Touzet : Tout à fait. Ça a l'air comme ça, très léger, mais c'est en fait assez profond. Ce qui est intéressant, c'est qu'elles ne l'ont pas aimé à la même époque et n'ont finalement pas connu le même homme dans le sens où, évidemment, on s'adapte à la personne qu'on aime. Moi, j'incarne la mère de ses enfants et Raphaëline Goupilleau joue sa maîtresse. On ne s'est jamais rencontrées et on va passer une nuit ensemble à parler parce qu'on a des tas de questions à se poser l'une et l'autre.

C'est rare d'entendre des femmes sur scène aborder leurs histoires de couple et parler de l'homme. C'est aussi une façon de modifier les regards ?

Alors, ce qui m'a vraiment fait dire oui, c'est qu'elles l'aiment et l'ont aimé passionnément.

Ce qui m'intéresse, c'est de parler de l'amour, de décortiquer ce sentiment.

Corinne Touzet

à franceinfo

Je pense que jusqu'à la fin de notre vie, on n'aura pas tout compris et que c'est très difficile à comprendre et à gérer quel que soit notre âge.

Que représente le théâtre pour vous ?

Aujourd'hui, c'est ma vie à 200%. Je suis entrepreneure de spectacles, j'ai ma licence. C'est passionnant. Alors c'est difficile aussi le théâtre, c'est un chemin de croix, on se sent assez seul parfois.

Le théâtre, c'est ma vie parce que je trouve des rôles différents, très forts, qu'on ne me propose par ailleurs.

Corinne Touzet

à franceinfo

Le théâtre est une quête et un questionnement permanent. A chaque fois que je joue, j'ai peur et je m'interroge, je me demande si j'ai bien fait. Oui, aujourd'hui cette route est la mienne.

Vous avez toujours été adulée à la télévision. Finalement, ce rôle dans Une femme d'honneur n'a-t-il pas été un peu un poison ?

C'est réducteur. Ce n'est pas un poison. Ce serait terrible et je le regretterais. Non. J'aime cette femme, je l'ai souvent dit, mais je tiens à le répéter. J'aime cette aventure qui a été magnifique avec plein d'amis autour de moi. En revanche, si je veux répondre sincèrement à votre question, c'était une télévision formatée et qui nous a enfermés, c'est-à-dire que nos personnages ne pouvaient pas évoluer.

Les héros d'aujourd'hui sont protéiformes et c'est fabuleux. Les femmes ont des rôles, j'enrage parce que je les admire. Les personnages qu'elles jouent et les scénaristes sont absolument insensés. J'aimerais vraiment qu'on m'autorise et qu'on me propose ce genre de personnage parce que Une femme d'honneur m'a enfermée dans quelque chose de rigide.

Enfant, vous étiez passionnée de cirque et de clown. Le spectacle de rue est vraiment votre point de départ. Quelle était votre envie ?

Moi, je voulais être clown. Je voulais faire du cirque. J'ai fait ça pendant quatre ans et je m'éclatais. J'ai une passion pour cet univers que je trouve assez onirique. Et le cirque, c'est un amour dans ma vie. J'ai un respect immense pour les gens qui font ce métier.

Je vais tout le temps au cirque. J'aurais pu en faire ma vie. La télé est arrivée vraiment par hasard.

Corinne Touzet

à franceinfo

Ce qui est étonnant, c'est que vous avez gardé ce côté poétique, que l'on peut voir dans le clown.

C'est une part d'enfance en fait. La naïveté vient de là. Je pense que je n'ai pas grandi au bon endroit. Je peux être très dure, très solide, parce que j'ai quitté mes parents très jeune, ils ont divorcé quand j'avais 14 ans et cela a été un séisme.

Du coup, vous avez grandi trop vite.

Oui. Comme tous les enfants de divorcés, je pense. Ça paraît bête parce qu'aujourd'hui, c'est très banal. Mes parents, commerçants, travaillaient beaucoup et je les voyais peu. Peut-être que cette séparation m'a confrontée à moi-même, et peut-être que ce moi-même n'était pas prêt, il y a eu une forme de désespérance. Quand je suis partie aux Etats-Unis à 17 ans, j'en suis super fière maintenant parce que je suis grande, mais il aurait pu m'arriver n'importe quoi.

Vous venez en aide aux personnes rendues vulnérables par la maladie, le handicap et le grand âge. C'est nécessaire dans votre parcours ?

Alors, je n'ai pas cherché. On me l'a demandé. Lorsque j'essaie à mon tout petit niveau d'améliorer les choses, j'ai l'impression que c'est une goutte d'eau dans la mer. Mais j'en ai besoin pour me dire que j'essaie un petit peu de changer les choses, même si je ne peux pas le faire.

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